Chapitre 43 Il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu’à ses saints
C’est le conseil très précieux des gens instruits qui savent à quoi s’en tenir. Autrefois, il y a longtemps, quand les protestants et les modernistes n’avaient pas encore été enfantés, on croyait que les Saints avaient le pouvoir de venir en aide à ceux qui les invoquaient avec amour. Il y avait des Martyrs fameux dits Auxiliateurs qui ne marchandaient pas leur assistance aux pauvres chrétiens qui les honoraient en souvenir de leurs tourments. Il y avait aussi et surtout des patrons célicoles pour les divers corps de métier : saint Blaise pour les tisserands ; saint Barthélémy pour les tailleurs ; saint Grépin pour les cordonniers ; saint Eloi pour les orfèvres ou serruriers ; sainte Catherine pour les charrons ; saint Joseph pour les charpentiers ou menuisiers ; les saints Côme et Damien pour les médecins ; saint Isidore pour les laboureurs ; saint Fiacre pour les jardiniers ; saint Yves pour les avocats ; saint Luc pour les peintres ; saint Michel pour les pâtissiers ; saint François pour les tapissiers, et combien d’autres que j’ignore ou que j’oublie !
Chacun de ces habitants du Paradis était honoré d’une façon toute particulière et l’objet d’une confiance que rien n’altérait. On avait affaire à Dieu, sans doute, mais par ses saints ; non seulement en France, mais dans tous les pays chrétiens. C’était un reflet de la Gloire essentielle dans les plus humbles demeures et c’est ainsi que se formèrent les patientes et miraculeuses nations du Moyen Age. Les mendiants seuls, les va-nu-pieds qui demandaient leur pain de porte en porte eurent le privilège insigne du patronage direct de Jésus-Christ, étant configurés, plus que les autres chrétiens, au Sauveur du monde et c’était, à cause de cela, un très grand honneur et une allégresse de les accueillir. Quand on en rencontrait un dans la campagne desséchée, on croyait rencontrer une source vive…
La piété moderne, éteignant cette poésie grandiose, a établi que les vieux saints d’autrefois devaient être considérés à l’avenir comme des domestiques de peu de confiance, au service d’un Dieu éventuel et pouvant être supposé problématique ; en sorte que le plus sûr, aujourd’hui, parait être de n’avoir affaire à personne, sinon à l’huissier ou au percepteur. C’est je pense, tout ce qui reste au fond du tamis où ont été passées les cendres des siècles. Cela suffit à notre Bourgeois qui ne veut rien savoir du calendrier ecclésiastique et qui ne se croit pas impie. Cela suffit également à beaucoup de prêtres ennemis de l’exagération religieuse qui proclament que la foi est en progrès, lorsque leurs paroissiens ont la bonté de ne pas faire leurs ordures en pleine église et qu’ils demandent poliment la clef des lieux.
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