Chapitre 78 Le signalement contradictoire
A la suite d’affaires qui seraient beaucoup trop longues à conter ici et qui, d’ailleurs, n’offriraient aucune sorte d’intérêt à ma sémillante clientèle, je dus me mettre en rapport par correspondance avec un bonhomme de la ville voisine, personnage dont j’ignorais en totalité l’aspect physique.
Mais vous savez ce que c’est, on ne s’explique pas si bien par lettres que par conversation directe.
Aussi fut-il convenu que le bonhomme viendrait me voir, mais, pour éviter des pertes de temps, il me pria de l’attendre à la gare, au train qui arrive à 9 h 37.
On causerait, on signerait – s’il y a lieu – un petit papier et l’honorable monsieur pourrait ainsi reprendre le train de 11 h 20 qui le remettait chez lui à l’heure de son déjeuner.
Voilà donc, n’est-ce pas, ce qui était bien entendu.
Le matin du jour qu’était fixé ce rendez-vous, une inquiétude me prit à l’âme.
Comment reconnaîtrais-je mon bonhomme ?
Je n’avais, répétons-le, aucun tuyau sur son extériorité.
Était-il jeune, ou s’il frisait déjà la tombe ?
Blond ou brun ?
Astèque ou athlète ?
Je fis ce que chacun de vous eût fait à ma place : je m’informai.
— Oh ! me dit le vétérinaire du pays, votre type n’est pas difficile à reconnaître, il est tout rouge et tout rond.
Je n’insistai pas ; tout rouge et tout rond me semblait une très suffisante indication.
Pourtant, quelques minutes avant l’arrivée du train, je conçus le besoin de compléter mes renseignements.
M’adressant au patron du Café de la gare :
— Vous connaissez Monsieur un tel ? fis-je.
— Parfaitement.
— Quel genre d’homme est-ce ?
— C’est un homme encore vert et très carré en affaires.
Je n’en entendis pas davantage et rentrai chez moi. Comment vouliez-vous que je reconnusse dans une foule un personnage qu’on me donnait d’un côté comme rouge et rond, et de l’autre comme vert et carré ?
Dorénavant je ne ferai plus d’affaires qu’avec des gens qui m’enverront leur photographie, et en couleurs, encore.
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