Chapitre 96 Mourir de sa belle mort
Le plus savant des dictionnaires nous affirme que cela signifie mourir de mort naturelle. Nous voilà bien avancés ! Cela implique simplement qu’il peut y avoir des cas de mort surnaturelle, mais il paraît difficile de les préciser, surtout dans la société bourgeoise où je n’ai jamais eu l’occasion d’en observer.
On y meurt ordinairement de maladie et jusqu’à l’abolition du sens des mots, je croirai que toute maladie physique est naturelle. Le choléra, la fièvre jaune, l’apoplexie, la rage, et, sans exception, toutes les maladies pouvant procurer la mort sont parfaitement naturelles. De même, si vous êtes écrasé par un autobus ou qu’une cheminée vous tombe sur la tête, il est naturel que la mort s’ensuive. De même encore si vous êtes empoisonné, revolvérisé, poignardé, noyé ou guillotiné. Impossible de s’exprimer autrement.
Alors il faut conclure que chacun meurt de mort naturelle, c’est-à-dire de sa belle mort et que tout le monde a une belle mort, aussi bien Thiers, victime d’une indigestion de haricots, que notre Emile asphyxié dans les excréments de ses chiens ; et si vous êtes, avec cela, quelque peu dans l’Absolu, vous reconnaîtrez que ces deux illustres défunts ont eu, respectivement, la plus belle mort possible, celle qui convenait le mieux à leurs mérites exceptionnels de penseurs et d’historiens.
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