‹ Gibier de potenceChapitre 6 sur 14 · Scène VI

Scène VI

Les Mêmes, PÉPITA.

Pépita.

Je suis désolée, monsieur, de vous avoir fait attendre.

Lemercier, prenant le panier et le dissimulant derrière son dos.

J’allais vous le dire, madame !

Pépita.

Prenez donc la peine de vous asseoir.

Lemercier.

J’allais encore vous le dire.

Ils s’asseyent.

Pépita.

Et, puis-je savoir monsieur, ce qui me vaut l’honneur…

Lemercier.

Mon Dieu, madame, c’est très simple !… (À part.) Qu’elle est belle, cette femme !

Pépita.

Eh bien !

Lemercier.

Je viens tout simplement, madame déposer à vos pieds…

Pépita.

Quoi donc ?… Un manuscrit sans doute !… Je vois ce que c’est ! Vous êtes un jeune ?…

Lemercier, se redressant.

Un jeune ?… certainement ! Et depuis longtemps encore… mais non, ce n’est pas un manuscrit que je vous apporte, c’est un amour de petit toutou.

Il découvre le chien.

Pépita, étonnée.

Un chien !

Lemercier.

Oui. Je vous demande pardon de vous le donner comme cela de la main à la main. Je l’avais bien mis dans une boîte à bonbons ; mais il a mangé tous les bonbons et il a manqué d’égards vis-à-vis de la boîte.

Pépita.

Vous êtes trop aimable, monsieur ! Mais je ne vois pas…

Lemercier.

Eh ! c’est Médor ?

Pépita

Quel Médor ?

Lemercier.

Mais le Médor que vous avez perdu (Fredonnant.) C’est Médor que j’vous ramène.

Plumard, pouffant.

Ah ! elle est bien bonne ! non, ma parole, elle est bien bonne ! Ça, Médor ?

Lemercier.

Est-ce que par hasard ?…

Pépita.

Mais non, monsieur ! Mon Médor est une tête de chien.

Lemercier, ahuri.

Un chien décapité.

Pépita.

Et il est en diamants.

Lemercier.

Ah ! c’est un chien en diamants ! Bigre ! ce n’est point une race ordinaire, et moi qui croyais… que… ouf ! J’ai chaud… vous permettez. (Il ôte son paletot.) Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais dès que j’ai mon paletot…

Pépita.

Enfin, monsieur, vous voyez que ce Médor ne ressemble pas au mien.

Lemercier.

En effet, madame, le mien est de qualité plus inférieure. Enfin, madame, l’intention y était.

Pépita.

Certes, monsieur.

Lemercier.

Errare humanum est ! n’est-ce pas ?

Pépita.

Vous êtes espagnol, monsieur ?

Lemercier.

De Quimper ! oui, madame… Errare humanum est !… Autrement dit : Tout homme peut se tromper !

Plumard.

Mon Dieu, monsieur, c’est le fait de toute l’humanité ! Ainsi, tenez, cela me rappelle une aventure : j’étais à Asnières et je pêchais à la ligne. Ça ne mordait pas ! Tout à coup mon bouchon fonce ! Je dis : « C’est une ablette ! » C’était une perruque, monsieur.

Lemercier, cherchant.

Mais, monsieur, ça n’a aucun rapport !…

Plumard, digne.

Mais je n’ai pas dit que ça avait du rapport ! J’ai dit : ça me rappelle une aventure. (À part.) Qu’est-ce qu’il a à faire le pédant, ce pharmacien ! il est au moins de septième classe.

Pépita énervée hausse les épaules.

Lemercier.

Oh ! madame, croyez que je regrette…

Pépita, souriant.

Pas plus que nous, monsieur.

Plumard.

Oui, c’est dommage ! parce que vous comprenez bien que nous ne pouvons pas vous remettre la petite récompense. (Lemercier fait un mouvement.) Dame ! du moment que vous ne rapportez pas l’objet… Avec la meilleure volonté du monde…

Pépita, vivement.

Monsieur Plumard ?

Plumard.

Ma bonne amie !

Pépita, impatientée.

Vous, m’obligeriez bien d’aller faire jouer bébé ; je crois qu’il pleure.

Plumard, au moment de sortir, à part.

Oui, je m’en vais, pour ne pas avoir l’air ridicule, mais nous allons bien rire tout à l’heure, nous allons bien rire.

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