‹ Exégèse des Lieux Communs nouvelle sérieChapitre 110 sur 130 · Chapitre 108 Mettre un peu d’argent de côté

Chapitre 108 Mettre un peu d’argent de côté

Ce Lieu Commun ressemble à une église où tout le monde irait prier, jeunes ou vieux, bons ou méchants. Pèlerinage infaillible où l’impétration serait aussi certaine que la mort. Celui qui met un peu d’argent de côté est semblable à un homme qui se ferait construire un sépulcre dans un endroit sec à l’abri des vers. Précaution contre les pauvres locataires des maisons humides et toujours disposés à ronger les imprévoyants. Chaque petite somme économisée est ainsi comme une parcelle de la substance qui lui a été confiée et dont il lui faudra rendre compte un jour. En mettant un peu d’argent de côté, vous préparez votre avenir et vous donnez aux pauvres un exemple infiniment plus précieux que toutes les aumônes.

Croyez-moi, fussiez-vous très riche, il faut toujours mettre un peu d’argent de côté. Si vous rencontrez un miséreux, un mourant de faim que sauverait le don de quelque monnaie, il se peut, le cœur de l’homme étant fragile, que vous vous sentiez ému. Prenez garde, c’est le moment de l’épreuve, c’est l’heure de la tentation redoutable. Soyez généreux et refusez avec énergie. Souvenez-vous que le premier de tous vos devoirs est de mettre de l’argent de côté et que l’ombre de Benjamin Franklin vous regarde.

Je me souviens d’un sublime bourgeois de l’Indre ou de la Creuse qui était, je crois, dans les Contributions directes et qui eut la gloire de crever sans avoir jamais donné un sou à personne, ayant, chaque jour, mis un peu d’argent de côté. Cet homme héroïque eut trois fils. Il voulut que le premier se nommât Voltaire, le second Rousseau et le troisième Franklin, lequel fit, après la mort de son père, une noce à tout casser. On ne rencontre plus de ces caractères.

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