Chapitre 58 Le feu purifie tout
« Paris est purifié ! » s’écriait, en 1871, le pestilent Edgar Quinet, en contemplant les ruines fumantes laissées par la Commune. Il ne fut pas purifié lui-même au feu des pelotons d’exécution, ayant su mettre à l’abri sa très précieuse carcasse. Les penseurs de sa force n’en avaient sans doute aucun besoin et il fut démontré que Paris était enfin débarrassé de toutes ses ordures. Après quarante ans de république le doute à cet égard n’est plus permis. Il suffit de regarder autour de soi. Quelle pureté ! quelle fraîcheur printanière ! quel air salubre ! quels Présidents et quels ministres candides ! quelle administration liliale et virginale ! Evidemment le feu a tout purifié.
Toutefois les purs ne le sont jamais assez et Job nous assure que les étoiles même ne sont pas pures au regard de Dieu. Le feu aurait donc encore quelque chose à faire et les compagnies d’assurance ne sont pas sans inquiétude.
La conscience des honnêtes gens a-t-elle besoin d’être purifiée ? me demandera-t-on. Assurément et beaucoup plus que celle des autres, devant rayonner partout, comme la lumière d’un astre bienfaisant qui pénétrerait dans les plus sombres cavernes où se cachent encore les derniers monstres du fanatisme religieux. La conscience d’un Emile Combes, par exemple, celle d’un Hanotaux ou d’un Anatole seront-elles jamais assez pures ? Elles le sont peut-être, mais pas trop, et j’estime qu’un bel incendie ne leur nuirait pas. Au surplus nous pouvons compter sur ceux qui les admirent pour la fourniture des premiers fagots. Il n’est rien de tel que les disciples pour purifier les maîtres en leur mettant le feu au derrière.
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