CHAPITRE III
CE QU'IL FAUT CONNAÎTRE DU MOTEUR
Mieux on connaît son moteur, plus on a de chances de réussir une performance. Cependant un aviateur peut se contenter d'un minimum de connaissances puisqu'il ne touche pas au moteur pendant tout le vol.
Il doit savoir trouver rapidement et changer une bougie encrassée: c'est l'ennui le plus fréquent.
Il est nécessaire également qu'il sache démonter et remonter les soupapes. Mais il doit surtout avoir de l'oreille et sentir le moteur pour prévenir la panne d'après le moindre symptôme. Un aviateur un peu entraîné et un peu doué arrive à sentir un défaut de fonctionnement du moteur mieux que le meilleur des mécaniciens, parce qu'en vol, il écoute avec une tension d'esprit soutenue qui développe les sens, tandis que le mécanicien, ne risquant rien, écoute moins longtemps et moins attentivement.
L'aviateur doit savoir signaler aux mécaniciens que le moteur est en voie de se déranger et les inspirer utilement dans leurs recherches de la panne.
Souvent les profanes nous posent la question suivante:
«A quels signes, pouvez-vous reconnaître que vous pouvez vous envoler ou que vous devez vous arrêter, etc...?»
La réponse est facile. Il n'y a pas de signes. C'est une question de jugement personnel, de confiance en soi, etc. En principe, il ne faut jamais accomplir un vol en se disant: «Je peux bien le faire, puisque tel autre a pu le réussir.»
L'autre a peut-être eu un état d'esprit défectueux en tentant l'action considérée. Et même, s'il a réussi, il n'a vraisemblablement pas eu raison de l'essayer. Du reste, il pouvait être plus adroit, plus expérimenté, etc. Toutes raisons qui tendent à prouver que vous ne devez pas systématiquement vous élancer dans les airs pour imiter la prouesse d'un camarade. Il ne faut jamais décider un acte qu'en le considérant par rapport à soi-même, en comparant les difficultés inévitables qu'il présente, d'une part aux aptitudes qu'on se sent, d'autre part à l'utilité de l'action.
Il ne faut jamais atteindre la limite de ce que l'on peut faire. Il faut toujours pouvoir se dire: «Je vaincrai telle difficulté parce que je sens que je la surmonterais même si elle était un peu plus grande.»
Il faut s'entraîner à raisonner chacun de ses actes, même le moindre. La décision prompte et précise est la plus sûre défense contre les dangers de tous les sports, surtout de l'aviation.