‹ Fantasques: Petits poèmes de propos diversChapitre 98 sur 105 · CCCLXXX

CCCLXXX

CHOIX

Je m’explique mal ce regard déçu Puisque vous aimez votre amant bossu. Dans votre lit comme aux repas, Les goûts ne se discutent pas.

CCCLXXXI

LE VRAI JAPON

Un volcan reflété dans lac d’azur triste, Un lotus peint sur éventail (quel objet d’art!) Voilà tout le Japon rêvé par les modistes. Il s’achète, pour vingt centimes, au bazar.

CCCLXXXII

CHANT PERDU

Assis dans son fauteuil, le père de famille Suppute ses devoirs d’honnête bourgeois, mais N’écoute pas le rossignol qui s’égosille Dans la fiévreuse nuit de mai.

CCCLXXXIII

SEPTIÈME ÉPITAPHE PLAISANTE

Ici dort Fiammette, (un beau petit squelette!) Près d’elle on a posé des bonbons, un miroir, Quelques bijoux, une guitare, sa houppette... Vaines précautions: le trou lui semble noir.

CCCLXXXIV

GESTE LUNAIRE

Ce soir, la lune a ses deux cornes qu’elle tourne Vers l’occident rougeâtre. Elle traverse l’air Et, d’un seul coup de son croissant jaunâtre, enfourne Au gouffre de la nuit un nuage trop clair.

CCCLXXXV

VARIATIONS

Je pense qu’il convient d’estimer vos serments Au prix de ceux de la Fortune. Votre regard est celui de la lune, En plus dément, Et si votre teint est moins blême N’est-il pas aussi froid? Lorsque vous me disiez: «Mon ami, croyez-moi, Je vous aime! Je n’aime que vous, cher amant!» Je vous écoutais bonnement, Avec candeur, Et ne me doutant pas que vous étiez parjure, Je vous présentais en pâture Mon cœur. Vous avez su vous en repaître... --Mais, aujourd’hui Que vous m’aimez avec des larmes et des cris, Aujourd’hui que je suis le maître Devant lequel on se traîne à genoux, J’aime encore... et ce n’est plus vous.

CCCLXXXVI

MÉLODIE

La grenouille qui tient ses pattes étendues, Sans bouger, sur le bord de la mare au cresson, Renverse brusquement une tête fendue, Pour chanter au crépuscule sa chanson.

CCCLXXXVII

PRÉTENTION

Sur le cours, (est-ce pour instruire les enfants?) On exhibe un étrange animal de six toises. A ne vous rien cacher, c’est un pauvre éléphant Qui prétend être blanc bien qu’il me semble ardoise.

CCCLXXXVIII

HOMMAGE

Ne pouvant vous offrir ni ce rameau qui ploie Sous le faix de ses fleurs, ni ce merle siffleur, Ni ce collier liquide et composé de pleurs, Je déroule à vos pieds leurs portraits peints sur soie.

CCCLXXXIX

SUPERPOSITIONS

Sur le dos gazonneux du jardin, ma tortue S’avance lentement et d’un air endormi. Sur son dos une fourmi rouge s’évertue... Mais que verrai-je sur le dos de la fourmi?

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