‹ Geneviève de BrabantChapitre 26 sur 61 · I · II

I · II

TOUS.

MARTEL.

Sang et torture ! Tonnerre et foudre ! Quel est le polisson qui m’a versé… Qu’il se nomme, ou je démolis la maison de fond en comble !

SIFROY.

Seigneur… le polisson, c’est moi.

Il tombe à genoux.

MARTEL.

Toi ! mille noms d’une pioche !

Il lève son marteau.

SIFROY.

Arrêtez, prince !… c’était de l’eau filtrée…

MARTEL, calmé, montrant son parapluie.

Il est heureux que j’aie ouvert à temps les armes de mes aïeux !

SIFROY, étonné.

Ce sont les armes de vos ?…

MARTEL.

Les armes des Pépin… d’Héristal, sans doute… Ah ! si tu les avais souillées… Mon père Pépin d’Héristal me les a léguées sans tache… Je les rendrai sans tache à mon fils Pépin le Bref ! Mais il ne s’agit pas de ça. Je viens te chercher…

SIFROY.

Me chercher ? Ah bien ! vous arrivez dans un fichu moment ! Est-ce qu’en entrant ici vous n’avez rien remarqué ?

MARTEL, à la fenêtre, posant son marteau debout, la main au-dessus des yeux et se baissant comme un arpenteur qui tire un plan.

Si fait, j’ai remarqué en face une atroce baraque qui doit te masquer la vue. (Il va à la fenêtre.) En effet, ça l’obstrue entièrement… Ah ! si j’avais ça chez moi, ce serait un déjeuner pour mon marteau !

SIFROY.

Il ne s’agit pas de ça ! mais un conseil, prince. Si vous aviez en même temps une femme qui vous trompe et une indigestion, qu’est-ce que vous feriez ?

MARTEL.

Rien de plus simple… on pratique une saignée.

SIFROY.

Oh ! il y est.

MARTEL.

Et on dégage la place en enlevant le pâté.

SIFROY.

Eh ! voilà ! c’est bien le pâté qui m’incommode pour vous suivre maintenant.

MARTEL.

Le pâté ? je ne comprends pas un mot de tout ce que tu me dis-là… mais, il ne s’agit pas de ça, ne t’occupe que de tes armes.

SIFROY.

C’est que j’ai aussi une femme qui…

MARTEL.

Assez ! je commande ici, je suis le maître, dépêchons, il faut que nous prenions le train de huit heures cinq.

SIFROY.

Mais, prince, où m’emmenez-vous ?…

MARTEL.

Àla démolition des Sarrasins.

SIFROY, mettant son haubert et sa cuirasse.

Jamais je ne pourrai… Ah ! Narcisse, tire-moi de là ! une femme qui me trompe, une indigestion qui me retient, et le maître qui m’emmène ! que répondrais-tu à ma place ?

NARCISSE, déclamant.

SIFROY.

Ah ! qu’il m’ennuie !

MARTEL.

Vous pouvez vous flatter de posséder là un joli mirliton.

SIFROY.

C’est mon poëte.

MARTEL.

Et les autres… où sont les autres ? les chevaliers ?…

SIFROY.

Ils dorment.

MARTEL.

Est-ce que j’ai le temps d’attendre ! voulez-vous bien me réveiller tout ce monde-là !…

SIFROY.

Quel homme !… holà !… Golo !… mes gens ! mon armée réveillez-vous donc ! (Il se pend aux sonnettes et sonne du cor ; Martel frappe les murs de son marteau et Narcisse pince de la lyre à la fenêtre.)

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