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FÉTICHISME AMOUREUX

Toutes les folies sont compréhensibles en luxure, parce que les sens surexcités font remonter au cerveau les moindres impressions et y dénaturent les raisons des règles ordinaires de la vie. Si un homme de science s’absorbe dans les grands travaux qui sollicitent l’intelligence humaine dans les diverses branches des mathématiques et des analyses de la nature, au point de le soustraire aux questions d’intérêt personnel, de même l’être de luxure lancé dans le développement de ses facultés cérébrales et physiques, au point de vue sensuel, ne connaît plus rien de ce qui ne touche pas le système nerveux et jouisseur. Des faits qui apparaissent entachés d’idiotie sont pour lui choses naturelles et délectables : il supporte, il sollicite, pour la satisfaction de sa toquade paillarde particulière, des monstruosités, même des abominations : il aime les plus désagréables traitements ; il se complaît dans l’adoration des ignominies, des souillures, des horreurs, pour peu qu’on le pousse.

Parmi les femmes, parvenues à imposer un joug des plus éhontés aux amateurs de luxure, Thérèse Phoncinot, une blonde de vingt-cinq ans, de petite moyenne, comme taille, mais moulée sous le rapport des seins et des hanches, avait acquis une telle réputation de domination sadique, que pas un homme du monde, ayant une fantaisie érotique bien personnelle, n’hésitait à se faire présenter et à implorer le bonheur d’un de ses regards, la félicité d’une de ses attentions, pour parvenir à exercer la petite turpitude qui le travaillait. Il y en avait qui attendaient avec impatience le moment de ses époques pour acheter à prix d’or ses linges maculés, et d’autres qui se livraient à des efforts inouïs d’imagination pour obtenir une paire de ses jarretières, ou une de ses chemises de batiste, ou n’importe quoi ayant touché son corps. Un Anglais paya dix mille francs la faveur de dormir une nuit, vautré sur son linge devant aller le lendemain au blanchissage. Et, un de nos sénateurs, les plus réputés comme honorabilité et irréprochabilité de mœurs, achetait ses pantalons, à mesure qu’elle les quittait, pour les couper en plastrons et les porter sous sa chemise, prétendant que durant les séances ensommeillées du Sénat, il en éprouvait de délicieux chatouillements, qui le faisaient bander, surtout quand Béranger prenait la parole. Thérèse Phoncinot, il faut le dire, méritait le culte de tous les adorateurs de la femme, et si, à la suite d’une brusque rupture avec son mari Jacques Phoncinot, collé avec une horizontale du nom de Marguerite La Férina, elle s’affichait despotique, parfois mauvaise avec les amants qui lui couraient après, elle n’en restait pas moins une des très jolies femmes de Paris, vivant au grand jour et largement, à un troisième étage de l’avenue de l’Alma. Ayant de nombreuses amitiés dans tous les mondes, elle tenait un salon très couru où bien des illustrations se réunissaient, et où l’on chantait ses louanges, tout en médisant des absents.

Là, elle circulait, gracieuse et gentille, coquette et avenante, au milieu des hommes les plus en vue de Paris, éclaboussant de ses allures mignonnes et félines, les quelques camarades de son sexe qui fréquentaient chez elle.

Ses mercredis soirs attiraient foule élégante et joyeuse, et elle s’y montrait particulièrement affable et de bonne composition ; étudiant, favorisant les nouveaux venus, pour qu’ils se déclarassent et avouassent leur petit vice. Ce fût à l’une de ces réunions que Gonzague de Ponleuleu fit sa connaissance, présenté par un homme de lettres, tonitruant dans un journal du matin contre l’affreuse décadence de ses contemporains, homme d’autant plus à même d’en parler, qu’il était le plus enculé des feuilletards de la presse. La vue de Thérèse produisit sur Gonzague un effet étourdissant. Certes, il n’en était plus à ses débuts féminins, marquait un peu plus que ses trente-cinq ans, mais jamais il ne rencontra dans un regard velouté plus de rapide promesse, plus de bienveillant encouragement, à ne pas craindre de parler de tout ce qui est défendu.

Dans un coin isolé du salon, il en fit de suite l’expérience.

— Chère Madame, on vous cite parmi les déesses les plus accueillantes au culte d’hommes adorant tout ce qui appartient, tout ce qui touche l’objet de leur ferveur : je suis donc mille fois heureux de vous baiser la main.

— Je n’ai pas grand mérite, cher Monsieur, à accorder des petits bonheurs qu’on paye bien au delà de leur valeur ! Vous aimez la femme, et vous aimez son fluide dans ce qui la revêt, lui sert, ou l’encadre. Dites-moi vite si ma personne vous inspire une idée quelconque, qu’il me soit facile de satisfaire. Je suis certaine que vous êtes un galant homme, je ne vous refuserai pas.

— Ah ! jolie Thérèse, si vous saviez quel est mon genre de petit vice.

— Aucun ne m’étonne, dites vite.

— Je n’ose.

— Allons donc, même si je vous regarde de cette manière ?

— Non, je ne puis pas ici. Ah ! vous me révolutionnez pourtant avec votre regard ! Ça ne s’avoue pas, sans qu’on soit tout à fait… unis.

— Une… grosse horreur, monstrueuse, dites vite, je le veux.

— Il n’y a pas de monstruosité de la femme qu’on aime !

— Vous m’aimez… déjà ! Vos sentiments naissent vite, partent-ils de même ? Vous piquez ma curiosité ! Faut-il vous accorder une audience… toute intime

— L’obtiendrais-je si je la demande ?

— Que répondent mes yeux ?

— Oui, et je vous remercie. Quand ?

— Demain, dans l’après-midi, vers les quatre heures, voulez-vous ?

— En douteriez-vous ?

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