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CHAPITRE XX

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LES DRAGONNADES

1685-1686

La Révocation, si longtemps préparée, eut pourtant tous les effets d'une surprise. Les protestants s'efforçaient de douter. Ils avaient trouvé mille raisons pour se tromper eux-mêmes. L'émigration était très-difficile; mais son plus grand obstacle était dans l'âme même de ceux qui avaient à franchir ce pas. Il leur semblait trop fort de se déraciner d'ici, de rompre tant de fibres vivantes, de quitter amis et parents, toutes leurs vieilles habitudes, leur toit d'enfance, leur foyer de famille, les cimetières où reposaient les leurs. Cette France cruelle, qui si souvent s'arrache sa propre chair, on ne peut cependant s'en séparer sans grand effort et sans mortel regret. Nos protestants, le peuple laborieux de Colbert, étaient les meilleurs Français de France. C'étaient généralement des gens de travail, commerçants, fabricants à bon marché qui habillaient le peuple, agriculteurs surtout, et les premiers jardiniers de l'Europe. Ces braves gens tenaient excessivement à leurs maisons. Ils ne demandaient rien qu'à travailler là tranquilles, y vivre et y mourir. La seule idée du départ, des voyages lointains, c'était un effroi, un supplice. On ne voyageait pas alors comme aujourd'hui. Plusieurs, après avoir enduré contre toutes les persécutions, quand on les traîna dans les ports pour les jeter en Amérique, désespérèrent, moururent, ne pouvant quitter la patrie.

On ignorait cela, et on prit toute précaution pour les tromper, les retenir, les empêcher d'emporter leur argent. En 1684 avaient eu lieu les grandes exécutions militaires dans tout le Midi. Mais, en 1685, il n'y eut que la petite affaire du Béarn. Le clergé parla bas, avec modération. Des petits édits vexatoires, qui les blessaient dans le détail, leur firent croire qu'on n'avait pas l'idée d'une proscription générale. On mit partout des troupes, on ferma la frontière (le dénonciateur de l'émigrant a moitié de ses biens). Mais, en même temps, pour leur donner espoir, on adoucit les gênes qui entravaient le mariage protestant. Cette faveur (du 15 septembre) les rassure quelque peu, de sorte que l'immense coup de la Révocation, un mois après (18 octobre), les trouve au gîte immobiles, hésitants, ne sachant ce qu'ils ont à faire.

Et l'édit même de la Révocation est encore équivoque. Il supprime le culte, chasse les ministres, veut que les enfants deviennent catholiques. Sur les parents, il ne s'explique pas; il semble s'arrêter au seuil de la conscience, réserver l'intérieur et respecter la foi muette.

La police, à Paris, donna le commentaire. Le 19 octobre, on dit brutalement aux gens de métier, aux pauvres, qu'il fallait se convertir sur-le-champ. Ils furent terrifiés, n'objectèrent rien. Le roi crut tout fini. Le 20, il autorise les bourgeois protestants à s'assembler pour faire d'ensemble une déclaration de conversion.

Pour le Midi, Noailles demanda explication à Louvois qui répondit dans ces termes obscurs: «Le roi veut que vous vous expliquiez durement avec les derniers qui s'obstineront à lui déplaire.» Noailles enfin comprit, et s'expliqua par ses dragons.

Ce mot dragon veut dire ici soldat. Il y en avait de tous les corps. C'était l'armée entière qui était rentrée à la paix. En guerre, nourrie chez l'habitant, Louvois voulait encore l'entretenir ici de même, et il la jeta sur la France. Elle sentit cruellement les maux dont elle avait accablé l'étranger.

On avait dragonné la Hollande, la Westphalie, le Rhin. On a vu les tolérances de Turenne pour son misérable soldat. Au défaut de vivres et de solde, on lui donnait les libertés de la guerre, une joyeuse royauté de gueux chez ceux qui le logeaient. Les Hollandais assurent que l'élève, l'ami de Condé, Luxembourg, disait bonnement: «Amusez-vous, enfants! pillez et violez.» Qu'il l'ait dit, c'est peu sûr: mais l'horreur du pays d'Utrecht prouve assez qu'il agit ainsi.

En France, les gaietés du soldat avaient été devancées par le peuple. La canaille de la Rochelle avait fait une farce de la destruction du Temple. Elle avait descendu la cloche, l'avait dragonnée et fouaillée pour avoir servi les huguenots. On l'enterra, et on la fit renaître. Une dame servit de sage-femme, une autre de nourrice. Réconciliée et baptisée, la cloche jura qu'elle ne sonnerait plus le prêche, et fut honorablement remontée au clocher d'une paroisse.

Ces facéties, racontées à Versailles, durent aider à tromper le roi, à lui faire prendre légèrement les amusements de ses dragons, les tours d'écoliers qu'ils jouaient à ces orgueilleux endurcis. L'usage de berner se retrouvait partout dans notre vieille joyeuse France. Aux prisons, on bernait (parfois à mort), on sautait sur la couverture celui qui ne payait pas la bienvenue (V. Marteilhe). Aux colléges, on bernait, on bafouait le mauvais camarade, trop fier, triste, morose. Exemple, ce neveu de Mazarin, qui, au collége de Clermont, retomba hors de la couverture sur le pavé, et se tua.

Tel l'écolier, tel le dragon. C'était le soldat le plus gai, le soldat à la mode, dont on contait les tours, comme ceux du zouave aujourd'hui. Mais le zouave est fantassin, est peuple. M. le dragon, au contraire, de quelque trou de paysan qu'il vînt, une fois suffisamment dressé, brossé à coups de canne, était un gentilhomme, un marquis, à l'instar de son colonel général, Lauzun, roi de l'impertinence. Il avait du seigneur, il avait du laquais. Rossé par l'officier, il le rendait au paysan. Vrai singe, il aimait à mal faire, et plus mal que les autres; c'était son amour-propre. Il était ravi d'être craint, criait, cassait, battait, tenait à ce qu'on dît: Le dragon, c'est le diable à quatre.

Il s'apprivoisait cependant, s'il trouvait des gens de sa sorte, à rire, boire avec lui. Quand il entrait en logement, chez le bourgeois aisé, il ne pensait d'abord qu'à faire ripaille, à user largement de cette abondance inaccoutumée. Il aurait volontiers mangé avec ses hôtes. Mais ceux-ci, les huguenots, étaient son antipode. Il tombait là dans une famille triste et sobre, consternée d'ailleurs, qui obéissait, le servait, mais était à cent lieues de s'entendre avec lui. Les enfants avaient peur, fuyaient. Le mari restait sombre. La dame, les demoiselles, effarouchées du bruit et des chansons obscènes, étouffées du tabac dont l'odieuse fumée remplissait la maison, avaient grand'peine à cacher leur dégoût.

Cela seul eût gâté les choses. «Nous sommes les maîtres après tout. Tout est à nous ici.» Ils ne se gênaient pas, donnaient carrière à leur malice, gâtaient, brisaient, détruisaient pour détruire. Ne criant assez fort, ils se mettaient parfois à battre à la fois de quatre tambours. Pour crever le coeur à la dame, ils forçaient son armoire, gâtaient, pillaient son linge, orgueil de la femme économe, en prenaient le plus fin, des draps de toile de Hollande pour en faire litière aux chevaux.

La femme protestante, bien plus que son mari, plus nettement, plus obstinément, montrait son horreur du papisme. Noailles dit (1684) qu'en Languedoc, les gentilshommes sont déjà convertis, qu'ils s'efforcent de convertir leurs femmes, et n'y réussissent pas. On voit en 1685 et 1686, qu'à Paris, les femmes obstinément s'assemblent pour prier (Corresp. admin., IV, 351). Le roi croit que la persévérance de certains maris ne tient qu'à celle de leurs femmes; qu'elles cèdent, ils céderont (IV, 349). Donc, le procureur général les séparera, enfermera les femmes aux couvents des Nouvelles-Catholiques (368).

Un protestant, un catholique, dans la rue, se ressemblaient fort. Mais, au premier coup d'oeil, on distinguait la femme protestante. Celle de la bourgeoisie marchait dans le petit bonnet, la fraise, la jupe étroite du temps de Louis XIII. Même la dame protestante se reconnaissait tout de suite à je ne sais quoi de serré, de modestement fier, si on peut dire. Telle elle était d'enfance. Dans une famille sérieuse et très-fermée, comme sont les familles calvinistes et israélites, la demoiselle n'est point formée aux grâces mondaines par la société. Elle ne connaît d'homme que son père. Et ce père, qui lui lit le livre saint, en réalité est son prêtre. Son seul confesseur est sa mère. Ici tout est droit, point de courbe. Une telle fille reste vierge, même après qu'elle est mariée, vierge de coeur et de pudeur, non sans roideur, peut-être. Elle est austère d'aspect, et plutôt triste. Qui s'en étonnera, après tant de persécutions? Son père, en lui lisant la Bible, sombre histoire des fléaux de Dieu, souvent a dû confondre les sept servitudes antiques avec celles de nos temps. Les massacres d'Achab ou ceux de Charles IX, pour la famille émue, c'est même chose. Et quelle mère, sous Louis XIV, entendit sans frémir l'histoire d'Hérode, la guerre aux innocents?

L'enlèvement des enfants commença vingt-cinq ans avant la Révocation,--donc, la terreur des mères. Leur vie était tremblante, leur coeur toujours serré. Le mari gentilhomme, s'il n'avait plus la cour, avait la chasse, allait, venait. Le mari commerçant, bien plus distrait encore, avait les intérêts, l'application de la fabrique, le mouvement du commerce. Elle, rien que ses enfants et Dieu. Sédentaire, solitaire, elle les tenait bien près sous elle. Il eût suffi que le dimanche l'enfant, mené au temple, passât devant l'église, vît les cierges et les fleurs, dit: «Que c'est beau!» Il était catholique, enlevé et perdu. Pour une femme dans ces angoisses, la prière était l'état habituel, et le constant recours à la protection d'en haut. La moindre idée mondaine, de réunion, de toilette, lui eût semblé un grand péché. Si, par malheur, elle était belle (de pureté surtout et de vertu visible), elle l'était avec tremblement, en demandait pardon à Dieu. Les enfants, de bonne heure, étaient à l'unisson, tout sages, tout sérieux dès le maillot, très-discrets, point bruyants. On le vit dans les fuites, dans les cachettes où un rien perdait la famille; ils ne bougeaient, étaient muets, souffraient tout, ces pauvres petits.

En décembre 1685, parut l'édit terrible pour enlever les enfants de cinq ans. Qu'on juge de l'arrachement! Un coup si violent supprima la peur même. Des cris terribles en jaillirent, des serments intrépides de ne changer jamais.

Chaque maison devint le théâtre d'une lutte acharnée entre la faiblesse héroïque et les furies de la force brutale. Les soldats, ces esclaves de la vie militaire, formés par le bâton, voyaient pour la première fois les résistances courageuses de la libre conscience. Ils n'y comprenaient rien, étaient étonnés, indignés. Tout ce que l'homme peut souffrir sans mourir, ils l'infligèrent au protestant. Pincé, piqué, lardé, chauffé, brûlé, suffoqué presque à la bouche d'un four, il souffrit tout. Tel eut les ongles arrachés. Le supplice qui agissait le plus, à la longue, c'était la privation de sommeil. Ce moyen des dompteurs de lions est terrible aussi contre l'homme. La femme résista mieux aux veilles. Bien souvent, il était rendu qu'elle ne l'était pas et lui reprochait sa faiblesse, le ranimait. On chassait alors le bonhomme, on l'envoyait aux vivres, on le tenait loin de chez lui (V. le ms. de Metz).

Donc, le duel restait entre la dame et vingt soldats (on en mit jusqu'à cent dans une maison de Nîmes). Elle devait les servir seule, sans domestiques (défense d'en avoir de catholiques, et le petit peuple protestant abjurait). Ceux qui persévéraient étaient surtout les gens aisés. Cela donnait aux dragonnades l'aspect d'une jacquerie. On voit fort bien, à plusieurs traits, que ce qui animait ainsi les dragons au martyr de la dame, c'est que c'était une dame, une femme délicate, qui, même étant simple bourgeoise, était toujours noble d'éducation et de tenue, déplacée dans cette vie de corps de garde. Elle aurait été paysanne qu'on l'eut tourmentée moins. Contre elle il y avait, au fond, une aigreur niveleuse dont eux-mêmes ne se rendaient pas compte. La renchérie, la précieuse, la prude, la dégoûtée, on prétendait la mettre au pas, la faire devenir bonne enfant. Portes closes. Tenue en chambrée, en camaraderie militaire, ils lui faisaient faire la cuisine, tout leur ménage de soldats. Ils ne la laissaient plus sortir, riant de ses souffrances, de ses prières, de ses larmes. Mais nulle humiliation de nature ne peut dompter l'âme. Elle se relevait par la prière, par la fixité de sa foi. Outrés, ils en venaient aux coups, et, pour l'exécution, chose cruelle, souvent coupaient des gaules vertes, pliantes, qui s'ensanglantaient sans casser. Le sang les enivrait. Ils imaginaient cent supplices. Telle fut lentement, cruellement épilée, telle flambée à la paille, comme un poulet. Telle, l'hiver, reçut sur les reins des seaux d'eau glacée. Parfois ils enflaient la victime (homme ou femme) avec un soufflet, comme on souffle un boeuf mort, jusqu'à la faire crever. Parfois, ils la tenaient suspendue, presque assise, à nu, sur des charbons ardents. (Claude, Plaintes, p. 74; Élie Benoît.)

«Mais le viol était défendu.» Quelle moquerie! On ne punit personne, même quand il fut suivi de meurtre (E. Benoît, 350). On eut soin de loger les officiers ailleurs que les soldats, de peur qu'ils ne les gênassent. Du reste, les officiers, encore humains en 1683, en 1686 rouaient de coups les soldats trop humains. Les généraux riaient de voir les huguenotes houspillées, que les soldats mettaient nues à la porte et faisaient courir dans la rue. Pourvu que le libertinage n'eût point de résultat, on ne se troublait guère. On savait bien pourtant que les soldats ne copiaient que trop les Villars, les Vendôme. Ce que Madame nous en dit, personne ne l'ignorait, ni le roi, ni la cour. Mais l'infamie sans trace n'était pas l'infamie. «Un petit mal pour un grand bien,» ce mot du casuiste fit tout passer. Madame de Maintenon se résigne en disant: «Dieu se sert de tous les moyens.»

La Terreur de 93, en pleine guerre, devant l'ennemi, dans la misère et la famine, fut sauvage, mais point hypocrite, et n'eut point les gaietés diaboliques de 1685. Les femmes furent guillotinées, non insultées. Elles montèrent pures à l'échafaud; madame Roland, honorée. Mademoiselle Corday fut vierge sous le fer. Un valet ivre ayant touché sa tête, il y eut un soulèvement dans la foule, et les journaux tonnèrent. La Commune lui fit son procès.

Du reste, tous les martyres du corps ne font rien sur un libre esprit. Quoi qu'on pût entasser d'outrages et de douleurs, la victime de la dragonnade, souvent navrée, sanglante, était plus affermie. Les démons demandèrent par où on la prendrait, et si, brisant le coeur, on ne pourrait dompter la foi. On lui martyrisait son mari sous ses yeux. On profanait sa fille par des sévices honteux. Autre épreuve: on liait la mère qui allaitait, et on lui tenait à distance son nourrisson qui pleurait, languissait, se mourrait. Rien ne fut plus terrible; toute la nature se soulevait; la douleur, la pléthore du sein qui brûlait d'allaiter, le violent transport au cerveau qui se faisait, c'était trop... La tête échappait. Elle ne se connaissait plus, et disait tout ce qu'on voulait pour être déliée, aller à lui et le nourrir. Mais, dans ce bonheur, quels regrets? L'enfant, avec le lait, recevait des torrents de larmes.

Une des scènes les plus affreuses se vit à Montauban. On avait mis trente-huit cavaliers chez M. et Mme Pechels. Elle était grosse et très-près de son terme. Ils brisèrent, gâtèrent et vendirent ce qu'ils voulurent, ne laissèrent pas un lit. Ils mirent leurs hôtes dans la rue, et, avec cette femme enceinte, ses quatre petits enfants dont l'aîné avait sept ans. Ils ne permirent de rien emporter qu'un berceau. Pour adieu, ils leur jetèrent, au départ, des cruches d'eau froide dont ils restèrent mouillés, glacés. Ils erraient dans la rue, quand un ordre leur vint de l'intendant de rentrer dans leur maison pour recevoir d'autres soldats. Six fusiliers d'abord, et il en venait toujours d'autres. Tous mécontents de ne trouver plus rien, ils se vengèrent par l'insolence et leur firent souffrir mille outrages. Enfin, ils les chassèrent encore. La dame, prise de douleur à ce moment, était sur le pavé sans asile. Défense de recevoir les rebelles.

Elle ne savait où aller. Son mari et une sage-femme la tenaient sous les bras; le moment approchait, et elle était près d'accoucher sur le pavé. Heureusement, la maison de sa soeur se trouva libre de soldats pour quelques heures. Elle y entra et accoucha la nuit. Le matin, il vint une bande; ils firent si grand feu dans sa chambre, qu'elle et l'enfant faillirent étouffer. Voilà donc cette femme, sanglante, faible, pâle, encore forcée de se traîner dehors. Elle fait un grand effort, va jusqu'à l'intendant, croyant à la pitié, croyant à la nature. L'affreux commis la fit mettre à la porte. Elle s'assit sur une pierre. Mais là même, cette infortunée ne put être tranquille. Des soldats la suivaient, l'entouraient, l'obsédaient, la martyrisaient de risées.

Comment les dames catholiques enduraient-elles un si navrant spectacle? Elles étaient émues; mais plusieurs, par pitié pour l'âme, voulaient qu'on tourmentât le corps, aidaient à la persécution. D'autres auraient volontiers intercédé, et elles n'osaient. Aller, à travers les soldats, trouver un intendant insolent, libertin, pénétrer chez un officier brutal qui se permettait tout, comme dans une ville prise: il y avait de quoi faire reculer une femme. Les seigneurs mêmes firent des indignités. Une dame catholique qui hasarda d'aller trouver ainsi M. de Tessé pour avoir la grâce d'un homme, pleura, se jeta à ses pieds, s'y roula de douleur. Elle étouffait de sanglots. Le drôle trouva cela plaisant, en fit des farces; il se mit à la copier, se jeta aussi à genoux, bouffonna, hurla et miaula.

Pour revenir, une voisine catholique de madame Pechels qui la vit de sa fenêtre n'y tint pas, eut le coeur percé, et, la pitié se changeant en fureur, elle alla accabler l'intendant d'injures, au point qu'il perdit contenance, la laissa faire. Elle abrita l'accouchée, qui peu après rejoignit son mari. Ils ne furent pas longtemps ensemble. Elle fut chassée de Montauban, et on lui ôta ses cinq enfants. Seule, elle errait dans les campagnes, suivie, traquée comme une bête. Les paysans catholiques la cachaient et l'avertissaient. Pechels, pendant ce temps, traîna de prison en prison près de deux ans. Les plus affreux cachots ne parvinrent pas à le tuer, et enfin on l'embarqua pour l'Amérique, d'où il revint plus tard. Ces époux héroïques furent réunis. Mais retrouvèrent-ils leurs enfants?

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