Scène III
Les Mêmes, PAUL, entrant en coup de vent.
PAUL, saluant, joyeux, à Colette.
Embrasse-moi, ma sœur, j’ai fait un héritage.
Je viens de conquérir ma bourse de voyage.
COLETTE.
Dis-tu vrai ?
PAUL.
Dis-tu vrai ? Le succès d’un concours tient surtout
Aux amitiés qu’on a dans un jury, l’atout,
Vois-tu, c’est le monsieur chic qui vous recommande,
Plus il est influent et plus la chance est grande.
COLETTE, inquiète l’interrogeant.
Ton concours était bon ?
PAUL, finement.
Ton concours était bon ? Mais à mérite égal,
C’est l’atout qui l’emporte et ce n’est pas plus mal.
Félicite-moi donc !
COLETTE.
Félicite-moi donc ! Ton triomphe me grise.
PAUL, à Lucienne.
Vous ne me dîtes rien ?
LUCIENNE, émue.
Vous ne me dîtes rien ? Que voulez-vous qu’on dise ?
Nous avons tant de joie…
PAUL, s’adressant à Lucienne.
Nous avons tant de joie… Et… croyez qu’il m’est doux
De vous dire que palme et laurier sont à vous.
Renaud n’est pas ici ? Petite sœur Colette,
Il me faut à l’instant t’embrasser à pincette.
COLETTE, riant
Au milieu de ce parc, tu n’es pas sérieux.
PAUL, en s’en allant.
Je cours chercher Renaud.
Embrassant Colette.
Je cours chercher Renaud. Encore un, sur les yeux.
Il disparaît dans une allée.