‹ Exégèse des Lieux Communs nouvelle sérieChapitre 65 sur 130 · Chapitre 63 Être entre deux feux

Chapitre 63 Être entre deux feux

Un bon soldat est entre deux feux quand il ne peut pas prendre la fuite devant l’ennemi sans se faire immédiatement casser la tête par son capitaine. C’est, de manière ou d’autre, le cas de tous les braves gens qui se trouvent entre deux feux.

On est tout disposé à mal faire, on ne demande que cela et c’est tout à fait humain, puisque tel est l’instinct de la plupart des hommes. On a devant soi l’appel brûlant, à peu près irrésistible, des concupiscences ; mais, par derrière, il y a les gendarmes et, à leur défaut, les cuisantes gifles et les flamboyants coups de pied au cul de tous ceux qui n’ont pas encore été pincés ; enfin la déconsidération publique, indifférente, si on veut, mais défavorable aux ultérieures entreprises. Et on n’a pas même la ressource de se croiser les bras. Il faut faire ceci ou cela, absolument.

A tous ceux qui se trouveraient dans cette alternative angoissante, je ne peux que proposer le magnanime désintéressement d’un bohème fameux dont voici l’histoire.

C’était en 1848, à l’époque des barricades. Cet homme se vit soudain au milieu d’une rue qui n’appartenait plus à personne. Troupe régulière d’un côté, insurgés de l’autre. Nul moyen de fuir. On allait naturellement lui demander ce qu’il foutait là. Se trouvant plus rapproché des patriotes et avisant l’un d’eux qui tirait fort mal, il lui prend très poliment le fusil des mains, ajuste un officier et le tue raide. « Voilà comment il faut s’y prendre », dit-il après ce beau coup, « je te rends ton fusil dont je n’ai que faire. Ce n’est pas mon opinion. » Il put alors s’en aller tranquillement, la tête haute et couvert de gloire.

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