Scène II
Les Mêmes, ISOLINE, en toilette splendide, un loup sur le visage.
ISOLINE.
Àmoi le dernier couplet ! (Tout le monde s’écarte.)
III.
CHŒUR.
TOUS.
Bravo !… Bravs !…
MARTEL.
Qui es-tu ?
SIFROY.
Mon inconnue de la rue Le Peletier, la reine de mes pensées ! (À Martel.) Voilà deux jours que je la poursuis et qu’elle me glisse entre les doigts.
TOUS.
Ton nom !… ton nom !…
MARTEL.
Toi qui viens de nous dire de si dures vérités, montre-nous ton visage !
ISOLINE.
Impossible, messieurs, c’est un vœu.
MARTEL.
Oh ! alors, je l’exige.
ISOLINE.
Vous le voulez ? Eh bien, regardez donc ! (Elle se démasque.)
TOUS.
Elle. (Chacun à son voisin.) Qui est-ce ? je ne sais pas.
ISOLINE, leur riant au nez.
Eh bien, êtes-vous contents ? (Montrant son loup.) Avec ceci je ne rate jamais cet effet-là.
SIFROY.
Quel nez ! Quelle bouche ! Quels yeux ! Ah ! maintenant que ton visage est découvert, laisse-moi te dire tout ce qui t’aurait fait rougir sous le masque… Imagine-toi que lorsque je t’ai aperçue sous ce loup, c’était la première fois que je le voyais.
ISOLINE.
Assez, prince ! si mon mari était là, il pourrait croire ce qui n’est pas… n’allez pas me confondre avec ces cocodettes de moyen âge.
LES FEMMES.
Eh ! dites donc.
ISOLINE.
Je suis une femme de la haute, moi ! mariée à un homme très-chic, moi !…
LES FEMMES, saluant.
Madame… (Elles s’éloignent en riant et disparaissent).
SIFROY.
Une intrigue avec une femme mariée ! quel rêve !
ISOLINE.
Oui, mariée à un gentilhomme indigne de ce nom, car il me lâcha et m’abandonna, sans enfants, après avoir mangé ma dot, naturellement.
SIFROY.
Monsieur votre père était à son aise ?
ISOLINE.
Parbleu ! c’était un fabricant de cuissards inoxydables.
SIFROY.
Et votre cher mari, que fait-il ?
ISOLINE.
Mon mari… ce qu’il fait, le gredin ?…Êtes-vous marié, vous ?
SIFROY.
Oui, je suis mari.
MARTEL.
Il est mari. (Chantant.) Il aime à rire, il aime à boire.
TOUS, chantant.
ISOLINE.
Oui… il fait la noce de son côté !
SIFROY.
Comme nous !
ISOLINE.
Pas bête, par exemple, il s’est fait l’ami intime d’un duc ridicule, par là-bas, dans le Nord, et il est en train, ai-je appris, de lui souffler son duché et sa femme.
SIFROY, riant.
Hein !… En voilà un duc qui est bête ! (Il réfléchit.)
ISOLINE.
Ah ! le chenapant !… c’est drôle tout de même, vous ne riez pas ?
SIFROY.
Mais si, beaucoup. (À part.) Un duc… dans le Nord… Qui ça peut-il être ?
ISOLINE.
Àla bonne heure ! moi j’aime les hommes gais…
SIFROY.
Alors je ne vous quitte plus !
ISOLINE.
Ne me suivez pas, je vais me costumer comme ces dames. À bientôt. (Elle se perd dans la foule.)
SIFROY.
Qu’elle est belle, qu’elle est belle !