‹ Évangéline : traduction du poème acadien de LongfellowChapitre 2 sur 12 · L. PAMPHILE LEMAY

L. PAMPHILE LEMAY

Québec, 1er Juillet 1870.

L'on me saura gré peut-être de ce que je reproduits ici la lettre vraiment flatteuse que le grand poète Américain m'a fait l'honneur de m'adresser, lorsque parut ma première traduction d'Evangéline.

Cambridge, près Boston, 27 Octobre 1865

Cher Monsieur,

Permettez-moi de vous féliciter de la publication de votre ouvrage et des heureuses pensées qui s'y trouvent si élégamment exprimées, ainsi que du talent poétique et du vif sentiment de la nature qu'il révèle.

Mais laissez-moi surtout vous remercier de cette partie de votre livre que vous avez bien voulu consacrer à la traduction d'Evangéline. Je vous dois la plus grande reconnaissance pour cette marque de votre bienveillance, non-seulement parce que vous avez bien voulu faire choix de cette oeuvre pour sujet de traduction, mais encore parce que vous avez rempli cette tâche toujours difficile, avec tant d'habileté et de succès.

Je n'ai qu'une seule réserve à faire: vous faites mourir Evangéline:

«Elle avait terminé sa douloureuse vie.»

Cependant, je ne vous querellerai pas pour cela. Mon but n'est pas de critiquer, mais de vous remercier et de vous dire combien je suis heureux de l'honneur que vous m'avez fait.

Espérant que le succès de votre livre surpasse même vos plus grandes espérances.

Je demeure, cher monsieur,

votre obéissant serviteur,

Henry W. Longfellow.

ÉVANGÉLINE

Salut, vieille forêt! Noyés dans la pénombre Et drapés fièrement dans leur feuillage sombre Tes sapins résineux et tes cèdres altiers Qui se bercent au vent sur le bord des sentiers Jetant, à chaque brise, une plainte sauvage. Ressemblant aux chanteurs qu'entendit un autre âge, Aux Druides anciens dont la lugubre voix S'élevait prophétique au fond d'immenses bois! Et l'océan plaintif vers ses rives brumeuses S'avance en agitant ses vagues écumeuses. Et de profonds soupirs s'élèvent de ses flots Pour répondre, ô forêt, à tes tristes sanglots!

Vieille forêt, salut! Mais tous ces coeurs candides Qu'on voyait tressaillir comme les daims timides Que le cor du chasseur a réveillés soudain. Que sont-ils devenus! Je les appelle en vain!... Et le joli village avec ses toits de chaume? Et la petite église avec son léger dôme? Et l'heureux Acadien qui voyait ses beaux jours Couler comme un ruisseau dont le paisible cours Traverse des forêts qui le voilent d'ombrage, Mais réfléchit aussi du ciel la pure image? Partout la solitude, aux foyers comme aux champs! Plus de gais laboureurs! la haine des méchants, Un jour, les a chassés au bord d'une grève Le sable frémissant que la brise soulève Roule en noirs tourbillons jusqu'au plus haut de l'air Et sème sur les flots de la bruyante mer! Le hameau de Grand Pré n'est qu'une souvenance; Le saule y croît, le merle y siffle sa romance.

O vous tous qui croyez à cette affection Qui s'enflamme et grandit avec l'affliction; O vous tous qui croyez au bon coeur de la femme, A la force, au courage, à la foi de son âme. Ecoutez un récit que les bois d'alentour Et l'océan plaintif redisent tour à tour: Ecoutez une histoire aussi belle qu'ancienne; Une histoire d'amour de la terre Acadienne!

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