Scène IV
Les Mêmes, GENEVIÈVE. Elle entre lentement et s’asseoit comme accablée.
GENEVIÈVE.
J’ai si peu de chance.
BRIGITTE.
Qu’avez-vous, ma chère maîtresse ?
GENEVIÈVE.
Je suis agitée, troublée… j’ai voulu me reposer, impossible, Brigitte, il me semble qu’un grand événement, se prépare, et que j’y dois jouer un rôle considérable.
BRIGITTE.
Ce sera peut-être quelque chose d’heureux pour vous ; pourquoi vous inquiéter, Madame ?
GENEVIÈVE.
J’ai si peu de chance, vois-tu, l’inconnu me fait peur.
BRIGITTE, bas.
Il y a un inconnu.
Mouvement parmi les demoiselles d’honneur.
GENEVIÈVE.
Non, je parle de l’événement, tout m’inquiète.
BRIGITTE.
Mon Dieu, madame, il ne faut pas se décourager, la chance peut venir, il faut vous distraire.
TOUTES.
Sans doute.
BRIGITTE.
Chassez donc tous ces papillons noirs, regardez et admirez. (On lui montre le peignoir.)
GENEVIÈVE.
Le magnifique peignoir ! ! ! Que vois-je ! un jeune homme ici ! Je vous l’avais pourtant bien défendu.
BRIGITTE.
Oh ! c’est un enfant à peine !
GENEVIÈVE.
Pauvre petit, il est tout tremblant !
BRIGITTE, montrant les habits de Drogan.
Voyez dans quel état elles l’ont mis, les effrontées !
DOROTHÉE.
C’est lui qui a commencé !
GENEVIÈVE.
Avec cet air modeste !
GUDULE.
Ne vous y fiez pas !
GRETCHEN.
C’est un hypocrite. (Elle le pince.)
DROGAN.
Aïe !
GENEVIÈVE.
Ton nom, mon enfant ?
GUDULE.
Il s’appelle Drogan.
DOROTHÉE.
Un drôle de nom !
GRETCHEN.
Pas si gentil que lui.
BRIGITTE.
Il veut entrer dans vos pages.
GUDULE.
C’est le bourgmestre qui l’envoie.
GENEVIÈVE.
Silence ! le laisserez-vous parler… Tu veux entrer dans mes pages ?
DROGAN.
Oh ! oui, madame ! Vous êtes si belle, et je serais si heureux de vous voir tous les jours !
GENEVIÈVE, troublée, bas.
Voilà qui est singulier. Brigitte, il me semble que j’ai déjà entendu sa voix.
BRIGITTE, bas.
Ah ! madame, je le reconnais maintenant… c’est lui qui, hier, le matin et tous les jours, chantait sous vos fenêtres !
GENEVIÈVE, bas.
Lui ! Renvoie mes filles d’honneur !…
BRIGITTE, aux jeunes filles.
Allons, mesdemoiselles… laissez cet enfant… il n’est pas convenable que vous lui parliez d’aussi près. (Murmures.) Qu’est-ce à dire ? Allons, madame Geneviève veut causer avec son page. Retirez-vous !
GRETCHEN, aux autres, en se retirant.
C’est bien agréable !
GUDULE.
Pour une occasion qu’on a de rire un peu !…
DOROTHÉE, sur un geste de Geneviève.
Nous sortons, madame.
TOUTES.
C’est égal, il est bien gentil.
ENSEMBLE.
Elles sortent toutes en envoyant à la dérobée un baiser à Drogan.