‹ Faits diversChapitre 55 sur 91 · Chapitre 50 Deux nouveaux modes d’éclairage inoffensif

Chapitre 50 Deux nouveaux modes d’éclairage inoffensif

J’habite une région fertile en vers luisants, petits animaux dont la contemplation me causa toujours de l’allégresse, depuis les temps passés de ma prime enfance jusqu’à ce moment où je burine ces lignes sur un fin vélin emprunté à quelque lettre de faire-part.

Que d’heures n’ai-je point passées penché sur le ventre étrangement lumineux des vers luisants !

Aussi, cette année, à peine installé dans ma villégiature, n’eus-je rien de plus pressé que de sortir le soir et de recueillir, au talus des chemins, le plus grand nombre que je pus de ces phosphorescentes bestioles.

Délicatement, je les insérais dans un spacieux cornet de papier, et, bientôt, je les déposais au sein de mes massifs où, tout de suite, passé le premier effarement, mes petits éclaireurs se reprenaient à briller du plus charmant éclat.

Bien choyés, environnés d’herbes à leur goût, mes vers luisants n’ont pas tardé à pulluler : aujourd’hui, ils s’appellent légion.

Rien de plus séduisant que le spectacle de ces mille et tant douces lueurs piquant l’obscurité de mes plates-bandes ou le sombre de mes pelouses.

J’ai fait mieux encore.

Sous un de ces garde-manger en toile métallique et en forme d’hémiglobe dont usent nos ménagères pour préserver les aliments du contact des mouches, j’ai accumulé une centaine (exactement 107) de vers luisants, non sans avoir copieusement approvisionné tout ce petit monde de ses végétaux favoris.

C’est alors que le spectacle est devenu féerique.

Et il n’est point rare de voir des voyageurs aux portes de la ville qui oublient de respirer, avant d’entrer, l’air embaumé du soir, tant ils sont ahuris d’extase à la vue de cette illumination nouveau système.

Je suis persuadé qu’il y a dans cette petite expérience une précieuse indication pour l’avenir, et que le ver luisant intelligemment cultivé et sélectionné deviendra bientôt un des principaux agents de l’éclairage moderne.

Sans compter que son explosion est infiniment moins dangereuse que celle de l’acétylène, par exemple.

… Le temps me manque (j’ai dit au voiturier d’être là à 10 heures juste) pour entretenir ma distinguée clientèle d’une autre lumière également empruntée à la nature : je veux parler de la phosphorescence de la mer.

J’invite ceux de mes lecteurs qui habitent le bord de la Manche ou de l’Océan à faire cette expérience :

Un soir où la mer sera bien phosphorescente, descendez sur la plage avec une bouteille que vous emplirez à moitié de l’onde humide, en prenant soin d’y ajouter une bonne poignée de sable.

Chaque fois que vous agiterez votre bouteille dans l’obscurité, vous obtiendrez une belle lueur, fort suffisante pour, à une distance d’un mètre ou deux, lire un journal (un journal du soir, naturellement).

Je n’insiste pas, car la commission d’incendie pour les théâtres, séduite par ce nouvel éclairage, serait capable de l’imposer à nos établissements parisiens.

Ce serait de bien gros frais, évidemment, mais que de catastrophes évitées !

q

Page 1