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Et Jésus leur dit :
Si vous gardez mes commandements vous demeurerez en moi.
Et si vous demeurez dans mon amour tout ce que vous demanderez vous sera accordé.
Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.
Et je vous dis ces choses, afin que ma joie demeure en vous et que votre joie soit accomplie.
Chaque jour apportait ainsi une joie nouvelle pour Hélène et Laurence. La jeune femme n’avait plus le temps de s’ennuyer. Tout ce qu’elle avait appris lui servait maintenant, soit pour les cours des ouvrières, soit pour les quelques orphelines qui se destinaient à l’enseignement et auxquelles on donnait une instruction plus complète et plus élevée. Hélène avait bien souvent recours au zèle, aux conseils et aux gros livres de son mari, pour les prisonnières qu’elle visitait. Elle s’intéressait maintenant à tous les travaux de M. Guérin. C’était avec impatience et bonheur qu’elle voyait approcher l’heure à laquelle son mari rentrait, et jamais il ne lui avait été plus cher.
Laurence avait du travail, et le jour où l’ouvrage manquait à son atelier, la Société du Patronage le savait, et on l’occupait toujours à quelque chose. Elle n’était plus seule à penser aux besoins de sa famille, et à son avenir ; une autre famille veillait sur elle ; mais sa plus grande joie était d’aller étudier tous les soirs, et de se dire que ses compagnes pouvaient aussi élever leur âme et leur esprit par l’étude. Elle l’aimait tant l’étude, qu’elle supposait aux autres jeunes filles du peuple le même besoin de savoir, et qu’elle souffrait de son ignorance, autant pour les autres que pour elle. De la sécurité pour le pain quotidien de ses parents, par un travail assuré, de l’instruction pour son intelligence, de saintes émotions pour son âme pieuse et reconnaissante, voilà quel serait désormais son sort.
Afin que les ressources ne vinssent pas à manquer dans la Société de Patronage et de Bon-Secours, on décida que tout le monde pourrait souscrire, et qu’on recevrait depuis un liard jusqu’aux sommes les plus élevées ; de cette manière il y eut bientôt des fonds considérables en caisse. Chaque semaine, pauvres ou riches apportaient leur offrande. Les uns donnaient pour les malades, les autres pour les orphelins, les autres pour les prisonniers. Comme les ouvriers étaient aussi souscripteurs, il n’y avait plus pour eux aucune humiliation à être secourus, dans les mauvais jours. C’était leurs dons qu’on leur rendait, avec de gros bénéfices il est vrai, mais quand le bon Dieu nomme les intendants, la fortune doit prospérer !
La confrérie s’appela désormais : Société de Patronage et de Secours Mutuels.
Toute la ville avait changé d’aspect. Les petites médisances diminuaient de jour en jour, à mesure que l’on était plus occupé, et surtout à mesure que des rapports bienveillants et des échanges de bons services unissaient tout le monde.
Quand on ne se connaît pas du tout. ou que l’on se connaît tout à fait, on ne se calomnie plus. Aussi la petite ville de *** commençait à ressembler à une grande famille.
Personne ne blâmait plus madame Guérin, de traverser les rues avec Laurence, depuis que les femmes riches se trouvaient en relation avec les ouvrières pour les cours ou les travaux ; et cependant c’était bien les mêmes natures qu’auparavant. Seulement, au lieu d’être rétrécies par l’ennui, l’isolement, la misère et l’ignorance ; ces âmes s’étaient élevées par le travail, les rapports affectueux, l’aisance et l’instruction ; et par l’exercice de la plus douce vertu : la charité.
L’impulsion générale avait changé avec un meilleur emploi de chaque nature : voilà tout.
Le dimanche soir on se réunissait. S’il faisait beau, on allait dans la campagne. On dînait sur l’herbe, on chantait en chœur, et l’on dansait sous les arbres. Lorsque le temps ou la saison ne permettait pas de sortir, on répétait dans la salle des cours des petits dialogues, des petites scènes morales, mais gaies et amusantes. Les femmes du monde composaient et les jeunes ouvrières remplissaient les rôles à merveille. On riait bien, et quand on avait bien ri, on priait et on remerciait Dieu.
Que vous dirais-je de plus ?
Hélène et Laurence étaient heureuses. Chaque jour apportait une émotion nouvelle et douce, bien que chaque jour eût sa tâche, ou plutôt, parce que chaque jour avait sa tâche à remplir et son but à atteindre.
Et jamais la femme riche, et jamais l’ouvrière, dans leurs rêves les plus ambitieux, n’avaient demandé à Dieu plus de bonheur sur la terre.
fin.