Chapitre 95 Avoir des espérances
Voilà un pluriel très singulier et j’étonnerai peut-être quelques personnes en leur apprenant que l’homme qui a des espérances est mieux situé que les autres pour accomplir le quatrième Commandement : « Tes père et mère honoreras afin de vivre longuement. » C’est pourtant bien simple.
Vos vieux parents ont du bien et vous êtes leur héritier. C’est ce qu’on appelle, dans le langage noble, avoir des espérances. Les aimant avec tendresse et n’ayant plus beaucoup d’illusions sur cette vallée de larmes, vous désirez naturellement la fin de leur exil, considérant que c’est à vous de porter maintenant leur fardeau. Rien de plus filial. En même temps vous les honorez de la façon la plus excellente, les jugeant à point pour la béatitude et la gloire du paradis. S’il n’y avait pas tant de préjugés, tant d’obstacles humains, tant de lois, pour parler net, vous vous décideriez peut-être par piété et avec un désintéressement carthaginois, à précipiter leur départ, assuré, après un tel coup, de devenir au moins centenaire. Ce serait beau, mais peu compris.
En 1870, un brave curé de campagne chez qui je logeais, me raconta, non sans épouvante, que, dans sa paroisse et dans les paroisses voisines, tous les paysans étaient parricides. Quand un vieux n’était plus bon à rien, on l’expédiait sans violence, en lui donnant à manger des choses nuisibles, en lui prodiguant le chaud et le froid, en plaçant un barreau pourri en haut d’une échelle, en lui procurant une chute quelconque ; parfois, mais plus rarement, en accrochant une faux tranchante à un mauvais clou juste au-dessus de son lit. Le procédé le plus ordinaire et le plus simple consistait à le laisser crever de faim et de froid sur les chemins. Le pauvre prêtre, horrifié de ces choses, n’aurait rien compris à mes explications évangéliques et je m’abstins de les lui offrir.
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