CHAPITRE II
COMMENT VOLE-T-ON?
Les manœuvres diffèrent un peu selon les modes de commande.
1º La commande Blériot, la plus répandue. Elle comporte un seul levier pour la profondeur et le gauchissement (le levier du Blériot s'appelle «cloche» à cause de sa forme spéciale). Le pilote pousse ou tire suivant qu'il veut descendre ou monter et incline le levier à droite ou à gauche pour pencher l'appareil dans le même sens, c'est-à-dire à droite pour le côté droit, à gauche pour le côté gauche.
Ses pieds reposent sur une barre qui pivote sur un axe: il pousse le pied droit pour tourner à droite, le gauche pour tourner à gauche.
2º La commande Nieuport. Les pieds commandent le gauchissement au lieu de commander le gouvernail: on appuie le pied droit sur la pédale droite pour incliner à droite et le gauche sur la pédale gauche pour incliner à gauche. Le levier commande la profondeur par les mêmes mouvements que la commande Blériot et le gouvernail par inclinaison à droite (pour virer à droite) ou à gauche (pour virer à gauche).
3º La commande Deperdussin. Le gouvernail de direction est commandé par une barre aux pieds comme sur le Blériot. Le levier est remplacé par un volant qu'on pousse pour descendre, qu'on tire pour monter, qu'on tourne à droite pour s'incliner à droite et à gauche pour s'incliner à gauche.
Ces trois types de commandes sont les principaux, mais il y en a d'autres et l'on peut en indiquer à l'infini. Tous sont cependant presque pareils à ceux-ci et n'en diffèrent que par quelques modifications de détail, sans grande importance.
Quelles que soient les commandes, la manœuvre d'un vol est toujours la suivante:
Départ.
1º Il s'agit de faire lever le plus tôt possible la queue de l'appareil pour effacer son incidence générale et lui faire prendre au plus vite la vitesse nécessaire pour l'envol. On agit donc sur le gouvernail de profondeur comme pour descendre, c'est-à-dire que l'on pousse loin de soi le levier ou le volant.
Au fur et à mesure que la vitesse augmente, on ramène progressivement la commande à la position normale de vol.
Si l'on ne faisait pas cette manœuvre à temps, l'appareil pourrait capoter parce que sa queue se lèverait trop haut.
2º Pendant que l'appareil prend sa vitesse en roulant sur le sol, il faut le maintenir dans une course rectiligne en manœuvrant le gouvernail par des mouvements d'autant plus grands que la vitesse est plus faible, d'autant plus petits que la vitesse augmente.
Les débutants éprouvent une certaine difficulté à ne pas faire les «chevaux de bois» ou virages involontaires, en général, à gauche. La première précaution à prendre pour éviter cet inconvénient, peu élégant, est de partir bien face au vent, ce qui, du reste, facilite le départ à tous les points de vue. La plus mauvaise position de départ est le vent de côté.
3º Quand l'appareil a acquis la vitesse suffisante pour voler, il ne reste plus qu'à agir délicatement sur le stabilisateur dans le sens de la montée. En principe, il est particulièrement dangereux de cabrer au départ, c'est-à-dire de donner trop tôt à l'appareil un grand angle de montée. Les décollages brutaux sont d'ailleurs très disgracieux et de mauvais style.
Vol.
Les bonnes manœuvres du vol sont trop complexes, trop délicates pour qu'on puisse les enseigner toutes dans ce manuel. Je me bornerai à donner un conseil général.
Avant tout, ne rien faire qu'en souplesse: la souplesse économise la fatigue autant à l'appareil qu'au pilote. Les débutants doivent se préoccuper avant tout de ne pas se crisper sur leurs commandes. L'appareil ne doit jamais dépasser, en descente, une certaine vitesse limite: il ne faut donc pas descendre avec le moteur en action, ni même sans moteur, à un angle de descente trop grand.
Atterrissage.
L'atterrissage doit toujours s'effectuer face au vent, comme au départ. Il ne faut pas se redresser brusquement avant de toucher le sol, mais passer très progressivement de la trajectoire oblique à l'horizontale que l'on doit atteindre le plus près possible du sol. Quand on s'est mis horizontal à un mètre du sol, on n'a plus qu'à attendre que les roues touchent le sol.
Tels sont, rapidement, mais complètement énoncés, les principes dont doivent s'inspirer tous les pilotes.
N'ayant jamais piloté de biplan, je ne me permettrai pas d'aborder le sujet de leur conduite.