Chapitre 40 Avoir un cœur d’or
Quel privilège ! Plus de palpitations, plus d’émotions, plus d’amour bête, plus d’entraînements irréfléchis. On est tranquille comme Baptiste et heureux comme les cochons. Cessation des phénomènes absurdes. On ne se ronge plus le cœur, le cœur ne saigne plus. On n’a pas un cœur d’airain, ni un cœur de pierre, encore moins un cœur de lion, mais un bel organe rutilant, conoïde et creux, tout en or et parfaitement insensible. C’est le privilège inestimable du vrai Bourgeois. Le plus bel éloge qu’on puisse faire de lui, c’est qu’il a un cœur d’or. Les propriétaires, les huissiers, les usuriers, ont presque toujours un cœur d’or et cela se voit tellement ! Si vous essayez de les troubler, de les impressionner, de les émouvoir d’une façon quelconque, vous perdrez vos peines. Le cœur d’or vous mettra du plomb dans la tête, du plomb dans les jambes et vous aurez bientôt une mine de plomb.
Seulement le cœur d’or est un don de la nature. On ne le trouve pas chez les bijoutiers qui ne vendent ordinairement que du doublé et qui trompent ainsi tant de jeunes époux candides en leur préparant des surprises désagréables au Mont-de-Piété. Si la nature marâtre ne vous a donné qu’un cœur ordinaire, il vous reste la ressource d’épouser une jeune fille ayant un cœur d’or et très peu de foin dans ses bottines. Dès le lendemain vous connaîtrez votre bonheur. C’est le conseil que je vous donne.
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