Chapitre 70 Patriotisme et religion
Pauvre et noble Espagne, comme te voilà bas, mais combien tu es courageuse et digne dans ton malheur, et si pleine d’espoir en l’avenir.
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J’arrive de ce pays affligé entre tous, et je me déclare plein d’admiration pour le magnifique ressort de l’âme espagnole.
Nous n’avons plus de colonies, disent les hidalgos, eh bien ! tant mieux, c’est autant de dépenses en moins.
Un petit air de guitare là-dessus, et ollé.
Les femmes, surtout, sont extraordinaires.
Ce que je vais raconter à ce sujet est à peine croyable, et je m’attends à être, une fois de plus, traité de blagueur.
Imaginez qu’il s’est fondé une confrérie de jeunes filles.
Mais, avant de continuer mon récit, j’invite les parents soucieux de la pureté de pensée de leur progéniture à ne point laisser le présent papier sous les yeux de leurs petites demoiselles. Car, sans entrer autant que je le voudrais en de troublantes techniques, je vais traiter un sujet assez scabreux.
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Il y a environ deux mille ans, une jeune Asiatique, fort connue depuis sous le nom de Vierge Marie, manifestait devant qui voulait l’entendre son goût très vif pour le célibat.
Des voix que j’ai tout lieu de croire autorisées, changèrent sa vocation.
Faisant miroiter à ses yeux les intérêts supérieurs de l’humanité en péril, ces voix suggérèrent à la jeune fille que le monde ne pouvait être sauvé que par un fils issu de ses entrailles.
Marie se laissa convaincre.
Elle épousa bientôt un respectueux menuisier du nom de Joseph et, l’année d’après, mettait au monde un fils.
Un respectueux menuisier, ai-je dit. Oui, respectueux, au-delà de toute exagération.
Marie était devenue mère à la suite de l’Opération généralement désignée sous le nom d’Opération du Saint-Esprit.
À la vérité, cette expérience n’était autre chose que ce que nous appelons aujourd’hui la fécondation artificielle, opération parfaitement connue des mages chaldéens de l’époque.
Ce qu’il advint du bébé, vous le savez aussi bien que moi : très intelligent, fort débrouillard, excessivement calé sur une foule de sciences et, ce qui ne gâte rien, charmeur de tout premier ordre ; Jésus-Christ, puisqu’il faut l’appeler par son nom, sauva le monde et fonda une religion, laquelle, à l’heure où nous mettons sous presse, est encore des plus prospères.
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Eh bien ! quelques centaines de jeunes filles espagnoles ont voulu prendre modèle sur la Vierge Marie et se sont décidées à créer par le même procédé, et sans péché, une foule de Sauveurs pour l’Espagne.
Un ordre s’est rapidement fondé sous l’invocation de Notre-Dame de la Natalité.
Des couvents se bâtissent qui ressemblent à nos plus modernes maisons de maternité.
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Et les papas, où va-t-on les chercher, dites-vous, lubriques roquentins ?
Je répondrai aussi brièvement et aussi délicatement que possible. Les pères sont des pères anonymes, auxquels on ne demande qu’à être sains, jeunes et intelligents.
Ils ne connaîtront jamais leurs épouses et leurs épouses ne les connaîtront jamais.
Beaucoup de religieux, des Carmes surtout, coopèrent à cette œuvre de relèvement national avec une abnégation toute virile.
Chacune de ces jeunes filles est persuadée qu’elle est désignée par le ciel comme mère du futur sauveur, et cela est des plus touchant, n’est-il pas vrai ?
Il me fut donné d’assister, dimanche dernier, à la grand-messe dans la chapelle d’un de ces couvents.
Les religieuses sont pour la plupart fort jolies et toutes chantent comme des anges.
Eh bien ! vous direz tout ce que vous voudrez, mais un pays où se passent de telles choses n’est pas un pays fichu, loin de là.