Chapitre 32 Les meilleures choses n’ont qu’un temps
Hélas ! oui. La valse aimée du Bourgeois et surtout de la Bourgeoise, n’est donc pas une des meilleures choses, puisqu’elle a trois temps. Quand on veut pratiquer la vraie religion des Lieux Communs, il y a comme cela, bien des illusions qu’il faut quitter. Au fond, c’est une religion de renoncement.
Le temps de la jeunesse, par exemple, passe généralement pour une excellente chose, mais peut-on admettre de bonne foi que la jeunesse n’a qu’un temps, alors qu’il se dit couramment que telle ou telle femme n’est pas de la première jeunesse ? Il y a donc plusieurs jeunesses, au moins pour les dames, par conséquent le temps de la première, de la seconde, de la troisième jeunesse et peut être aussi, de la quatrième. C’est une contradiction fort singulière et la jeunesse risque beaucoup de n’être pas une des meilleures choses.
Il y a encore le temps de la vieillesse qui paraît unique, les mêmes distinctions n’étant pas usitées pour elle dans le langage ordinaire. Faudra-t-il dire que la vieillesse et, a fortiori, la décrépitude complète, est la meilleure des choses ? Je crains qu’il n’y ait là une autre illusion. Tous les grammairiens enseignent que le verbe a quatre temps primitifs et leurs dérivés. Qui osera prétendre cependant que le Verbe n’est pas la meilleure des choses, puisque c’est le Nom même du Créateur de toutes les choses ?
Tout cela est grave.
Les pratiquants du Lieu Commun devraient méditer cette parole forte qui me fut dite, un jour, par une femme charmante qui m’édifia singulièrement : « Avant de parler, il faut tourner sa langue sept fois dans la bouche de son voisin. »
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