Chapitre 83 La parole de Dieu
Pour éloigner sûrement le soupçon de fanatisme, les prédicateurs modernes se sont avisés de ce qu’ils appellent avec modestie la Parole de Dieu. Cela consiste à palabrer des heures entières en esquivant avec une habileté parfaite le oui ou le non.
« Allez donc entendre les conférences du Père Machin », me dit-on. « Si ça ne vous fait pas de mal, ça ne vous fera certainement pas de bien, mais c’est une manière de tuer le temps. »
Docile comme un petit mouton, je vais entendre le Père Machin qui est évidemment le moins fanatique des prédicateurs. II parle si longtemps et de façon si véhémente qu’on a soif pour lui. Ce que j’admire surtout, c’est l’agilité de gazelle avec laquelle il franchit tous les obstacles qui pourraient le séparer de son auditoire : les Douze Articles du Symbole, l’Ecriture, la Tradition, le culte des Saints, la Pénitence, les Fins dernières, l’Enfer surtout et plusieurs autres vieilleries sur lesquelles il serait ridicule d’insister. La philosophie moderne, celle de M. Bergson bien entendu, est d’un grand secours et remplace très avantageusement la Révélation. Avec ça on est sûr de captiver son public, en ayant soin d’y mêler quelques allusions discrètes aux bienfaits de la démocratie et à la tolérance éclairée des gouvernants actuels, par quoi se trouvent assurés les incontestables et merveilleux progrès de la foi. De l’Amour divin pas un seul mot. C’est ainsi et non autrement que la Parole de Dieu est annoncée. Habituellement je m’endors et je ronfle d’admiration.
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