‹ GillesChapitre 48 sur 69 · 02 · 22

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M Florimond avait monté toute cette affaire pour le profit de son fils Clérences, mais en dehors de lui. Il ne fallait sur tout pas qu’il y fût compromis et il l’aurait gênée, pensait-elle, par ses scrupules.

Il l’aurait surtout empêchée de se lancer dans cette folie. Cependant, il était à l’origine de l’entreprise, à peu près inconsciemment. Antoinette savait que son père avait un dossier contre Chanteau et elle l’avait dit à son mari un jour de discussion aigre-douce, citant ce fait comme exemple du caractère sordide des hommes politiques. Elle lui avait même dit : « Quand je pense que, tôt ou tard, tu seras amené à faire des choses comme ça. » Clérences s’était rappelé la confidence au moment où la lutte s’était aiguisée entre Chanteau et Morel et il l’avait signalé à Chanteau, qui avait tremblé. Il en avait aussi parlé devant sa mère, qui avait aussitôt dressé l’oreille et fait des plans.

Elle était très liée avec un personnage important à la Sûreté générale, M. Maillaud. Celui-ci, qui pensait que son avenir était du côté de Chanteau, avait aussitôt reconnu qu’il fallait subtiliser les lettres à Morel. M Florimond avait parlé de Paul. Elle n’avait pas pensé à lui d’abord pour prendre les lettres, mais pour exercer, d’accord avec sa sœur peut-être, une pression morale sur son père et l’empêcher d’exercer son chantage sur Chanteau. Cependant, M. Maillaud, par les intelligences qu’il avait à l’Élysée, avait repéré l’endroit où se trouvaient bien probablement les lettres, dans un coffre. Mais il n’en connaissait pas le chiffre et il n’osait pressentir aucune des personnes de l’entourage immédiat du Président qui auraient pu surprendre ce chiffre et faire l’opération.

Il en avait conféré avec M Florimond qui avait suggéré que Paul pourrait le savoir par sa mère. Elle s’était aperçue qu’elle était obligée de mettre son fils Cyrille Galant dans la confidence. Cela devenait possible puisqu’il évoluait. La liaison qu’il avait avec sa belle-sœur et qui n’échappait pas à M Florimond contribuait à braquer son ambition vers des buts plus tangibles, semblait-il. Il commençait à s’intéresser à la véritable politique. M Florimond avait d’abord été un peu ennuyée de cette nouvelle aventure de sa belle-fille, mais il lui fallait bien constater que si ce n’avait pas été Cyrille ç’aurait été un autre, que Gilbert s’en accommodait et que du reste s’il divorçait, il n’y aurait pas grand mal. L’alliance avec les Morel présentait maintenant plus d’inconvénients que d’avantages.

Cyrille était entré dans le jeu à merveille. M Florimond s’en était étonnée même ; elle ne savait pas quelle terreur M. Jehan exerçait sur lui.

M. Maillaud, qui avait reçu en leur temps les rapports de M. Jehan sur Paul et sur Galant, avait mis au courant son collaborateur de l’intérêt nouveau que prenaient les deux jeunes personnages. M. Jehan, comprenant que son chef évoluait contre le Président, avait pour cela revu Galant et l’avait pressé de renouer ses relations avec le fils du Président.

C’était alors que Galant avait fait écrire par un comparse les deux lettres à Paul, en Suisse.

M Florimond n’avait pas été tout à fait surprise par ce qu’était venue lui apprendre Rébecca. La Sûreté avait suivi Paul pas à pas depuis son arrivée à Paris et c’était d’accord avec M. Maillaud que M Florimond avait précisé le sens de la visite de Cyrille à Paul. Cependant, elle n’avait pas prévu la crise de Paul et ses brusques dispositions meurtrières. Elle trembla pour l’avenir de Gilbert et prévint en hâte M. Maillaud. Celui-ci fronça les sourcils, pâlit même et fit appeler M. Jehan ; mais il était dehors. M. Maillaud mit un bon nombre d’inspecteurs en mouvement et, à tout hasard, dit à M Florimond de se tranquilliser.

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