Chapitre 10 Une manière d’embêter son concierge en s’amusant soi-même
Nous sommes heureux d’offrir à nos lecteurs le récit d’une farce diversement racontée et qui suffirait à assurer à son auteur, Alphonse Allais – retenez bien ce nom – une jolie place dans l’immortalité.
Un beau jour, ou plutôt une vilaine nuit – il était deux heures du matin et il pleuvait à verse – Allais tenait absolument à rentrer.
Coups de sonnette multiples et dévergondés… refus obstiné d’ouvrir.
— On n’ouvre pas passé minuit.
— Voyons, M. Bertin…
— Je ne puis ouvrir à cette heure ; le propriétaire m’engueulerait.
Tout cela pendant un quart d’heure !
À la fin, Allais a une idée lumineuse ; il laisse tomber dans la boîte aux lettres, une pièce de cent sous en argent.
Ô, puissance magique de l’or ! Le Concierge entend le bruit du métal, se lève et va ouvrir lui-même, sans oublier d’empocher la petite somme. À peine entré, Allais s’écrie :
— Ah ! nom d’un chien, j’ai oublié un livre sur la borne, dehors.
Provisoirement complaisant, le portier s’offre à l’aller quérir, et pour le récompenser de ce bon mouvement, notre ami lui referme la porte au nez.
— Ouvrez donc, c’est une mauvaise farce.
— On n’ouvre pas passé minuit, répondait imperturbablement Allais.
— Mais, ouvrez, je crève de froid avec mon pantalon et mes savates.
— Je ne puis ouvrir à cette heure-là… le propriétaire m’engueulerait.
Et l’infortuné pipelet geignait en grelottant pitoyablement.
À la fin, Allais, qui a l’âme douce au fond, cria à travers l’huis :
— Eh bien, si vous voulez entrer, faites comme moi.
Et l’ingénieux auteur de l’Ami Lôz récupéra ainsi son déboursé.
Inutile d’ajouter qu’Alphonse Allais n’a pas moisi dans cet immeuble de la rue de Lille.
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