‹ Gibier de potenceChapitre 13 sur 14 · Scène XIII

Scène XIII

PLUMARD, DUBROCHARD, Deux Agents,
puis LEMERCIER et TAUPINIER.

La voix de Dubrochard.

Ouvrez, ou j’enfonce la porte !

Plumard, sortant de son cabinet.

Attendez, j’y vais. (Il ouvre.) Ah ! nous allons bien rire.

Dubrochard.

Au nom de la loi, je vous arrête.

Plumard.

Qu’est-ce qu’il dit ?

Dubrochard.

Suis délégué du commissaire… vieil ami… m’a dit en déjeunant… « Dubrochard, j’ai la goutte… tu vas opérer arrestation… criminel à ma place… »

Plumard.

Vous ?

Dubrochard.

Moi… Dubrochard, vieux militaire… présentement épicier, rue Quincampoix… voici prospectus… où prenez-vous votre café ?…

Plumard.

Chez Potin…

Dubrochard.

Bon ! circonstance aggravante… suivez-nous.

Plumard.

Mais vous plaisantez ?

Dubrochard.

Plaisante jamais avec le devoir… vous dis de nous suivre, crebleu ! et un peu vite…

Plumard.

Quand je vous dis que ce n’est pas moi ! là !

Dubrochard.

Avons signalement ! malfaiteur pire espèce… air profond crétinisme.

Plumard, minaudant.

Eh bien !…

Dubrochard.

N’avez donc jamais regardé dans la glace. Cré nom ! faut pas nous la faire, savez… faut pas nous la faire.

Plumard.

Mais je vous répète que je suis un bon citoyen.

Dubrochard.

Vous demande pas vos opinions politiques… défendues, questions politiques.

Plumard.

Mais au nom du ciel !

Dubrochard.

S’agit pas de ciel ! Défendues, questions religieuses.

Plumard.

Ah ! tenez, je n’y tiens plus et je vous avoue franchement…

Dubrochard.

C’est bon ! tiendra compte… nom de nom ! (Aux agents.) Vous ! inscrivez qu’il avoue.

Plumard.

Mais, pas du tout… mais je vous dis que ce n’est pas moi… celui que vous cherchez, il vient de partir, tenez, par là…

Il indique la porte de gauche.

Dubrochard.

Eh ! bien, alors, on le dit… il faut parler.

Plumard.

Mais, voilà une heure…

Dubrochard.

Taisez-vous !

Plumard, grognant.

Taisez-vous… et il veut que je parle.

Dubrochard, allant à la porte de gauche.

Nous allons bien voir… (Haut.) Au nom de la loi, ouvrez !

Taupinier, passant la tête à la porte et indiquant la porte par laquelle est sorti Lemercier.

Ce n’est pas ici, monsieur, c’est en face.

Dubrochard.

D’mande bien pardon, monsieur… Si vous voulez un prospectus de ma maison, j’ai de l’excellent café ! (Il lui remet un prospectus. — Allant à la porte de droite.) Au nom de la loi, ouvrez !

Lemercier, passant la tête et indiquant la porte par laquelle est sorti Taupinier.

En face, monsieur, en face !…

Dubrochard.

Comment ! en face, j’en viens… Ce que c’est que ces fumisteries-là ? (Aux agents.) Arrêtez-les tous les deux !

Lemercier et Taupinier.

Pourquoi donc ça ?

Dubrochard.

Ça ne vous regarde pas…

Page 1