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Chapitre 107 Je ne crache pas sur l’argent

Est-il donc plus difficile de cracher sur l’argent que de cracher sur la Face du Fils de Dieu ? On le croirait. Les extatiques ont vu ruisseler sur cette Face les crachats horribles de la canaille de Jérusalem. Les adorateurs de l’argent n’ont jamais vu de crachats sur une pièce de cent sous. Si cette pièce tombait dans les ordures, ils la recueilleraient pieusement et la nettoieraient avec respect. Peut-être la parfumeraient-ils de quelques baisers.

J’ai lu qu’un grand seigneur du XVIIIe siècle avait de si riches appartements dans son château qu’on ne voyait pas le moyen de cracher ailleurs que sur la figure du propriétaire. C’est ce qui arrive au Verbe incarné. Il a fait l’univers si beau qu’il n’y a plus que sa Face douloureuse qui puisse être conspuée. Alors pourquoi se gênerait-on ? Tout ce qui est autour de lui a une valeur inappréciable. Le fumier même fait pousser les pommes de terre qui valent de l’argent et qui sont autrement avantageuses que la Rédemption pour engraisser les porcs. Le choix pourrait-il être douteux un seul instant ?

On raconte qu’il y a eu autrefois des hommes étranges qui faisaient profession de mépriser les richesses, les considérant comme de la boue et qui s’en débarrassaient comme on se débarrasse de la vermine. On assure qu’il en existe encore quelques-uns. Que voulez-vous que je vous dise ? Tout ce qu’on peut faire, c’est de les conspuer de la même manière que Celui dont ils se disent les disciples et dont ils se prétendent les imitateurs. Ils pourront alors, tant qu’il voudront, se prévaloir de leurs guenilles et rêver de leur Paradis.

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