Chapitre 57 On n’est sali que par la boue
Cela dépend. Il y a la boue matérielle et la boue spirituelle. Il peut arriver qu’une bourgeoise pleine de boue spirituelle se plaigne avec rage d’être éclaboussée par un omnibus. Elle sera forcée de changer de robe et de parfumer à nouveau son intime ordure. Il peut arriver aussi qu’une autre bourgeoise non moins élégante et parfumée, soit victime de la médisance des boutiquiers de sa rue. « On n’est sali que par la boue », dira-t-elle, en haussant les épaules. « Ces gens-là me traînent dans la boue, mais j’ai ma conscience pour moi. » Elle marque ainsi son dédain pour une certaine boue spirituelle qu’elle voit dans les autres et dont l’infériorité lui est connue.
Ces deux bourgeoises, qui pourraient n’en faire qu’une seule, ont parfaitement raison. La boue spirituelle qui ne salit que l’âme et dont on a soi-même à revendre ne mérite que le dédain, mais l’autre boue qui compromet les toilettes appelle naturellement l’indignation et même la rage. C’est la seule boue qui compte.
– Comme ça pue chez vous ! disais-je à une personne aimable qui me recevait en l’absence de son mari, sentez-vous cette odeur infâme qui nous arrive tout à coup ? — C’est la voisine qui ouvre son cœur, m’expliqua-t-elle. — On n’est jamais sali que par la boue, répondit tranquillement la voisine qui avait entendu.
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