‹ GillesChapitre 25 sur 69 · 01 · 25

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En rentrant à l’hôtel, Gilles rapportait à Alice ce qu’elle attendait : un cœur flétri. Elle attendait cela en fumant cigarette sur cigarette.

Ne connaissant pas Myriam, elle l’imaginait plus forte qu’elle n’était ; elle ne pouvait croire que la jeunesse ne trouvât pas tous les moyens de la victoire. C’était, du reste, la seule supériorité qu’elle reconnût à sa rivale : la jeunesse, mais pour elle cela allait loin ; par ailleurs, elle se sentait supérieure à toutes les femmes par la générosité du cœur et du corps. Elle pensait avec horreur que tout cela avait déjà comblé Gilles. Elle voyait en lui une force, mais que cette force ne suivait pas les chemins qu’elle connaissait. Elle ne croyait guère aux arguments supérieurs de Gilles ; elle croyait que pour lui les mauvaises raisons étaient les plus séduisantes. Il serait comme tant d’autres hommes qu’elle avait vus dévorés par l’argent, la vanité, l’ambition, tout ce qui, pour elle, était les fantômes. Gilles n’avait pas tort de trouver qu’elle faisait trop bon marché de sa curiosité, elle ne voyait pas qu’elle était chez lui plus forte que l’ambition et n’en prenait l’aspect que d’une façon momentanée.

— Pourquoi n’est-tu pas resté ? fit-elle. J’étais persuadée que tu resterais avec elle. Ce n’est pas pour moi que tu es revenu.

Gilles fut frappé par le complet désenchantement du ton. Alice paraissait indifférente, toute préoccupée à étouffer en elle un dernier sursaut de la vie. Elle ne voulait plus de batailles d’où ne pouvaient sortir que des victoires sans lendemain.

Il la regarda et s’écria avec un étonnement douloureux :

— Je ne te fais pas plus de bien qu’à elle.

Elle répliqua avec son affectation stoïque :

— Tu m’as bien aimée à Belfort.

Gilles se jeta vers elle comme un enfant gâté qui est le plus sûr d’être pardonné au moment où il est le plus coupable.

— Écoute, ça m’est insupportable de la perdre. Elle est à moi, c’est mon bien, je veux la garder.

En dépit de ses efforts, Alice sentit ses yeux se remplir de larmes.

— Tu l’aimes.

— Non, tu comprends, je suis un salaud. Simplement je suis habitué à ce qu’elle m’aime, à ce qu’elle soit toute à moi. Je ne veux pas la laisser échapper.

— Eh bien ?

— Eh bien !…

Gilles se redressa et marcha dans la chambre.

— Je suis furieux parce que je ne peux pas faire ce qu’il faut pour la garder. Elle se défend tout de même. Je ne croyais pas qu’elle se défendrait. C’est scandaleux qu’elle se défende. Ah ! il faudrait si peu de chose.

Elle cria :

— Tais-toi, va-t-en. Tu me dégoûtes.

Il se précipita vers elle, avec un violent intérêt.

— Je te dégoûte, hein ? Je te parle comme une brute, mais je suis une brute. J’ai cru t’aimer d’un amour pur, définitif, mais tout cela n’est pas pour moi. Non, tu as raison, je suis bien marqué par cette rencontre qu’un matin j’ai fait d’elle, et du reste.

— Va la rejoindre.

— Mais je ne veux pas coucher avec elle, cria-t-il.

Il s’arrêta net, repensant à la scène de l’antichambre et il lâcha ces mots inattendus pour Alice :

— Du reste, je suis cocu.

— Quoi ? fit-elle, avec une pointe d’amusement, en dépit de son chagrin.

Il lui raconta tout. Elle ne put s’empêcher d’en être toute détendue. Gilles se peignit d’abord odieux et ridicule tout à son aise. Puis, fatigué de montrer les traits les plus noirs, il finit par tourner au comique.

Ils se trouvèrent en train de rire, ce qui les stupéfia. Alice se demandait où elle en était. Quand avait-elle raison ? Quand elle le prenait au sérieux et lui en voulait ? Ou maintenant, quand elle le considérait comme un enfant absurde, embarqué dans un aventure grotesque, et assez pitoyable ?

En souriant, elle montra ses admirables dents. Alors, Gilles s’aperçut qu’elle était au lit et que sa chemise découvrait une belle épaule blanche.

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