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Fabrice rentra chez lui plus tôt que de coutume. Gatienne venait de sortir.
— Où est-elle allée ? dit-il à Clotilde.
— Je ne sais pas.
Ils causèrent. La jeune fille paraissait au courant de leurs opérations financières ; elle assura Fabrice que son mariage suivrait de près ce magnifique coup de fortune que le génie de Robert avait découvert dans la valeur dépréciée des mines de Houdan.
— Tant mieux ! dit-il. Mais où est allée Gatienne ?
— Elle ne l’a pas dit. Tu signeras l’acte ce soir, n’est-ce pas, Fabrice ; tu me le promets ?
— Sans doute. Les enfants sont seuls ?
— Matta les garde.
Il les chercha et les trouva dans la salle à manger, se gardant eux-mêmes. Claude soulevait Mimi avec tant d’effort, qu’il ne tenait plus en l’air que les jupes. Nue jusqu’à la ceinture, Mimi gigotait toute rose pour atteindre au buffet, où ses doigts fourrageaient dans les assiettes de gâteaux. Elle les agrippait, les écrasait à pleins petits poings, voracement s’en emplissait le bec, tandis que Claude lui criait, colère :
— À moi, à moi donc, ou je te lâche !
— Tiens ! dit-elle, lui collant sur le nez sa main toute empâtée d’une meringue qu’elle pétrissait.
Fabrice les mit en pénitence, chacun derrière une chaise, où Mimi oublia de pleurer en suçant ses doigts.
D’habitude leur mère ne les abandonnait pas ainsi : où pouvait-elle être ?
Il s’en vint, attiré par un bruit de voix, jusqu’à la cuisine.
Matta, dans tous ses atours de noce, la jupe relevée et attachée derrière avec une épingle, les manches troussées jusqu’au coude, remuait ses casseroles, le visage penché au-dessus, rose et mouillé dans la vapeur grise.
Jacques, marmiton, épluchait docilement la salade.
Sans doute Matta gardait sur le cœur les laitues qu’elle avait arrosées pour devenir madame Jacques, car elle grondait, le verbe haut, prenant fièrement sa revanche. Même Jacques ayant protesté, elle répliqua par une gifle.
Comme Fabrice entrait, le gros Normand, tout bête, se tâtait la joue.
— Ah ! ben, faisait-il dodelinant la tête, si j’avais su !
— Paix ! dit-elle ; tu sais maintenant que les femmes se vengent.
— Hé ! Matta, dit Fabrice souriant, il fallait attendre à demain !
— Il en reste encore, dit-elle en menaçant Jacques du bout de ses doigts, avec un joli rire triomphant qui découvrit toutes ses dents blanches.
Une voiture s’arrêtait devant la grille : Gatienne rentrait. Fabrice prit sa course.
Il arriva tout essoufflé et lui demanda :
— D’où viens-tu ?
Elle lui mit les bras autour du corps et le serra contre elle.
— J’étais allée te chercher.
— Au bureau ? Et pourquoi ?
— Pour te revoir plus tôt.
— Qui as-tu trouvé ?
— Personne.
— Tu n’as pas vu Robert ?
Elle eut un frisson en répondant :
— Non.
Il l’examina.
Autour de ses yeux brillants, un cercle noir lui creusait les joues ; ses lèvres, d’un pourpre de fièvre, paraissaient gonflées ; son haleine brûlait. Elle se coucha sur sa poitrine, cherchant ses caresses :
— Embrasse-moi donc ! Qu’as-tu ?
— Tu m’inquiètes, dit-il tout bas.
Elle s’accrochait à lui comme si elle craignait qu’il ne lui échappât, et elle le regardait ardemment.
— Si nous allions au théâtre, ce soir ? dit-elle tout à coup.
— Par ces chaleurs ! Tu étoufferais.
— Alors, dînons vite pour aller faire une grande promenade.
— De quel côté ?
— N’importe, devant nous, sans savoir, tu verras comme ce sera bon !
— On dirait que tu veux fuir la maison à tout prix, ce soir.
Elle eut un rire éclatant.
— C’est vrai, j’éprouve un besoin de mouvement extraordinaire.
— Allons ! dit-il très sombre.
Le dîner se passa rapidement ; Gatienne pressait le service. Elle enleva les enfants, les coucha avant qu’ils fussent endormis, et revint, en toute hâte, chercher Fabrice.
Le jour était haut encore ; le soleil traînait ses derniers rayons sur la cime déjà jaunie des grands arbres. Une tristesse montait de cette soirée de fin de septembre où les fleurs étaient devenues rares, où les herbes brûlées par l’été avaient des teintes flétries. Un silence morne semblait descendre du ciel gris bleu qui roulait vers le couchant de larges taches rouges.
— Partons vite, dit Gatienne entraînant son mari.
Comme ils sortaient de la maison, Robert parut sur la terrasse.
— Me voici, dit-il.
Elle cria, se rejetant en arrière.
— Je vous fais peur ? reprit le jeune homme, la regardant en plein visage, sans se gêner.
Alors Fabrice remarqua la pâleur blême de Robert, ses traits tirés, le tremblement de ses lèvres blanches qui s’écartaient dans un sourire menaçant, montrant ses dents serrées. Et, presque effrayé, il lui dit :
— Je comprends la surprise de ma femme : votre visage est bouleversé. Souffrez-vous ?
— Quelque peu, répondit Robert. J’ai subi aujourd’hui une attente vaine qui m’a énervé. Mais je suis impitoyable pour qui me blesse. La personne qui m’a fait poser le payera. Entrons-nous ? Je vous porte le contrat à signer.
— Je l’avais oublié, dit Fabrice ; entrons.
Gatienne ne lâchait pas son bras ; elle le retenait avec une force extraordinaire.
— Je ne veux pas que tu signes, dit-elle enfin d’une voix étouffée.
— Comment ?
— Les enfants !… il ne faut pas ruiner les enfants !…
— Tu es folle, ma chère femme : sois donc tranquille. Venez, Robert.
Ils entrèrent.
Clotilde les attendait.
Elle s’empressa, souriante, près de Fabrice, et lui poussa l’encrier :
— Allons, frère, d’un coup de plume, fais-nous tous riches.
Il s’assit, parcourant des yeux la feuille timbrée :
— Vous n’avez pas signé ? dit-il à Robert.
— Demain, en présence de ces messieurs.
— C’est juste.
Clotilde lui tendit la plume en se penchant.
On voyait sa poitrine gonflée palpiter d’émotion.
Gatienne s’était couchée, défaillante, sur les épaules de son mari ; elle allongea son bras et lui retira la plume des doigts, gémissant :
— Non, non, je t’en supplie, non !…
— Ne l’écoute donc pas ! cria brutalement Clotilde.
— Ah ! mais vous m’ahurissez ! dit-il. Voulez-vous bien me laisser tranquille, toutes les deux ? Mêlez-vous de vos chiffons.
Cependant il hésita, troublé par les suffocations de Gatienne, qui, debout derrière lui, le brûlait de son souffle ; il dit à Robert :
— C’est bien arrêté alors, nous achetons ? Vous êtes sûr ?
— Il me semble, répondit froidement le jeune homme, que nous courons les mêmes risques.
Fabrice signa brusquement et lui tendit la feuille.
Puis il se retourna d’un geste vif et prit sa femme sur ses genoux :
— Oh ! je vais te gronder, à la fin ! dit-il lui voyant des larmes sur les joues.
Il l’embrassa. Robert fit un éclat de rire. Gatienne se mit debout, raidie dans la plus horrible douleur.
— Et notre promenade ? lui dit Fabrice cherchant à la distraire. Il est trop tard maintenant pour aller à travers champs. Veux-tu que nous prenions la yole ?
Depuis quelque temps, Gatienne assurait qu’elle n’avait plus peur de l’eau, afin de ne pas rester seule avec Robert.
— Ah ! oui ! dit-elle.
Elle cria cela comme si on la délivrait. Il lui semblait qu’elle allait s’échapper, fuir cette catastrophe autrement terrible que la ruine et qu’elle voyait suspendue aux lèvres de Robert.
Tout à coup une pensée lui vint. Si, maintenant qu’il les avait ruinés, épouvanté de son crime, il renonçait à la poursuivre ! Voilà plusieurs minutes qu’il aurait dû avoir parlé, et il se taisait.
Elle supporterait bien la misère, et avec joie même, si elle gardait Fabrice. Oh ! en être aimée toujours ! Ne plus trembler de le perdre ! Comme on travaillerait pour refaire une fortune aux enfants !…
Soudain un grand froid l’envahit.
Robert disait :
— Je vous suis ; vous permettez ? Nous causerons intimement.
Fabrice pensa qu’il s’agissait de Clotilde et répondit gaiement :
— Eh bien, partons.
Gatienne courut derrière son mari, prit son bras, le serra contre elle.
Il la regarda ; elle avait l’air farouche, et semblait moins s’appuyer à lui que le couvrir de son corps comme pour le défendre.
— Ne venez pas, dit tout bas Robert à Clotilde ; j’ai une confidence à leur faire.
Et il marcha derrière eux.
Le jour s’éteignait dans un crépuscule ardent qui rougissait la Seine. Les arbres, feuilletés par l’air vif, jetaient le froissement de leurs ombres noires sur l’eau déjà moirée par de minces vagues molles. Le batelet se balançait très doucement pendant que Fabrice défaisait la chaîne qui traînait sur le bois son grincement de ferraille.
Gatienne, arrêtée sur la berge, regardait l’eau et songeait.
Robert s’approcha d’elle :
— Je crois que nous allons rire tout à l’heure. Tu sais, tiens-toi sur tes gardes, Fabrice est un peu vif, et…
— Misérable ! dit-elle à demi-voix.
— À ton aise. Il te reste quelques minutes pour maudire ton juge. Cependant, écoute : je t’offre encore la paix. Tu vois si je t’aime ! J’en suis lâche.
— Oh ! oui, lâche !
— C’est ce que je dis. Eh bien, veux-tu ?… Veux-tu venir demain matin, là-bas, chercher ce papier que vient de signer Fabrice ? Tu resteras riche, heureuse, honorée, aimée… Veux-tu ?
Maintenant elle suivait, par delà Saint-Cloud, le jeu capricieux des nuages, la tête levée, dédaigneuse et sombre.
Il reprit tremblant de rage :
— C’est fini, je vais tout dire à Fabrice… Tiens, je t’en supplie, j’ai peur pour toi. Cède, écoute-moi, viens demain. Réponds-moi donc ! viendras-tu ?
Elle abaissa sur lui ses yeux noirs, qui semblaient élargis et remplis d’une audace désespérée, et lui souffla au visage :
— Infâme !
Puis, comme Fabrice criait :
— Embarquez !
Elle sauta dans le bateau d’un geste fou qui le fit pencher.
Robert la suivait, il chancela.
— Prenez garde, lui dit vivement Fabrice, et ne restez pas debout. Quand on ne sait pas nager il faut être prudent.
Gatienne, entendant ces mots, frissonna de tout son corps. Son regard glissa terrible sur Robert et se fixa dans le vague.
Elle s’était assise sur la banquette du milieu, un peu à gauche. Elle se tenait enveloppée dans son châle de dentelle blanche, dont la pointe lui retombait sur le front, ombrant son visage.
Fabrice, qui ramait, lui faisait face, et aussi à Robert assis sur la banquette du fond.
Un canot, entraîné par trois rameurs, passa près d’eux, fila et les laissa loin. Là dedans une fille chantait, coiffée d’un béret de canotier ; sa voix les éclaboussa, criarde, puis se perdit après quelques notes aiguës. On entendit encore le pépiement doux des oiseaux qui s’endormaient, puis le clapotement du remous contre le talus et la tombée régulière de l’eau balayée par les rames.
Alors, dans la langueur rêveuse de ce murmure, Robert commença :
— Voilà une soirée diantrement amoureuse et qui vous donne des envies… d’être marié.
Fabrice répliqua joyeusement :
— Mariez-vous donc, comme dit Pantagruel à Panurge.
— Ce n’est pas ma faute si je ne le suis pas.
— Je crois, dit Fabrice souriant, qu’il ne tient qu’à vous de l’être.
— Il n’a pas tenu qu’à moi jadis ; sans quoi, je le serais. Tenez, il faut que je vous conte cette histoire. Vous permettez, madame ?
Elle tourna à demi la tête, et il vit ses yeux briller comme des flammes dans l’ombre du châle.
— Allez, dit Fabrice, nous permettons.
— J’aimais une jolie fillette. Oh ! mais jolie ! Des yeux noirs, la poitrine blanche, le pied rose et veiné de bleu.
— Diantre ! il paraît que vous la connaissiez !
— Hé oui ! Que voulez-vous ! elle me plaisait tant et tant, que, ma foi ! je brusquai un peu les choses.
— Était-ce une fille honnête ?
— Jusque-là, oui.
— Alors vous deviez épouser.
— Je n’en avais pas la moindre envie avant ; elle ne me vint qu’après.
— C’est bien.
— Oui, mais c’est elle qui ne voulut pas.
— Vraiment !
— Elle ne m’aimait plus, son caprice était passé. Bien mieux, elle me prit en haine.
— Étrange, cela !
Depuis un moment, Robert se penchait sur la droite pour regarder Fabrice en parlant ; car Gatienne s’était peu à peu rapprochée vers le milieu du banc, comme pour se mettre entre eux.
— Prenez garde, répéta Fabrice, vous vous penchez trop. J’entends. Alors, vous l’avez laissée là ?
— Oui et non ; car je ne l’ai pas perdue de vue. Je l’aimais.
— Ah ! je vous plains. Et qu’est-elle devenue ?
— Elle s’est mariée, tranquillement, effrontément, sans rien avouer à son mari.
— Aïe ! le pauvre homme !
— Et elle vit heureuse, estimée…
— Dites donc, aussi, vous l’aviez peut-être prise sans son consentement.
Gatienne tressaillit : oh ! si Fabrice allait l’absoudre !
— Quand cela serait, devait-elle refuser la réparation que je lui offrais et porter sa honte à un autre ?
— Assurément non. — Nous retournons, dit-il à sa femme ; tu as froid, on dirait que tu trembles.
Elle acquiesça de la tête sans répondre. Maintenant elle occupait le milieu du banc. Fabrice ne voyait plus Robert. Au reste, le reflet rouge du ciel avait fait place au gris pâle qui précède la trouée des étoiles. L’eau n’envoyait plus de clarté, et les ombres noires des arbres du bord semblaient s’allonger sous le bateau.
— Mais je me suis vengé, articula Robert décochant brutalement ce dernier mot.
Et, comme personne ne l’interrogeait, Fabrice le blâmant sans doute, il ajouta d’un ton léger et moqueur :
— J’ai tout conté au mari.
— Qu’en est-il résulté ? dit Fabrice du bout des lèvres, un peu écœuré de cet aveu.
— Devinez ! car vous le connaissez, ce mari…
Et Robert, emporté par sa fureur, se leva afin de voir Fabrice, que sa femme lui cachait et de lui jeter son nom à la face.
Ainsi debout, il frôlait les épaules de Gatienne. Elle eut une convulsion de tout son être ; puis, comme il reprenait :
— Ce mari, c’est…
Elle cria à toute voix :
— Fabrice ! un bateau derrière toi.
Fabrice tourna vivement la tête.
Alors elle se jeta d’une poussée violente sur Robert, qui perdit l’équilibre, culbuta et tomba hors de la barque, faisant un grand cri.
Fabrice, d’un bond, s’élança pour se jeter à l’eau. Mais Gatienne, avec une vigueur folle, arrêta son élan, l’étreignit, s’accrocha à lui, luttant et résistant de toutes les forces de son corps tordu dans une épouvantable crise nerveuse, avec des plaintes déchirantes.
Fabrice, affolé, la secouait pour se faire lâcher, il la frappait même, se débattant, hurlant :
— Au secours !
Et Gatienne, cramponnée, se laissait traîner au fond du bateau ; ses ongles saignaient, elle criait de ses meurtrissures ; mais il eût fallu la tuer pour desserrer ses bras.
Et la barque, filée à la dérive, les emportait : et Robert se noyait. Une fois il était revenu sur l’eau qu’il battait de ses mains, puis tout avait disparu.
— À la fin, Gatienne, épuisée, roula comme une masse, évanouie, et Fabrice, s’écrasant la tête dans ses poings, continuait de crier, la voix rauque, lamentable :
— Au secours !
Le canot qui les avait déjà croisés revenait derrière eux et les accosta. Un rameur sauta dans leur barque et Fabrice passa dans le canot. On remonta à l’endroit où Robert était tombé ; puis on suivit le courant, on plongea ; on ne vit rien.
Quand Fabrice rentra chez lui, grelottant dans ses vêtements mouillés, il trouva Gatienne qu’on avait ramenée, pelotonnée sur un tapis, à terre, secouée par un tremblement qui faisait claquer ses dents, l’air épouvanté. On ne pouvait lui tirer un mot. Clotilde gémissait, appelant son frère. On lui avait parlé d’un accident, et c’était tout.
Elle courut à lui, et, le voyant ruisselant, les yeux rouges, désespéré, elle cria :
— Robert !
Gatienne regardait de son regard fou ; cependant elle avait l’air d’écouter :
— Perdu, répondit Fabrice.
Alors Clotilde éclata en sanglots, se tordant les mains. Mais elle voulait savoir ; il fallut que Fabrice lui expliquât. Alors, la voix morne, il dit brièvement comment ce malheur était arrivé. C’est Gatienne qui, jetée par l’effroi dans une horrible convulsion nerveuse, l’avait empêché de sauter à l’eau lorsque Robert était tombé. Clotilde écoutait ; ses yeux se séchaient sous une flamme de colère.
Ainsi, c’était la faute de Gatienne si son fiancé était mort !
Fabrice, agenouillé près de sa femme, tenait ses mains, la caressait doucement pour la calmer : elle lui faisait peur !
Mais Clotilde s’approcha d’elle, emportée par sa douleur furieuse, et lui cria en plein visage :
— Ah ! malheureuse folle, si vous l’aviez moins aimé, vous n’auriez pas perdu l’esprit en le voyant tomber, et on l’eût secouru, et on l’eût sauvé ! C’est votre amour qui l’a tué !…
Fabrice s’était relevé d’un bond, s’écartant de sa femme.
— Son amour !… balbutiait-il, son amour !…
— Regarde-la, continua Clotilde ; je pleure, moi. Mais elle !…
Elle ne pleurait pas ; elle regardait Fabrice avec une expression de douleur déchirante. Son corps ne cessait pas de trembler. Elle remuait les lèvres et ne pouvait parler.
Fabrice était foudroyé. L’état de Gatienne confirmait, en effet, les craintes confuses qui lui étaient déjà venues.
Il revint sur elle et lui prit le bras presque violemment.
— Tu l’aimais ? dit-il ; c’est donc vrai que tu l’aimais ?
Elle fit un grand effort, souleva ses mains, les appuya sur lui et balbutia dans un souffle :
— Fabrice !…
Il tressaillit à ce reproche douloureux, et, se tournant vers Clotilde :
— Tu mens ! dit-il ; n’y reviens pas.
Puis il emporta Gatienne dans sa chambre, la coucha comme une enfant, et l’endormit.
Alors il s’éloigna du lit où elle reposait anéantie, et, cachant sa tête dans ses mains, il se tortura avec cette pensée :
— Si pourtant elle l’aimait !