CHAPITRE VI[37]
=Répartition de la population=
Nous avons vu plus haut que la densité moyenne de la population était d’environ 2,66 habitants par kilomètre carré pour l’ensemble de la colonie civile du Haut-Sénégal-Niger. Mais cette densité varie énormément suivant les régions.
Cela tient à des causes diverses, dont la nature du sol et sa fertilité relative ne sont que l’un des facteurs. Les bouleversements amenés par les guerres qui se sont succédé pendant un si long temps avant notre occupation du pays, les migrations qui en ont été le résultat et les razzias qui en furent la rançon, ont influé énormément sur la répartition actuelle de la population indigène. Maintenant que la sécurité est rétablie partout, il est fort probable que des régions, fertiles mais dépeuplées ou abandonnées, se repeupleront au détriment d’autres moins avantageuses et qui n’ont été occupées par leurs habitants actuels ou leurs ancêtres que parce qu’ils ne pouvaient aller ailleurs : nous en avons un exemple dans le cercle de Bougouni qui, presque complètement désert au moment où nous y avons donné la chasse aux bandes dévastatrices de Samori, occupe actuellement le 13e rang, parmi les 29 circonscriptions administratives de la colonie, au point de vue de la densité de la population. Il est fort possible d’autre part que telle contrée, quoique déshéritée par la nature, devienne un jour populeuse parce qu’on y aura créé une industrie nouvelle ou qu’une voie ferrée, en la traversant, en aura modifié profondément les conditions économiques.
DELAFOSSE Planche IV
[Illustration : FIG. 7. — L’Hôtel du Secrétaire Général, à Koulouba.]
[Illustration : FIG. 8. — Bamako et la vallée du Niger, vue prise de Koulouba.]
Nous ne pouvons faire à ce sujet aucune prévision présentant quelques chances de certitude et nous devons nous contenter de constater quelle est actuellement la répartition de la population.
La région où la densité du peuplement est la plus considérable est — avec les environs de la ville de San — le Mossi, ou plus exactement le cercle de Ouagadougou, qui renferme à lui seul le quart de la population totale de la colonie, bien qu’on n’y compte aucune ville digne de ce nom et que les agglomérations importantes n’y soient composées en général que d’un nombre plus ou moins grand de hameaux dispersés au milieu des cultures. La densité de cette population presque exclusivement agricole et paysanne peut être évaluée à 16 habitants par kilomètre carré pour l’ensemble du cercle et s’élève à 35 dans le Mossi propre.
Le reste du pays compris dans l’Ouest et le Sud de la Boucle du Niger vient immédiatement après, avec le bassin de la Volta au premier rang ; ici, on rencontre un certain nombre de villes, habitées surtout par des commerçants et des artisans, au milieu d’une population autochtone essentiellement agricole et paysanne et dispersée comme celle du Mossi, avec parfois des solutions de continuité assez considérables. La densité moyenne y varie de 13 à 7 habitants par kilomètre carré.
Les vallées du haut Niger et du Bâni ne viennent qu’en troisième lieu, avec une population de cultivateurs moins dispersée que celle du bassin de la Volta, une population citadine composée de pêcheurs, de commerçants et d’artisans et une population errante de pasteurs nomades ou plutôt semi-nomades. Densité moyenne : 8 à 4 habitants par kilomètre carré, avec une moyenne exceptionnelle de 17 habitants au kilomètre carré pour la circonscription de San.
Le bassin du Sénégal vient en quatrième ligne, avec de petits villages de cultivateurs et de chasseurs séparés par de grandes étendues inhabitées et une population citadine de formation récente à peu près localisée d’ailleurs à la ville de Kayes. Densité moyenne : 4 à 1,5 habitants par kilomètre carré.
En cinquième lieu viennent se ranger les cercles du Sahel, à l’exception de ceux qui se trouvent dans la zone des inondations du Niger et que j’ai compris dans la troisième catégorie et en y ajoutant la partie du Sahara soudanais située à l’intérieur de la Boucle du Niger ou limitrophe de la rive nord de ce fleuve. Cette région ainsi définie renferme des îlots de population agricole relativement dense, disséminés au milieu de vastes étendues souvent inhabitées ou bien habitées par des semi-nomades ou même seulement parcourues temporairement par des nomades. Densité moyenne : 3,5 à 1 habitants par kilomètre carré.
Au Nord de cette cinquième région, la population sédentaire fait presque complètement défaut et la densité du peuplement devient infime : 0,16 habitant par kilomètre carré.
Les villes les plus peuplées de la colonie sont : _Bobo-Dioulasso_ 7.788 habitants, _Bamako_ 6.539 habitants, _Ségou_ 6.255 habitants, _Kayes_ 5.932 habitants, _Tombouctou_ 5.797 habitants, et _Dienné_ 4.527 habitants, banlieues non comprises.
La population européenne, concentrée principalement à Kayes, Bamako- Koulouba, Kati, Koulikoro, Mopti, Sikasso et Tombouctou, se compose d’un millier de personnes environ.
Quant à la population indigène, qui est de 4.800.000 habitants, elle se répartit ainsi entre les 29 circonscriptions administratives de la colonie, la zone saharienne qui constitue l’aire d’extension et de surveillance des cercles du Nord ayant été comptée à part et formant une trentième circonscription de peuplement[38] :
1o Cercle de Ouagadougou 1.457.326 habitants.
2o — Bobo-Dioulasso 282.935 —
3o — Koury 280.558 —
4o — Ouahigouya 249.452 —
5o — Bamako 191.936 —
6o — Fada-n-Gourma 189.846 —
7o — Sikasso 185.502 —
8o — Gaoua 175.350 —
9o — Koutiala 162.357 —
10o — Bougouni 157.435 —
11o — Ségou 155.406 —
12o — Bandiagara 150.000 —
13o — Niafounké 115.941 —
14o — Nioro 113.236 —
15o Circonscription de San 110.670 —
16o Cercle de Dori 110.000 —
17o et 18o Cercles réunis de Tombouctou-sédentaires et Tombouctou-nomades 93.894 —
19o Cercle de Dienné 82.857 —
20o — Kayes 69.633 —
21o — Goumbou 66.515 —
22o — Mopti 60.000 —
23o — Bafoulabé 59.570 —
24o — Kita 58.493 —
25o — Satadougou 38.835 —
26o — Sokolo 36.306 —
27o — Hombori 25.000 —
28o — Say 25.000 —
29o Résidence de Kiffa 20.000 —
30o Zone saharienne 84.000 —
Si maintenant nous rangeons les mêmes circonscriptions d’après la densité moyenne respective de leur population, nous obtenons l’ordre suivant :
1o Circonscription de San 17 habitants par kilom. carré.
2o Cercle de Ouagadougou 16 — —
3o — Gaoua 14 — —
4o — Ouahigouya 13 — —
5o — Sikasso 10 — —
6o — Koury 8 — —
7o — Niafounké 8 — —
8o — Dienné 7 1/2 — —
9o — Koutiala 7 1/2 — —
10o — Mopti 7 — —
11o — Bobo-Dioulasso 7 — —
12o — Bamako 5 1/2 — —
13o — Bougouni 4 1/2 — —
14o — Fada-n-Gourma 4 1/2 — —
15o — Ségou 4 — —
16o — Satadougou 4 — —
17o — Bandiagara 3 1/2 — —
18o — Kayes 3 1/2 — —
19o — Bafoulabé 2 1/2 — —
20o — Goumbou 2 1/2 — —
21o — Nioro 2 1/2 — —
22o — Kita 1 1/2 — —
23o — Dori 1 1/2 — —
24o et 25o Cercles réunis de Tombouctou-sédentaires et Tombouctou-nomades 1 1/2 — —
26o Cercle de Say 1 1/2 — —
27o — Sokolo 1 — —
28o — Hombori 1 — —
29o Résidence de Kiffa 1 — —
30o Zone saharienne 0,16 — —
[Illustration : Carte 2. — Régions naturelles, climatologie et répartition de la population.]
[Note 37 : Voir la carte 2 à la fin du présent chapitre.]
[Note 38 : Les chiffres mis à ma disposition sont ceux du recensement de 1909. Comme ils étaient naturellement antérieurs aux arrêtés du 22 juin 1910 qui ont créé les nouveaux cercles de Mopti, de Hombori (Gourma) et de Say et agrandi le cercle de Dori, au moyen de régions enlevées au cercle de Bandiagara et aux anciens cercles militaires de Gao, de Tillabéry et du Djerma, je ne possède que des renseignements approximatifs en ce qui concerne les cercles actuels de Mopti, de Hombori, de Bandiagara et de Say. Il en est de même, pour d’autres raisons, en ce qui regarde la résidence de Kiffa et la zone d’influence saharienne. — Le total de la population indigène de la colonie varie de 4.809.053 à 4.799.703 habitants selon les divers documents officiels mis à ma disposition : l’écart entre ces deux extrêmes est négligeable et doit tenir à une erreur de calcul.]