Chapitre 98 Aux grands maux les grands remèdes
Tous les honnêtes gens vous diront que les plus grands maux sont la ruine et la perte de la santé, quand on est atteint soi-même, bien entendu. Dans le premier cas, il faut se refaire n’importe comment, aux dépens de n’importe qui et tous les moyens sont bons. C’est élémentaire, l’honnête homme n’étant séparé du bagne que par une cloison très mince, je l’ai fait remarquer ailleurs, plusieurs fois déjà. Dans le second cas, c’est-à-dire si on est devenu paralytique ou gâteux, il n’y a plus que le suicide. C’est ce que nous appelons les grands remèdes. Les autres maux, quels qu’ils soient, ne sont, en comparaison, que de petits maux et n’exigent que de petits remèdes.
Pour ce qui est des maux d’autrui, petits ou grands, il serait ridicule de songer à y remédier. On a mieux à faire. Chacun pour soi et le bon Dieu pour tous. Souvent même il est avantageux de les aggraver avec astuce. « Profit de l’un est dommage de l’autre », a dit Montaigne qui était un penseur d’une incomparable certitude.
q