CHAPITRE XVII
SOUBÂK
Les Soubâk (au sing. Soubâki) ont des origines très mêlées. Le gros de la tribu est constitué par des zenaga Oulad Normach, qui sont venus se grouper autour d'un chef religieux émigré. D'autres éléments maraboutiques sont venus ensuite s'adjoindre à la tribu naissante. C'est une formation qui ressemble singulièrement à celle des Kounta.
On distinguera donc chez les Soubâk trois éléments:
1º Des zenaga Oulad Normach, surtout d'origine Touabir Al-Kohol, et peut-être aussi des zenaga Oulad Siyed, provenant de chez les Ahel Oubba. La tradition rapporte que ces Berbères prirent part à la lutte des marabouts contre les hassanes et furent vaincus avec eux à la journée de Tin Fefdadh, qui mit fin au Cherr Babbah (1674). C'est à un campement de ces zenaga que les Soubâk devraient leur nom; Soubâk ou Soubâka, qui est enterré au nord de Tamerzguid, où ces gens vivaient alors. Le chef actuel, Brahim Salem, descend de Soubâk: Brahim Salem ould Mohammed Mokhtar ould Abd Er-Rahman ould Al-Kherrachi ould Taleb Amar ould Adyé ould Ibennan ould Soubâka.
2º Un grand marabout, d'origine d'Id Eïqoub, Mahaouam ould Ioqob, qui survint chez les Soubâk au début du dix-neuvième siècle et dont le renom de vertu et de piété attira les campements dispersés de cette tribu. Par lui elle se reconstitua politiquement et se transforma de zenaga en tribu maraboutique. La horma n'en restait pas moins due d'ailleurs au suzerains Oulad Normach, et la situation s'est maintenue telle jusqu'à nos jours. Ce Mahaouma (Mohammed) a été enterré à Nouakil, aujourd'hui territoire Oulad Biri. Sa tente est représentée actuellement par Mohammed Mahmoud ould Mohammed Abd Allah, dit Al-Ouali, ould Mohammed ould Sidi-l-Falli ould Abd Allah ould Mahaouma.
3º Plusieurs tentes étrangères aux Soubâk, et notamment des Id Eïqoub, qui, attirés par la réputation de Mahaouma, sont venues vivre en telamides auprès de lui, puis, avec le temps, se sont fondues dans la tribu.
Sous l'ancien régime, les Soubâk vécurent partagés en deux groupements autonomes; l'un, groupement à chameaux, vivait dans le Nord aux puits de Toumbousseri, Al-Mouirja, Tin Ouissé, et aux mars d'Isefag, Aghmourat et Bou Zeriba, où ils faisaient de belles cultures. On lui donne le nom de Soubâk Sahelïin. Le groupement à bœufs vivait dans le Sud et en portait le nom (Soubâk Cherguïin). Ils faisaient leurs cultures dans le Chamama. Les pillages des Regueïbat et Oulad Bou Sba eurent pour effet de rapprocher les deux tronçons qui menaçaient de se constituer en unités indépendantes. Les Soubâk Sahelïin durent se réfugier plusieurs années (1904-1906) dans le Chamama. Quand ils purent rentrer dans l'Agan, ils n'oublièrent pas le chemin du Chamama et chaque année, depuis ce temps, on les y voit revenir. Réciproquement, certaines tentes des gens du Sud remontent vers le Nord avec leurs cousins.
Le fractionnement des Soubâk s'établit ainsi:
Oulad Ibennan.--Chef: Diyna ould Mohammed Cheikh. Ahel Haïb Allah.--Chef: Mohammed Lamin ould Hambli. Haratines.--Chef: Mohammed ould Birou.
Les Ahel Haïb Allah sont sortis des Oulad Ibennan, Haïb Allah étant un fils d'Ibennan. Les haratines appartiennent en très grande majorité aux Oulad Ibennan.
La tribu comprend 91 tentes et 543 âmes. Elle est riche de 95 chameaux, 201 ânes, 710 bovins, 2.415 ovins. La marque générale des bœufs est le lam-alif ﻻ qu'on contremarque, suivant les campements, des trois façons suivantes [lam-alif ﻻ avec «+»] [lam-alif ﻻ avec «,»] [lam-alif ﻻ]. Pour les chameaux on utilise les deux feux [croix +] ou [mim-ha ﻪﻣ]. Tous ces feux s'apposent sur la cuisse droite.
Les territoires de nomadisation de la tribu sont: en hivernage, l'Aftout et l'Akel; Oued Katchi, Guimi, Kreïmi; en saison sèche, Hasseï el-Ma, Guimi et Chogar.
A notre arrivée, le chef de tribu était Biyni (Mohammed Al-Mokhtar) ould Mohammed Cheikh. Il fut, quinze ans durant, un chef convenable et paisible, mais sans grande autorité. Au début de 1918, malade et incapable d'assurer son service, il fut, sur ses demandes réitérées, relevé de ses fonctions. La djemaa lui donna comme successeur, le 3 mai 1918, son cousin Brahim Salem ould Mohammed Mokhtar. Né vers 1860, c'est un homme ouvert, intelligent et sympathique.
Les Soubâk sont considérés comme une fraction de professeurs. Tous leurs maîtres--et ils sont au moins une quinzaine--sont très réputés. Autour d'eux se pressent des étudiants de tout le Brakna, et même du dehors, tels les Larlal. Les tentes les plus notoires sont celles de Mohammed Mahmoud précité, descendant de Mahaouma; Mohammed Sidi ould Lamin Fal; et Sidi Ahmed Bekkaï ould Ahmed Meska.
Dans son ensemble, la tribu relève de l'affiliation qadrïa. L'obédience la plus répandue est celle du Cheikh Mohammed Mahmoud ould Cheikh Mohammed ould Mohammed Lamin, des Hijaj, qui, par Cheikh Sidi Mohammed ould Manni, relève de Cheikh Al-Qadi, des Dieïdiba. On trouve encore quelques telamides des Kounta, quelques autres de Cheikh Sidïa, et de moins nombreux encore de Saad Bouk.
A signaler enfin deux ou trois Tidjanïa, adeptes des Ida Ou Ali.
Un personnage, de peu d'envergure d'ailleurs, Cheikh Al-Khalif ould Mohammed Fal, a fait parler de lui, il y a quelques années. Il s'attribua de lui-même le titre de Cheikh et eut, pendant un certain temps, une grande vogue. Puis des discussions surgirent; on lui contesta son titre; comme il faisait ouvertement pratique de magie, certaines personnes attribuèrent à ses maléfices la mort de leurs parents. Bref son ardeur, baissant avec l'âge, il a mis une sourdine à son action, et se tient tranquille chez lui.
ANNEXE
POÈME SUR LA JEUNE FILLE SOUBÂK.
C'est à Dieu qu'elle appartient la belle fille des Soubâk. Elle marche noblement, sur les hautes dunes d'Al-Ouaki.
Elle est massive comme un morceau de sable[11]. C'est une jeune fille délicate. Elle se balance sans cesse laissant croire, mais à tort, qu'elle va tomber.
O perle brillante, plus vivace que les âges. Salut à toi. Je t'envoie un souffle parfumé, délicieux comme ton propre parfum.
En ta figure, nous voyons cette image qui représente en même temps l'eau de la vie et l'eau de la mort.
[11] C'est un compliment, sans le paraître. Les Maures engraissent leurs femmes comme les juives de Tunis, et la beauté est proportionnelle à l'embonpoint.
_Texte arabe._
[Illustration: texte arabe.]