‹ Geneviève de BrabantChapitre 32 sur 61 · II

II

GRABUGE.

PITOU.

GRABUGE.

PITOU.

GRABUGE.

PITOU.

ENSEMBLE.

(Ils se séparent sur la ritournelle et vont chacun s’appuyer contre le manteau d’arlequin.)

GRABUGE.

Pitou ! halte !

PITOU.

Ça z’y est.

GRABUGE.

Àdroite alignement.

PITOU.

Ça z’y est.

GRABUGE, lui donnant son fusil.

Portez armes… formez les faisceaux.

PITOU.

Ça z’y est.

GRABUGE.

Eh bien ! va te promener… C’est embêtant avec cet animal-là, on n’a pas le temps de commander, savez-vous ?

Il s’essuie le front. Pitou coupe une baguette avec son couteau.

PITOU, chantonnant.

Lebewohl herr lieber, oh ! oh ! oh !

GRABUGE.

Pitou, qu’est-ce que vous faites-là ?

PITOU.

Sergent, je cueille une baguette, pardi !

GRABUGE.

Pourquoi que vous cueillez une baguette ?

PITOU.

Je n’vous dirai pas, sergent, mais aussitôt que je ne suis plus de service, je cueille une baguette… c’est plus fort que moi…

GRABUGE.

C’est s’traordinaire ceci… lorsque j’étais simple fusilier, moi aussi, je cueillais toujours des baguettes pour les ratisser avec mon couteau et je n’ai jamais su pourquoi… depuis que je suis sergent je n’en cueille plus… pourquoi ? je n’en sais pas davantage… mystère.

PITOU, qui a ratissé sa baguette, chantant encore.

Lebewohl vergissmenicht, oh ! oh ! oh !

GRABUGE.

Ferme ton couteau et avance à l’ordre…

PITOU.

Voilà !…

GRABUGE.

Tu penses bien que nous ne sommes pas venus ici uniquement pour ratisser des baguettes et prendre le frais !

PITOU.

Non, sergent, d’autant qu’il y fait une chaleur hydropicale.

GRABUGE.

Nous sommes ici pour attendre M. le conseiller aulique Golo… Pourquoi que vous riez, Pitou ?

PITOU.

Je ris… cause que c’est un drôle de nom, Golo !… alors je ris… Golo…

GRABUGE.

Tant que vous vous appellerez Pitou… faudra pas vous fich’ du nom des autres… Je reprends, nous l’attendons pour une entreprise philanthropique, il s’agit de faire passer le goût du pain à une particulière qui ne mange que de la brioche…

PITOU.

Ho ! ho !

GRABUGE.

Il paraît que c’est une femme criminelle.

PITOU.

Oh ! oh !

GRABUGE.

Pourquoi que vous vous exclamez, Pitou ?

PITOU.

Dame ! sergent, détruire une femme.

GRABUGE.

Mais elle sera sans défense.

PITOU.

Raison de plus.

GRABUGE.

Je comprends pas ?

PITOU.

Mais une femme !… c’est une faible créature…

GRABUGE.

Eh bien, Pitou, tout l’art de la guerre est là ! frapper quand on est le plus fort, recevoir les coups quand on est le plus faible… vous saurez ça aussi bien que moi, quand tu seras sergent… mais jusque-là, n’oubliez pas qu’un bon militaire ne connaît que sa consigne… et il l’exécute !…

PITOU.

Ou il dit pourquoi.

GRABUGE.

Quand il dit pourquoi… on le fusille !…

PITOU.

Ah ! bigre !

GRABUGE.

Ça te la coupe…

PITOU.

Ça me la coupe !… oui, ça me la coupe !… mais c’est égal, ça m’ennuie, j’ai peur que son sang me retombe sur la tête.

GRABUGE.

Sur la tête… fectivement, ça serait désagréable.

PITOU.

Un moyen, sergent… un moyen d’éviter ça.

GRABUGE.

Laquelle, Pitou ?

PITOU.

Il ne faut pas la tuer, il… ne… faut… pas… la… tuer… il faut la néyer.

GRABUGE.

Tiens… c’est une idée… avec une bonne pierre.

PITOU.

Et de l’eau.

GRABUGE.

Surtout de l’eau ! comme ça… (Ils se penchent ensemble, nez à nez et d’un air convaincu ; on entend un signal.)

UNE VOIX, au dehors.

Brrr !… Brrr !…

GRABUGE.

Voilà le signal de M. le conseiller aulique… Attention, Pitou !… rompez les faisceaux.

PITOU.

Ça z’y est.

GRABUGE.

Droite, fixe, alignement.

PITOU.

Ça z’y est.

GRABUGE, criant.

Qui vive ?

PITOU.

Le mot d’ordre.

GOLO, en dehors.

Confiance et trahison.

GRABUGE.

C’est lui ! (Criant.) Absinthe et curaçao !

VANDERPROUT, au dehors.

Amis !

PITOU et GRABUGE, criant.

Amis !… ouvrez la poterne.

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