II
Tandis que les philosophes et les savants exposaient leurs doctrines, l'école laïque s'établissait peu à peu en France. La loi scolaire de 1886 avait prescrit la laïcisation progressive de toutes les écoles communales; à mesure qu'elles échappaient aux congrégations, les catholiques s'appliquèrent à leur opposer des écoles confessionnelles, avec un succès variable selon les régions[642]. Mais la loi fut appliquée, si bien que vers le début du XXe siècle chaque village possédait une école ouverte aux enfants de toutes les confessions et surveillée par l'Etat.
[642] Jean Macé, qui redoutait ces écoles rivales, avait proposé au Sénat (mars 1886) de laisser au ministre le droit d'ajourner la laïcisation dans les communes disposées à les créer; le ministre, Goblet, fit repousser l'amendement. Sur le succès des écoles libres dans les pays où les châtelains les ont imposées, v. André Siegfried, _Tableau politique de la France de l'Ouest_, _passim_.
Dans quel esprit s'est poursuivie la transformation de l'enseignement populaire? Quelles pensées animaient les hommes qui l'ont inspirée, dirigée? Le mieux est d'interroger les plus notables d'entre eux, Félix Pécaut et M. Ferdinand Buisson. Le premier, directeur des études à l'Ecole normale supérieure de Fontenay, souvent chargé d'inspections générales, fut le grand pédagogue de l'école nouvelle; le second remplit pendant quinze ans les fonctions de directeur de l'enseignement primaire au ministère de l'instruction publique avant de devenir professeur à la Sorbonne, puis député. Il y avait entre eux plusieurs traits de ressemblance: nés de familles protestantes et devenus pasteurs, tous les deux avaient perdu la foi et rompu avec les groupements confessionnels, mais en conservant le respect du divin; tous deux s'étaient associés à l'œuvre de Jules Ferry avec l'espoir de travailler à l'éducation morale du peuple. Pécaut a dit quel esprit animait les fondateurs de l'école laïque. Leur but fut de fortifier la patrie française en organisant la démocratie, en élevant l'âme du peuple: car c'est le peuple qu'il fallait former, comme l'ont compris les gouvernants républicains[643]. Dans l'instruction populaire, une place d'honneur appartenait sans conteste à l'enseignement de la morale; celui-ci devait convenir aux enfants de toutes les origines, de toutes les confessions; il ne pouvait donc être que laïque[644]. Pour le donner il fallait des maîtres laïques, mêlés au siècle et libres d'engagements confessionnels. Quant à l'enseignement religieux, c'est au prêtre qu'il revient; si l'Eglise catholique avait été moins intolérante, moins hostile à nos institutions, il eût été possible de laisser le prêtre venir donner ses leçons dans l'école; mais l'Etat aurait quand même eu le devoir d'enseigner la morale à tous. Cette morale laïque est-elle dépourvue, comme on le prétend, d'idées qui puissent parler à l'âme et diriger la conduite des hommes? C'est une erreur. Elle renferme l'idée du droit et celle du devoir social, la dignité de la personne humaine, l'intelligence des lois naturelles; elle affirme que l'homme est appelé à construire sa destinée librement, puis à réaliser l'idéal qu'il a conçu. Le principe de responsabilité personnelle tient la place d'honneur dans notre éducation; la notion de solidarité vient le compléter.
[643] «Ils n'ont pas seulement voulu--ce qui serait déjà un vœu sage et légitime entre tous--mettre chaque électeur en mesure de lire les professions de foi de ses députés et d'écrire avec discernement son bulletin de vote; mais ils ont entrepris de transformer la multitude obscure, anonyme, inconsciente, instinctive, en un peuple capable d'examiner et de réfléchir; capable de raison et de justice; capable par conséquent de se gouverner» (_L'éducation publique et la vie nationale_, introduction).
[644] «On affecte de confondre l'esprit laïque et l'esprit sectaire, comme si l'esprit laïque, c'est-à-dire l'esprit de raison, l'esprit de _tout le monde_, celui de la société générale, celui des traditions historiques de tout ordre, bref le libre esprit humain ou national, et non pas celui d'une église ou d'une école fermée, n'était pas, en son principe essentiel, l'opposé même de l'esprit de secte et de système...» (_ibid._).
L'enseignement moral, dit Pécaut, est le plus difficile de tous pour le maître, parce qu'il traite, non de choses extérieures à nous, mais de nous-mêmes, parce qu'il y faut donner de son âme et pénétrer jusqu'à l'âme de l'enfant[645]. Le directeur de Fontenay, après une tournée d'inspection générale faite en 1880, nous apprend ce que devient cet enseignement dans la réalité. L'instituteur se borne à enseigner au lieu d'éduquer: «son action s'arrête à la surface de l'âme». La tâche est d'ailleurs difficile, car l'école primaire s'adresse à la masse et trouve devant elle tous les obstacles, pauvreté, ignorance héréditaire, éducation familiale défectueuse. Mais il faut continuer quand même, car une grande partie du peuple ne peut aujourd'hui attendre que des écoles primaires le viatique moral indispensable à ses enfants[646].--Quatorze ans plus tard, après une nouvelle inspection générale, le moraliste, peu disposé à l'optimisme trop confiant, s'interroge encore sur les résultats de l'école[647]. Ce qui fait défaut à beaucoup de maîtres, c'est un idéal, c'est la passion patriotique, le désir d'améliorer les élèves pour l'amour de la France. Néanmoins l'enseignement moral a une grande valeur, parce qu'il est libre et sincère, parce qu'il signale la beauté de la vie intérieure, surtout parce qu'il apprend aux enfants à se reconnaître comme responsables de leurs actes: «le sentiment de la responsabilité personnelle apparaît, on peut le dire, au commencement, au milieu, à la fin des programmes»[648].
[645] La difficulté pour l'ecclésiastique est la même que pour le laïque. «D'un côté comme de l'autre, les formules peuvent être irréprochables... Elles ne prendront vie et vertu que par le commentaire familier du maître, si ce commentaire, à son tour, est autre chose qu'une définition abstraite ou une simple amplification verbale, vide de sens comme de souffle» (_ibid._, p. 76).
[646] _Ibid._, p. 3 sqq.
[647] «Je me demande avec inquiétude pour qui et pour quoi nous travaillons, pour qui et pour quoi nous exerçons ces enfants du peuple à lire, à comprendre, à se rendre compte, à prendre possession des choses et d'eux-mêmes» (_ibid._, p. 39).
[648] P. 44.
En présence des difficultés, des tâtonnements de l'éducation laïque, faut-il regretter la disparition de l'enseignement religieux? Pécaut ne le pense pas. L'enseignement du catéchisme, donné autrefois par l'instituteur, était purement mécanique[649]. D'ailleurs, dans l'état de nos mœurs et de nos croyances, l'idée religieuse ne possède aujourd'hui qu'une efficacité médiocre. Le désarroi moral est universel, mais plus grand peut-être en France qu'ailleurs[650]. Le pire des remèdes serait de vouloir imposer aux maîtres un _Credo_ confessionnel ou dogmatique. Le mieux est de continuer dans la voie où nous nous sommes heureusement engagés, avec «un haut et net dessein de pédagogie morale et nationale».
[649] «Les textes du catéchisme, déjà si peu accessibles ou assimilables à l'intelligence en maintes de leurs parties, étaient l'objet d'une simple récitation _selon la lettre_, sans explication du _fond_, par conséquent aussi disparates que possibles avec l'esprit général de l'enseignement, le maître étant réduit au rôle de répétiteur mécanique, et à ce seul titre, d'auxiliaire du curé» (_ibid._, introduction).
[650] «La longue séparation du spirituel et du temporel, du prêtre unique dispensateur des choses saintes, et des laïques tenus en cette matière pour incompétents, a contribué pour une grande part à rendre notre nation, du moins la classe la plus instruite et avec elle le peuple industriel, étrangère ou indifférente à la fois aux traditions chrétiennes, qu'elle ignore de plus en plus, et à la religion même» (p. 79).
Les idées exprimées par Félix Pécaut avec une noble franchise ne diffèrent pas de celles qui avaient, dès l'origine, préoccupé M. Buisson. En 1878, dans une conférence faite aux instituteurs à Paris pendant l'Exposition universelle, il expliquait la valeur de l'intuition morale et montrait en beaux termes comment ils pouvaient éveiller l'idée de Dieu chez les plus sérieux de leurs élèves en les mettant un soir en présence du ciel étoilé, en leur parlant avec l'émotion que devait inspirer un pareil spectacle. Dans toutes les grandes notions, continuait-il, qui confinent à la religion et à la politique, il y a deux parties: l'une, sujette aux controverses et aux passions, ne regarde pas l'école; l'autre, «innée à tous les cœurs, ancrée dans toutes les consciences, inséparable de la nature humaine, et par là même claire et ardente à tout homme», appartient à l'instituteur[651]. La modération, la prudence constituent le premier devoir professionnel de l'instituteur, mais il doit aussi empêcher que l'enseignement populaire ne se matérialise et ne s'abaisse.
[651] «Qu'on ne vienne pas nous demander de faire de l'instituteur une machine à enseigner, un cœur neutre, un esprit fuyant et timoré, un être nul par état, qui craindrait de laisser surprendre une larme dans ses yeux lorsqu'il parle de sa foi religieuse, ou un tremblement d'émotion dans sa voix lorsqu'il parle de la patrie ou de la République.» (_L'intuition morale_, août 1878, dans _La foi laïque_).
Devenu directeur de l'enseignement primaire, M. Buisson fut un des hommes chargés d'appliquer les lois Ferry. En même temps il exposait devant différentes assemblées l'objet de ces lois, destinées à fonder une instruction nationale, donc une instruction gratuite, obligatoire, laïque. Pourquoi laïque? «Parce que, si nous voulons que tout enfant acquière les connaissances que la Convention appelait déjà les connaissances nécessaires à tout homme, nous n'avons pas le droit de toucher à cette chose sacrée qui s'appelle la conscience de l'enfant». Or la liberté de conscience ne sera respectée que si l'école est séparée de l'église[652]. L'éducation ainsi donnée sera une éducation libérale, une éducation complète, employant les années où l'enfant n'est heureusement bon à rien, pour le préparer à la vie. Les congrégations enseignantes eurent jadis un rôle honorable et utile[653]. Mais aujourd'hui la France ne veut plus leur laisser accomplir sa propre tâche; elle a tiré 100.000 instituteurs et institutrices de son sein, et préfère ces maîtres qui vivent de la vie de tous[654]. L'œuvre qu'ils doivent réaliser, c'est l'union patriotique de tous les Français. «Il n'est pas vrai qu'il y ait deux Frances, qu'il y ait deux peuples en ce peuple. Il n'est pas vrai que la patrie, notre mère, ait enfanté deux races irréconciliables. L'école fera la lumière: dès que la lumière aura lieu, les fantômes disparaîtront, nous nous apercevrons qu'il n'y a en France que des Français, aujourd'hui tous égaux, et demain, quoi qu'on fasse, tous frères»[655].
[652] _La foi laïque_, p. 15 sqq.
[653] «Nous n'oublierons pas, filles de saint Vincent de Paul ou frères de Saint-Jean-Baptiste de la Salle, religieux et religieuses de toute robe et de tout nom, nous n'oublierons pas que pendant deux ou trois siècles vous avez été presque seuls à vous occuper des enfants du peuple, et nous ne nous étonnons pas que le peuple s'en souvienne et vous aime» (_ibid._, p. 43).
[654] Les laïques «n'ont pas fait vœu de renoncer aux ambitions légitimes du travail, de renoncer à la famille, à ses joies, à ses douleurs, à ses inquiétudes, à ses angoisses, de renoncer à leurs intérêts, à leur indépendance d'homme et de citoyen: c'est précisément pour cela qu'ils ont nos préférences» (p. 47).
[655] P. 49.
Pécaut et M. Buisson avaient eu comme devancier, dans l'organisation de l'enseignement primaire, l'administrateur habile et infatigable que Jules Ferry appela un jour le premier instituteur de France. Octave Gréard continua ensuite, comme recteur de l'Académie de Paris, à collaborer avec eux. Détaché des croyances de sa jeunesse, il conservait le respect de l'idéal religieux et caressait parfois le rêve, un peu chimérique, d'une église chrétienne affranchie de l'Etat par la séparation, affranchie de Rome par le réveil du gallicanisme. L'enseignement religieux lui paraissait bon à garder, parce qu'il cultive le sentiment pendant que l'instruction scolaire cultive la raison; c'est à l'homme fait d'abandonner plus tard, s'il le juge bon, les croyances qu'on lui a inculquées[656]. Mais cet enseignement religieux devait être donné hors de l'école publique. Moins séduit que Pécaut par les idées modernes, qui l'effrayaient un peu, Gréard était persuadé cependant qu'elles seules convenaient à la société de nos jours.
[656] V. Bourgain, _Gréard_, p. 252 et 363. Il fut disgracié après le 24 mai; il a raconté lui-même qu'on l'accusait d'être allé avec Mme Jules Simon briser des crucifix (_ibid._, p. 126).
Depuis 1897 M. Buisson, ayant quitté ses fonctions administratives, put librement participer aux polémiques suscitées par la lutte scolaire. Nous l'avons vu nettement hostile au maintien des congrégations enseignantes; mais il ne croyait pas que la loi dût abolir l'enseignement confessionnel. L'école laïque, d'après lui, ne peut vivre et prospérer sans le dévouement actif de tous ceux qui s'y intéressent. Le catholicisme, en effet, n'est pas seulement une théocratie sacerdotale; il a pour lui le sentiment religieux, ce sentiment humain et naturel, avec sa sève toujours renaissante. Cela lui donne une puissance considérable[657]. Donc il faut que les amis de l'école laïque la défendent par une activité pareille, qu'ils ne s'en remettent point à l'Etat, qu'ils aident les instituteurs à développer et à faire vivre les cours d'adultes, les patronages, les associations d'anciens élèves, les mutualités scolaires et post-scolaires. «C'est à coups de dévouements que l'on se battra désormais».--Tout en reconnaissant les qualités des défenseurs de l'Eglise, M. Buisson répondit avec indignation à leurs attaques répétées contre l'enseignement moral de l'école laïque. Un polémiste habile, M. Georges Goyau, avait critiqué cet enseignement en rapprochant les affirmations contradictoires des maîtres ou en exposant les résultats sociaux de leurs leçons.[658] M. Buisson, dans sa réponse, montra qu'une fois de plus les avocats de l'Eglise faisaient appel à l'égoïsme, à la peur, afin de soulever les possédants contre l'école «rouge»; en même temps il rendit justice à l'œuvre si difficile poursuivie par les instituteurs[659]. La question morale n'a pas cessé de le préoccuper. Il a répété souvent que l'enseignement laïque, en laissant tomber l'enveloppe grossière mise par les religions autour des grandes vérités, des grands sentiments humains, doit conserver ces nobles sentiments, ces raffinements qui font la beauté des âmes croyantes. Que les clergés gardent leurs dogmes et leurs prétendues révélations. «Mais nous ne nous résignons pas à leur laisser par surcroît tout ce qui, dans l'existence de l'homme, de l'enfant, de la femme, de la famille, du peuple, de l'humanité enfin, représente la vie intime de l'âme, la poésie, l'élan du cœur, l'amour, la foi, le sentiment du sublime, la vision de l'invisible, l'effort pour sortir de soi, le dégoût du mesquin et du commun, le besoin d'harmonie et de grandeur, la joie de l'esprit enivré de beauté, de vérité, de lumière et de justice, la soif du dévouement, le rêve de la perfection, en un mot tout ce que la langue populaire rattache au mot Dieu». M. Buisson arrive ainsi à se rencontrer avec Pécaut; mais tandis que celui-ci, causant avec ses élèves, leur parlait de Dieu pour désigner l'idéal, son collaborateur conseille aux maîtres de ne pas employer ce terme, sous peine de créer des équivoques et des confusions fâcheuses[660].
[657] «Une Eglise peut enseigner des dogmes obscurs, autoriser des pratiques peu raisonnables, exercer une centralisation abusive, faire peser sur les siens un joug de fer. Si, à côté de ces défauts, elle offre à des milliers d'âmes pieuses l'aliment d'une vie spirituelle même imparfaite, si elle console les faibles, si elle secourt tous ceux qui demandent à être secourus corps et âme (et ils sont légion dans notre pauvre humanité)..., c'en est assez: cette Eglise n'est pas près de mourir.» (_La foi laïque_, p. 71).
[658] Ces articles anonymes de la _Revue des Deux-Mondes_ (juin 1898 et février 1899) reparurent, complétés et refaits, dans _L'école d'aujourd'hui_ par Georges Goyau.
[659] «Il y a des milliers d'instituteurs jeunes et vieux qui, à l'heure même où la _Revue_ les traite de si haut, sont parvenus, à force de patience et de droiture, de méfiance d'eux-mêmes et de confiance en la vérité, à être, de l'aveu de tous ceux qui les voient à l'œuvre, d'excellents, d'admirables maîtres de morale; privés au début de tout secours (car Rome a mis à l'Index les premiers manuels faits pour eux par Paul Bert, Steeg, Compayré), ils n'ont pas renoncé à la lutte, ils se sont passés de livres, ils ont créé eux-mêmes pièce à pièce, leçon par leçon, exemple après exemple, leur enseignement familier de la morale aux petits enfants; ils se sont fait peu à peu de petits _carnets de morale_, simples cahiers écrits au jour le jour, et d'où sont sortis, à la longue, de nouveaux et nombreux manuels, sans prétention littéraire et philosophique, mais riches d'enseignements pratiques, pleins de sève, marqués au coin du bon sens, et néanmoins d'une véritable élévation morale, nourris en somme du plus pur de la tradition française» (_La foi laïque_, p. 86).
[660] _ibid._, p. 148 sqq. Au congrès international d'éducation morale tenu à La Haye en 1912, Buisson et Séailles affirmèrent la possibilité d'un enseignement moral sans base religieuse.
Les écoles laïques ont été secondées, souvent créées à l'origine, comme nous l'avons vu, par la Ligue de l'enseignement. L'homme qui avait fondé cette grande association, Jean Macé, demeura jusqu'au bout l'inspirateur et l'âme de tous ses travaux. Soucieux de lui assurer une organisation solide, gage de durée, il décida en 1879 de fédérer toutes les sociétés que ses efforts avaient aidées à naître. Le premier congrès national de la Ligue, tenu à Paris en 1881, et dans lequel Gambetta vint prendre la parole, établit ce régime nouveau. La Ligue de l'enseignement appuya de ses actives démarches le vote des lois Ferry, puis de la loi de 1886. Cette grande victoire, qui semblait réaliser tous les vœux des amis de l'enseignement laïque, endormit quelque peu leur activité; la Ligue ne tarda pas à languir, malgré les appels de son président qui, soutenu par quelques fidèles, montrait le danger de se laisser aller à une béate paresse et de croire que les lois favorables dispensaient d'agir et de se dévouer. Le Comité dirigeant, de son côté, signala des enseignements nouveaux à fonder: en 1890 et 1891, la Ligue entreprit d'inaugurer l'éducation civique et militaire de la jeunesse; en 1892, elle s'occupa de l'enseignement professionnel, agricole et commercial; elle donna en 1893 une adhésion chaleureuse à la mutualité scolaire. Plus important fut, en 1894, le dernier appel signé par Jean Macé; maintenant que le régime scolaire fonctionnait d'une manière satisfaisante, il fallait songer au lendemain de l'école, aux années de l'adolescence, afin de combler cette grave lacune qui existait entre l'école primaire et le régiment[661].
[661] Voici l'appel qui fut lancé en avril 1894: «La Ligue voudrait, de l'école jusqu'à l'entrée au régiment, assurer à l'adulte les connaissances acquises pendant l'enfance, diriger leur perfectionnement dans le sens professionnel, enfin munir le jeune homme, trop tôt livré à lui-même, des solides principes qui sont indispensables aux citoyens d'une démocratie».
Après la mort de Jean Macé, la présidence fut donnée à son disciple préféré, M. Léon Bourgeois, qui la conserva pendant quatre ans. Le réveil de la Ligue se produisit grâce aux congrès annuels qui furent désormais tenus en province, choisissant chaque année une région nouvelle pour stimuler et unir les associations qui s'y trouvaient et pour en créer de nouvelles. Ces congrès, où l'on n'admettait à l'origine que les délégués officiels des sociétés, furent bientôt ouverts à tous les amis de l'école laïque, et devinrent des assemblées nombreuses et vivantes. C'est ainsi que les congrès de Nantes (1894), de Bordeaux (1895), de Reims (1896), de Rouen (1897) suscitèrent les activités locales en Bretagne, en Guyenne, en Champagne, en Normandie. Le lendemain de l'école devint le but essentiel de leurs études: les œuvres post-scolaires sous toutes les formes, cours d'adultes, mutualités scolaires, associations d'anciens élèves (petites A), se multiplièrent à la suite de ces grandes enquêtes collectives.
Quand l'affaire Dreyfus eut rendu aux luttes religieuses toute leur acuité, le contre-coup s'en fit sentir dans les préoccupations de la Ligue. Les congrès tenus de 1898 à 1901 signalèrent sans relâche le danger qu'offraient pour l'unité nationale le maintien et les progrès de l'enseignement congréganiste[662]. Le dernier de ces congrès, celui de Caen, put saluer de ses éloges le vote de la loi sur les associations. C'est lui également qui décida, par un vote unanime, de demander la suppression, dans les programmes scolaires, du chapitre sur les devoirs envers Dieu. Certains voulaient aussi que la Ligue se prononçât pour le retour au monopole de l'enseignement. Ce fut l'objet d'une discussion ardente au congrès de Lyon (1902): les uns invoquaient les droits de la famille, les autres le devoir de la société envers les enfants. Les deux partis opposés se mirent finalement d'accord sur un texte transactionnel, qui fut adopté à l'unanimité: le congrès demanda que la loi Falloux fût abrogée, que l'Etat se chargeât d'assurer à tous un enseignement rationnel et gratuit, et qu'il pût déléguer à des particuliers l'autorisation d'ouvrir des établissements auxiliaires soumis aux règles suivantes: personnel entièrement laïque et pourvu des mêmes grades que celui de l'Etat, surveillance de l'autorité universitaire sur les livres scolaires et sur l'enseignement lui-même, droit pour le recteur de fermer un établissement, sauf appel devant le Conseil supérieur de l'instruction publique[663].--Les années suivantes virent apparaître dans les congrès des problèmes nouveaux, la lutte contre la guerre et les questions sociales. En somme, la Ligue de l'enseignement, groupant dans son faisceau fédératif un nombre tous les jours plus grand d'associations variées, a fourni un centre à tous les groupes républicains, progressistes, radicaux ou socialistes, séparés sur les questions politiques, unis par le désir de conserver et de fortifier l'enseignement national.
[662] Voici le vœu adopté au congrès de Rennes (1898) et renouvelé l'année suivante: «Le Congrès fait appel à l'activité de propagande des sociétés fédérées pour parer aux graves atteintes portées à l'union morale et sociale de la France par l'enseignement congréganiste à tous ses degrés, et signale à l'attention du gouvernement le danger de recruter ses fonctionnaires parmi les jeunes gens qui ne sortent pas des établissements de l'Etat».
[663] Voici les considérants de ce vœu: «Le Congrès,
Estimant que le premier devoir de l'enseignement républicain est d'affirmer et d'appliquer sans restriction tous les principes inscrits dans la Déclaration des droits de l'homme, et tout d'abord le principe de la liberté individuelle;
Considérant que la liberté d'enseigner n'y est pas et ne pouvait pas y être inscrite; qu'en effet la fonction éducative est un devoir des parents envers l'enfant et envers la société; que, dans une démocratie, l'enseignement doit s'appliquer essentiellement à garantir dès l'enfance la liberté future des citoyens, et que c'est l'office de l'Etat de la garantir effectivement;
Considérant que, sous le nom trompeur de liberté de l'enseignement, la loi du 15 mars 1850 a organisé, en France, la liberté illimitée de l'enseignement ecclésiastique et congréganiste en conférant aux congrégations et au clergé un ensemble de privilèges collectifs qui ont permis d'opposer en fait le monopole de l'Eglise au monopole de l'Etat.
Considérant qu'il y a lieu d'instituer un régime scolaire qui assure la véritable liberté de l'enseignement...»
CONCLUSION
J'ai distingué au début de ce livre les quatre groupes différents dont l'accord a détruit la prépondérance de l'Eglise et favorisé les progrès de l'esprit laïque. Il est bon de rappeler le rôle de chacun d'eux et de voir s'ils ont subsisté jusqu'au début du vingtième siècle.
Le groupe catholique gallican n'eut de force véritable que sous la Restauration, quand les fidèles voyaient dans le roi, tout aussi bien que dans le pape, un chef et un guide. Depuis 1830 les gouvernements ont tous écarté le principe du droit divin. Aussi le gallicanisme d'Eglise a-t-il sans cesse décliné; les archevêques de Paris, Sibour et Darboy, en furent les derniers défenseurs, avant que le concile du Vatican assurât le triomphe des doctrines ultramontaines. Le gallicanisme d'Etat se défendit longtemps; des hommes tels que Dupin sous Louis-Philippe et Rouland sous Napoléon III voulurent sincèrement concilier le respect envers l'Eglise avec le maintien des droits de l'Etat; mais ensuite la difficulté apparut plus grande chaque jour de conserver un régime à la pratique duquel aucun des deux contractants n'apportait l'esprit de conciliation et de bonne volonté. Néanmoins l'esprit gallican a subsisté en France. On le vit même dans cette première génération des catholiques libéraux, qui avait si chaleureusement défendu l'ultramontanisme: leur chef, Montalembert, finit par avouer les avantages de la tradition gallicane[664]. Il termina sa vie en protestant contre les adulations prodiguées par les ultramontains «à l'idole qu'ils se sont érigée au Vatican». Plus tard, quand Léon XIII prescrivit le ralliement à la République, les monarchistes irréductibles refusèrent d'obéir à ces directions et revendiquèrent pour les Français le droit de pratiquer la politique française comme ils l'entendaient. L'esprit gallican a reparu ensuite chez les catholiques libéraux du XXe siècle, maltraités par Pie X. Après avoir essayé vainement de faire accepter par Rome en 1906 les associations cultuelles, ils se sont plaints que le souverain pontife profitât de la séparation pour nommer directement les évêques, sans consulter les désirs ou l'expérience du clergé français. De même que certains d'entre eux, lors de l'affaire Dreyfus, avaient pris parti pour la révision, d'autres ont affirmé leur droit d'être républicains et démocrates sans consulter Rome. Héritant aussi de l'aversion des anciens gallicans pour les faux miracles, pour les pratiques superstitieuses, ils ont blâmé l'abus des reliques apocryphes, le mercantilisme grossier qui exploite la piété des simples[665].
[664] Je comprends maintenant, écrivit-il en 1869, «les réserves salutaires, les garanties, quoique mêlées d'exagérations blâmables, que nos ancêtres avaient toujours su maintenir, depuis Hincmar, contre les abus de la puissance ecclésiastique» (cité par Lecanuet, _Montalembert_, III, p. 430).
[665] V. _Abus dans la dévotion_, brochure publiée par le Comité catholique pour la défense du droit (1903); Léon Chaine, _Les catholiques français et leurs difficultés actuelles_, 1903.
Le groupe des évangéliques a le premier formulé, justifié devant le public français l'idée de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Vinet en 1825, Laboulaye trente ans plus tard ont ainsi préparé l'avenir. En même temps apparut chez les protestants libéraux cette école radicale qui n'hésitait point à sacrifier complètement le surnaturel, pourvu que l'humanité conservât le culte de Jésus considéré comme le modèle des vertus humaines; les Pécaut et les Buisson présentèrent avec talent la nouvelle théorie. Des protestants animés du même esprit, comme Nefftzer et Dollfus, des libres penseurs imprégnés de religiosité saint-simonienne, comme Guéroult et Jourdan, appelèrent de leurs vœux le «christianisme progressif», une religion laïque, raisonnable, émancipée de tout dogme oppresseur. Les protestants libéraux jouèrent un grand rôle dans la fondation de l'école laïque, puisque Jules Ferry choisit parmi eux quelques-uns de ses principaux collaborateurs, Félix Pécaut, Steeg et M. Buisson. La Restauration, voulant conserver l'Université napoléonienne et lui infuser son esprit, s'était adressée au groupe janséniste, qui lui donna Royer-Collard, Guéneau de Mussy et quelques-uns de leurs amis; de même la République, voulant organiser l'école primaire, fit appel à ces hommes qui étaient dégagés de l'orthodoxie protestante, mais qui avaient conservé de leur passé religieux un intérêt passionné pour l'éducation morale.
Les partisans du christianisme progressif sont demeurés nombreux jusqu'à nos jours. Les uns, voulant conserver la notion traditionnelle de Dieu et l'adoration pour Jésus considéré comme le plus parfait des hommes, ont tâché de s'entendre avec les modernistes, avec les libéraux de toutes les religions. M. Paul Sabatier, par exemple, a combattu avec une égale ardeur le catholicisme romain et le matérialisme athée. D'autres ont poussé plus loin la rupture avec la tradition. M. Wilfred Monod, par exemple, déclare que l'athéisme consciencieux est plus religieux que l'orthodoxie aveugle, et fait de Dieu le symbole du progrès futur souhaité par les hommes[666]. Les évangéliques de toutes les nuances ont organisé dans ces dernières années plusieurs congrès; ces réunions, appelées congrès du «christianisme progressif», ont eu lieu à Londres en 1905, puis à Amsterdam, Genève, Boston, Berlin, enfin à Paris en 1913. Le président de cette dernière assemblée, Boutroux, a présenté la philosophie comme destinée à servir de pont entre la science et la religion. Les chrétiens progressifs repoussent le laïcisme entendu comme la négation de l'idée religieuse; ils sont partisans du laïcisme considéré comme le régime qui assure l'indépendance des Etats et des peuples à l'égard de toute orthodoxie imposée[667].
[666] «En définitive, si j'osais m'exprimer ainsi, je dirais qu'on se trompe en plaçant la toute-puissance de Dieu au début des choses, au lieu de la placer à la fin. Il y a un Dieu qui _sera_ et qui n'est pas encore manifesté, il y a un Dieu _qui vient_, selon la formule de l'Apocalypse.» (W. Monod, cité par Paul Stupfer, _L'inquiétude religieuse du temps présent_, p. 142).
[667] On peut rapprocher du christianisme progressif le judaïsme progressif, tel que l'a exposé le fondateur de l'Union israélite libérale, le rabbin Louis-Germain Lévy, dans son livre, _Une religion rationnelle et laïque_ (1904).
Le troisième groupe est celui des déistes. La plupart sont adeptes de la religion naturelle, pénétrés de la croyance à l'Etre Suprême et à l'immortalité de l'âme. L'esprit de Voltaire et de Rousseau les anime, et la profession de foi du Vicaire savoyard fut longtemps leur _credo_. Michelet et Quinet, les ennemis infatigables de l'Eglise; Jean Macé, le fondateur de l'école laïque; Renouvier, le redoutable adversaire du «papisme»; voilà quelques-uns des plus notoires. C'est dans l'Université surtout que le déisme a dominé l'éducation philosophique: l'influence de Cousin y régna sans partage pendant un demi-siècle; celle de Renouvier l'a remplacée plus tard, sans être aussi exclusive. Ce sont des philosophes déistes, comme Paul Janet, qui ont rédigé en 1882 le programme de morale pour les écoles primaires. Les déistes virent deux dangers à combattre, l'athéisme et le cléricalisme. Certains d'entre eux, redoutant les progrès de l'athéisme, ont fait taire leurs défiances et recherché l'appui des religions traditionnelles pour sauvegarder les dogmes de la religion naturelle. Victor Cousin voulut réaliser cette alliance dans l'intérêt de la société; Jules Simon a combattu Ferry et Goblet en invoquant l'intérêt de la morale. Nombreux sont les universitaires qui ont suivi la même voie. Pour n'en citer qu'un, l'inspecteur général Vessiot, grand ami de l'école laïque, chaleureux défenseur de l'idéal républicain, a fait campagne pendant de longues années pour combattre l'athéisme pédagogique et démontrer les bienfaits d'un accord avec la religion[668]. D'autres déistes, plus confiants dans la force de la philosophie et dans son aptitude à organiser l'éducation morale, ont poursuivi d'une antipathie constante l'Eglise qui pratiquait l'intolérance et qui prêchait le fanatisme. Cet esprit inspira jusqu'à la fin les grands écrivains qui avaient survécu à l'âge romantique, George Sand et Victor Hugo[669].
[668] V. ses livres, _De l'éducation à l'école_ (1885), _Chemin faisant_ (1891), et la revue fondée par lui, _L'Instituteur_.
[669] Quelques déistes ont essayé de ressusciter la théophilanthropie qui, vers 1885, paraît avoir compté jusqu'à 100.000 adhérents (v. Mathiez, dans les _Annales révolutionnaires_, 1914).
Reste enfin le groupe des libres penseurs proprement dits, qui rejettent la religion naturelle comme les religions chrétiennes, et qui affirment l'athéisme ou s'en tiennent à l'agnosticisme. A propos d'eux une question se pose. Ce groupe n'est-il pas le véritable, le seul auteur de la campagne menée contre la tradition religieuse et pour l'idée laïque? Evangéliques et déistes n'ont-ils pas été les instruments et les dupes des athées? Voilà une idée qui a souvent reparu chez les catholiques pendant le XIXe siècle. L'abbé Barruel un des premiers, dans ses _Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme_, expliqua la Révolution par le travail des sociétés secrètes; plus tard Crétineau-Joly reprit la même thèse, en invoquant les documents secrets qui lui auraient été confiés par Metternich et par le Vatican. L'exposé le plus complet de la théorie se trouve dans le livre du P. Deschamps, _Les Sociétés secrètes et la société_. Ce jésuite d'Avignon avait composé en 1843 le _Monopole universitaire_, attribué longtemps au chanoine Desgarets, un des plus violents pamphlets qui aient été composés contre l'enseignement laïque: il y parlait du complot préparé par les Guizot, les Cousin, les Villemain, les Michelet[670]. Il mourut au moment d'achever le grand ouvrage qui devait fournir les preuves de la «conjuration antichrétienne»[671]. Ce recueil de citations et de faits a produit une grande impression sur un certain nombre de lecteurs; il les a persuadés que le combat contre l'Eglise au XIXe siècle est l'œuvre des sociétés secrètes unies par la franc-maçonnerie: toute l'histoire contemporaine se ramènerait à l'histoire de la guerre entre la franc-maçonnerie et le catholicisme. Voilà l'idée qui inspire les publications antimaçonniques abondamment répandues en France depuis vingt-cinq ans. Mais les affirmations contenues dans ces livres sont trop souvent dépourvues de valeur devant la critique scientifique. Deschamps, par exemple, invoque maintes fois des documents d'origine mystérieuse, de façon à rendre toute vérification impossible. Voici deux exemples de ses assertions. Il affirme, d'après un renseignement digne de foi venu de Berlin, que peu de temps avant la révolution de 1848 un convent se réunit à Strasbourg: on y voyait Lamartine, Cavaignac, Ledru-Rollin, Proudhon, Louis Blanc, d'autres Français encore avec des Allemands comme Henri de Gagern, Herwegh, Arnold Ruge, Feuerbach; l'assemblée résolut de commencer par la ruine du Sonderbund le grand mouvement révolutionnaire[672]. Qui peut prendre au sérieux un pareil conte? L'autre récit a trait à l'année 1851: une réunion des chefs des sociétés secrètes, malgré l'avis de Mazzini, résolut de favoriser la dictature de Louis-Napoléon et rendit ainsi le coup d'Etat possible. On ne se douterait point, d'après cette fable, que le 2 décembre fut approuvé par tout l'épiscopat et loué par la papauté[673].--En réalité, la légende ainsi répandue vaut celle qui attribue toute l'activité des partis conservateurs aux jésuites: sous des apparences plus scientifiques, le livre de Deschamps est la contre-partie du _Juif-Errant_ d'Eugène Sue. Néanmoins il y a dans ces fantaisies une âme de vérité: des sociétés régulières, fortement constituées, ont toujours l'avantage que donnent l'organisation et la discipline sur les masses amorphes; elles peuvent présenter au grand public un programme élaboré d'avance. C'est ce que font les comités de tous les partis politiques. Les loges maçonniques ont ainsi contribué à propager l'idée laïque; les convents maçonniques ont discuté, préparé bien des projets qui ont été formulés plus tard en textes législatifs devant les Chambres. Mais le rôle des sociétés fermées va en diminuant à mesure que se développent la liberté de la presse, la publicité, l'éducation générale.
[670] «Plus on étudie l'esprit et les hommes qui dirigent l'enseignement universitaire, plus attentivement on en suit la marche lente ou hardie, les entreprises cachées ou sacrilègement audacieuses; plus on approfondit les horribles abîmes de cet enseignement impie; plus aussi apparaissent nombreux et effrayants les indices d'un complot contre Dieu et son Christ, complot qui ne tendrait à rien moins qu'à la destruction complète, universelle de la foi en France...» (p. 406).
[671] Deschamps mourut en 1873. L'ouvrage parut après sa mort; le tome III, élaboré par Claudio Jannet, révèle le nom de l'auteur et contient une notice biographique sur lui.
[672] T. II, p. 352.
[673] T. I, p. 580. L'auteur nous apprend aussi que Palmerston fut «maître suprême de tous les orients maçonniques de l'univers» (I, p. 581). Les disciples de Deschamps ont insisté sur la domination qu'exerce l'Angleterre dans la franc-maçonnerie: affirmation bizarre pour qui connaît l'attitude prise par les loges anglaises vis-à-vis du Grand-Orient de France depuis 1877.
Cette légende écartée, nous pouvons reconnaître la grande place prise par la libre pensée au XIXe siècle. Pendant longtemps ce furent surtout les disciples de Diderot et de l'Encyclopédie qui firent la guerre à toute conception métaphysique. Plus tard la critique religieuse, le développement des sciences, la philosophie matérialiste ont contribué à détruire non seulement la foi au miracle ou à la Providence, mais la croyance en Dieu. Quelques-uns des plus notables parmi les libres penseurs ont accepté la doctrine d'Auguste Comte, exposée dans le _Cours de philosophie positive_, c'est-à-dire le positivisme exclusivement scientifique tel que l'enseignait Littré: ce fut le cas de Gambetta et de Jules Ferry. La plupart s'en sont tenus à la négation du surnaturel ou à l'agnosticisme pur et simple. Comme l'a remarqué Taine, les Français abandonnant le catholicisme vont le plus souvent à la libre pensée complète, sans s'arrêter à des stations intermédiaires.
Plusieurs penseurs ont tenu à justifier cette rupture radicale avec les anciens concepts. Un professeur de philosophie a montré pourquoi, dans le programme de morale destiné aux écoles primaires, on devait supprimer le chapitre des devoirs envers Dieu. La religion naturelle, selon lui, a, comme les autres, les inconvénients d'une religion d'Etat enseignant comme dogmes officiels des doctrines discutables. Il est dangereux pour la morale d'être fondée sur la religion. Tout jeune homme passe par une crise inévitable entre quinze et vingt ans, quand les passions s'éveillent, quand il veut se débarrasser de croyances gênantes; un enseignement moral rationnel lui fera comprendre que, sa foi rejetée, sa conscience demeure, qu'elle est inhérente à sa nature, et qu'il ne peut s'en affranchir, pas plus qu'il ne saurait se dépouiller de sa raison. En supprimant le chapitre des devoirs envers Dieu, on ne perdra aucune notion intéressante ou précieuse, et l'on évitera d'introduire dans l'école des controverses inutiles et irritantes[674]. Quelques années plus tard un autre philosophe universitaire proposa d'écarter non seulement de l'enseignement, mais de la philosophie elle-même l'idée de Dieu, en montrant combien elle est obscure, imprécise, composée d'éléments contradictoires[675]. Déjà un poète philosophe, Guyau, avait répondu à ceux qui redoutaient l'ébranlement moral causé par la disparition de cette idée:
Supprimer Dieu, serait-ce amoindrir l'univers? Les cieux sont-ils moins doux pour qui les croit déserts?... Je me dis: Nul ne sait, nul n'a voulu mes maux, S'il est des malheureux, il n'est pas de bourreaux...[676]
[674] V. le discours de Goblot, professeur de philosophie à l'Université de Caen, au Congrès de la Ligue de l'enseignement tenu en 1901 à Caen.
[675] V. Belot, _Note sur la triple origine de l'idée de Dieu_ (_Revue de métaphysique et de morale_, 1908); _L'idée de Dieu et l'athéisme_ (_ibid._, 1913).
[676] Guyau, _Vers d'un philosophe_, 1881.
Malgré leurs divergences, les partisans de l'esprit laïque sont unis par un programme négatif et par un idéal positif. Le programme négatif, c'est l'anticléricalisme. Celui-ci a surtout un caractère politique: c'est l'antipathie qui a reparu chaque fois que le pouvoir civil semblait favoriser le «gouvernement des curés[677]». C'est ainsi que l'Eglise a soulevé contre elle tant d'hommes politiques peu disposés à la persécuter[678]; voilà pourquoi l'un d'eux, Waldeck-Rousseau, a déclaré que l'anticléricalisme est «une manière d'être constante, persévérante et nécessaire aux Etats[679]». Ces tendances ont rencontré bon accueil dans toutes les classes. La bourgeoisie, malgré son retour si marqué aux idées conservatrices depuis 1848, a gardé de son passé gallican un vieux fond d'hostilité envers les prétentions ultramontaines; les polémistes vigoureux qui ont revendiqué pour l'Eglise la maîtrise complète de la société, Félicité de La Mennais (celui de 1820), Louis Veuillot, Edouard Drumont, n'ont pas médiocrement contribué à fortifier cet esprit anticlérical. De leur côté, les intellectuels ont détesté dans l'Eglise un pouvoir toujours prêt à profiter d'une défaillance de la société civile pour étouffer la liberté de penser et d'écrire. Enfin les adversaires de Rome ont répandu dans le peuple l'anticléricalisme brutal, celui qui recherche, qui étale complaisamment les scandales survenus dans telle ou telle ville, qui triomphe des méfaits commis par un confesseur ou par un éducateur de la jeunesse; cette guerre au prêtre, que Paul-Louis Courier comme Michelet jugeait nécessaire, a été popularisée par de nombreux journaux. Mais ces crises violentes d'irréligion populaire n'ont jamais été longues: si l'alliance entre le pouvoir civil et l'Eglise se trouve rompue, si le clergé cesse de sembler redoutable, aussitôt les inimitiés s'apaisent. On l'a vu en 1833, en 1848, en 1890, puis après la fin de l'explosion d'anticléricalisme causée par l'affaire Dreyfus. Littré avait bien compris le «catholicisme selon le suffrage universel».
[677] «Les électeurs de France, même les plus favorables à l'idée religieuse, par on ne sait quelle aberration historique, se défient du gouvernement des curés» (Tissier, évêque de Châlons, dans _La vie catholique de la France contemporaine_, 1918, p. 9).
[678] D'après un témoin compétent, ni Jules Ferry ni M. Clemenceau n'étaient guidés par une pensée d'intolérance (Freycinet, _Souvenirs_, II, p. 482).
[679] Lettre à M. Millerand, du 19 mars 1904.
L'idéal positif qui unit les partisans de la société laïque est facile à indiquer. Ils croient à l'existence d'une morale naturelle, accessible à tous les hommes puisque tous sont doués de raison. Cette morale enseigne le respect de la personne humaine, de la nôtre aussi bien que des personnes étrangères. Elle enseigne le respect de la science, l'admiration pour les conquêtes accomplies par elle, l'espoir qu'elle en fera de plus grandes encore. Elle enseigne enfin l'amour de l'humanité, la confiance dans ses progrès, le désir d'y contribuer. Cet amour de l'humanité fortifiera l'amour de la patrie, car la France, le pays de la Révolution et de la démocratie, travaille pour le bien de tous.
Cette «foi laïque» diffère beaucoup de la foi chrétienne. Aussi a-t-on répété qu'il y a deux Frances; le mot a été dit par des étrangers comme par des Français[680]. Parler de cette manière, c'est être dupe des apparences, de la rigueur logique avec laquelle les écrivains français, théoriciens ou polémistes, aiment déduire les conséquences des principes défendus par eux. En réalité, les groupes intermédiaires abondent: hommes de croyances tièdes, qui jugent la religion nécessaire pour la morale et bienfaisante pour l'ordre social; catholiques sincères, qui choisissent l'enseignement laïque pour lui confier leurs enfants, parce qu'ils le trouvent plus moderne et plus vivant que l'autre; intellectuels séparant soigneusement les deux domaines de manière à unir la foi traditionnelle avec l'esprit scientifique[681]. D'ailleurs la grande majorité de la nation conserve un scepticisme latent vis-à-vis des systèmes, une tendance à considérer surtout les œuvres et la pratique des hommes. Une évolution s'est produite, favorable au rapprochement. L'esprit scientifique, s'imposant partout, a fait appliquer par tous, croyants et incroyants, les mêmes méthodes; les découvertes qui soulevèrent jadis des clameurs indignées, celles des sciences préhistoriques, celles des sciences naturelles, celles de l'histoire des religions, sont admises aujourd'hui sans difficulté par les savants catholiques[682]. Et puis cette idée s'est répandue tous les jours davantage, que les opinions religieuses appartiennent au libre choix de chaque famille ou de chaque individu: le socialisme a vulgarisé cette pensée dans le peuple; le corps universitaire, où des professeurs de toutes les croyances--et de toutes les incroyances--travaillent dans un esprit confraternel à une tâche commune, a contribué à la propager dans les classes élevées. Un pareil état d'esprit choque ceux qui ont conservé l'ancien idéal de «l'unité morale» de la France; mais cette unité reposant sur l'identité des croyances métaphysiques et sociales n'existe plus dans aucune des nations modernes. Des événements récents, comme la guerre de 1914, ont prouvé que les grands dangers concentrent autour de l'Etat laïque toutes les forces françaises, et que l'unité nationale est compatible avec la variété des opinions et des croyances.
[680] V. le livre de l'écrivain suisse Paul Seippel, _Les deux Frances_, 1905. On a lu plus haut le mot de Renouvier (p. 229). Un catholique, Dom Besse, déclarait aussi qu'il y a deux Frances, «la France royaliste et catholique, et la France révolutionnaire et athée. La grande masse des citoyens qui flottent entre ces deux extrémités ne compte pas; elle appartiendra à celle des deux qui finira par triompher». Ces deux Frances, ajoute-t-il, «se vouent une haine implacable. Ce sentiment est dans la nature des choses.» (_Veillons sur notre histoire_, 1907, p. 10 et 12).
[681] Parmi les groupes qui ont essayé d'organiser le rapprochement, un des plus intéressants est l'Union des libres penseurs et des libres croyants pour la culture morale. Ses conférences et ses discussions, poursuivies de 1908 à 1914, ont repris en 1923.
[682] V. Teilhard de Chardin, _La préhistoire et ses progrès_, dans les _Etudes_ (revue publiée par les jésuites), 1913. Des naturalistes chrétiens collaborent à l'étude du _pithecanthropus erectus_. Pour l'histoire des religions, si l'on compare un manuel anticlérical, l'_Orpheus_ de Salomon Reinach, avec celui de l'abbé Bricout (_Où en est l'histoire des religions?_ 1911), il est facile de voir l'accord sur la majorité des faits et des documents.
BIBLIOGRAPHIE
Il n'existe pas d'ouvrages d'ensemble sur le sujet traité ici. Les livres consacrés aux rapports de l'Eglise et de l'Etat par Debidour (_Histoire des rapports de l'Eglise et de l'Etat en France de 1789 à 1870_, 1898; _L'Eglise catholique et l'Etat sous la troisième République_, 2 vol., 1906-9), Lecanuet (_L'Eglise de France sous la troisième République_, 2 vol., 1907-10), Desdevises du Dézert (_L'Eglise et l'Etat en France_, t. II, 1908), Barbier (_Histoire du catholicisme libéral_, 5 vol., 1923), renferment diverses indications. Il faut citer aussi les rapides esquisses de Faguet (_L'anticléricalisme_, 1906) et de Dufeuille (_L'anticléricalisme avant et pendant notre République_, 1910). Je n'indique ci-après que les principaux ouvrages consultés; beaucoup d'autres ont été signalés dans les notes du livre[683].
[683] Je donne les éditions dont je me suis servi.
PÉRIODE DE 1815 A 1848.
Barthélemy Saint-Hilaire, _M. Victor Cousin_. _Sa vie et sa correspondance_, 1895, 3 vol.
Boutard, _Lamennais_, 1905-13, 3 vol.
Chassin, _Edgar Quinet_, 1859.
Constant (Benjamin), _De la religion_, 1824-31, 5 vol.
Courier (Paul-Louis), _Œuvres complètes_, 1834, 4 vol.
Cournot, _Souvenirs_, 1913.
Cousin (Victor), _Défense de l'Université et de la philosophie_, 4e éd., 1845.
Cuvillier-Fleury, _Correspondance_ (avec le duc d'Aumale), t. I, 1910.
Dejob, _Trois Italiens professeurs en France_ (Rossi, Libri, Ferrari), dans le _Bulletin italien_ de la Faculté des Lettres de Bordeaux, 1912-13.
Dubois, _Souvenirs_ (dans la _Quinzaine_, 1901); _Cousin, Jouffroy, Damiron_, 1902; _Fragments littéraires_, 1879, 2 vol.
Duine, _La Mennais_, 1922; _Essai d'une bibliographie de La Mennais_, 1923.
Ferdinand-Dreyfus, _La Rochefoucauld-Liancourt_, 1903.
Gaschet, _Paul-Louis Courier et la Restauration_, 1913.
Génin, _Les Jésuites et l'Université_, 2e éd., 1844; _Ou l'Eglise ou l'Etat_, 1847.
Jouffroy, _Mélanges philosophiques_, 4e éd., 1866; _Correspondance_, 1901.
Lamartine, _Sur la politique rationnelle_, 1831.
Lamennais, _Discussions critiques et pensées diverses_, 1841.
Latreille, _Francisque Bouillier_, 1907.
Meunier (Arsène), _Lutte du principe clérical et du principe laïque dans l'enseignement_, 1861.
Michelet, _Œuvres complètes_, éd. Flammarion, 40 vol.
Monod, _Jules Michelet_, 1905; _La vie et la pensée de Jules Michelet_, 1923, 2 vol. (Bibliothèque de l'École des Hautes-Études).
Montlosier, _Mémoire à consulter sur un système religieux et politique tendant à renverser la religion, la société et le trône_, 7e éd., 1826; _Les Jésuites, la Congrégation et le parti prêtre en 1827_, 1827.
Quinet (Edgar), _Œuvres complètes_, 1857-79, 28 vol.
Tillier (Claude), _Pamphlets_, 1906.
Vinet, _Mémoire en faveur de la liberté des cultes_, 1826.
Parmi les périodiques, il faut citer surtout _L'Ami de la religion_ (depuis 1814), le _Constitutionnel_ (depuis 1819), le _Globe_ (de 1824 à 1830), l'_Echo des instituteurs_ (de 1845 à 1850).
PÉRIODE DE 1848 A 1870.
About (Edmond), _La question romaine_, 1859.
Boutteville, _La morale de l'Eglise et la morale naturelle_, 1866.
Claveau, _Souvenirs politiques et parlementaires d'un témoin_, I, 1913.
Cournot, _Des institutions d'instruction publique en France_, 1864.
Deschamps, _Les Sociétés secrètes et la Société, par l'auteur du Monopole universitaire_, 1874-76, 3 vol.
Dessoye, _Jean Macé et la fondation de la Ligue de l'enseignement_ (1883).
Dupanloup, _L'athéisme et le péril social_, 1866.
Guéroult, _Etudes de politique et de philosophie religieuse_, 1863.
Havet, _Le christianisme et ses origines_, t. I, 1873, 2e éd.
Huet, _La Révolution religieuse au XIXe siècle_, 1868.
Laboulaye, _La liberté religieuse_, 1858; _Le parti libéral_, 1863.
Lanfrey, _L'Eglise et les philosophes au XVIIIe siècle_, 1855; _Histoire politique des papes_, 1860.
Larroque (Patrice), _Examen critique des doctrines de la religion chrétienne_, 3e éd., 1864, 2 vol.
Lecanuet, _Les pères du laïcisme en France_ (_Correspondant_, 1919).
Levallois (Jules), _La piété au XIXe siècle_, 1864; _Déisme et christianisme_, 1866.
Macé (Jean), _La Ligue de l'enseignement à Beblenheim_, 1890.
Mérimée, _Lettres à M. Panizzi_, 1881, 2 vol.
Miron (Morin), _Examen du christianisme_, 1862, 3 vol.
Pécaut (Félix), _Le Christ et la conscience_, 1859; _De l'avenir du théisme chrétien considéré comme religion_, 1864.
Peyrat, _Histoire et religion_, 1858.
Pommier, _Renan_, 1923.
Proudhon, _Œuvres complètes_, éd. Lacroix et Marpon, 37 vol., 1868-76.
Rémusat (Charles de), _Philosophie religieuse_, 1864.
Renan, _Essais de morale et de critique_, 2e éd., 1860; _Etudes d'histoire religieuse_, 7e éd., 1895; _Questions contemporaines_, 3e éd., 1883; _Vie de Jésus_, 18e éd. (Cf. Girard et Moncel, _Bibliographie des œuvres d'Ernest Renan_, 1923).
Renouvier, _Science de la morale_, 1869, 2 vol.
Richer (Léon), _Lettres d'un libre penseur à un curé de campagne_, 1868-69, 2 vol.
Sainte-Beuve, _Nouveaux Lundis_, 1870, 13 vol.
Sarcey, _Journal de jeunesse_, 20e éd. (1903).
Sauvestre, _Lettres de province_, 1862; _Les congrégations religieuses_, 1867.
Scherer (Edmond), _Mélanges d'histoire religieuse_, 1865.
Simon (Jules), _La liberté de conscience_, 1857; _La politique radicale_, 1868.
Taine, _Les philosophes classiques du XIXe siècle en France_, 6e éd., 1888.
Vacherot, _La démocratie_, 1860; _La religion_, 1869.
Principaux périodiques à citer: La _Liberté de penser_ (1847-51); le _Journal des Débats_; le _Monde maçonnique_ (depuis 1858); l'_Opinion_ _nationale_ (depuis 1859); la _Morale indépendante_ (depuis 1865); la _Libre Conscience_ (depuis 1866); la _Revue germanique_ (1858-65).
PÉRIODE POSTÉRIEURE A 1870.
Bert (Paul), _La morale des Jésuites_, 3e éd., 1880; _Le cléricalisme_, 1900.
Berthelot, _Science et philosophie_, 1886; _Science et morale_, 1897; _Science et libre pensée_ (1905).
Besse (Dom), _Les religions laïques_, 1913.
Bigot (Charles), _Les classes dirigeantes_, 1875.
Bourgeois (Léon), _L'éducation de la démocratie française_, 1897.
Boutroux, _Science et religion_, 1908.
Brisson (Henri), _La Congrégation_, 1902.
Buisson, _La foi laïque_, 1912.
Chaine (Léon), _Les catholiques français et leurs difficultés actuelles_, 1903.
Cochin (Aug.), _La mystique de la libre pensée_ (_Revue de Paris_, 1920).
Combes, _Une campagne laïque_, 1904; _Une deuxième campagne laïque_, 1906.
Dépasse (Hector), _Le cléricalisme_, 2e éd., 1880.
Ferry (Jules), _Discours et opinions_, 1893-98, 7 vol.
Fouillée (Alfred), _La morale, l'art et la religion d'après M. Guyau_, 2e éd., 1892; _La France au point de vue moral_, 2e éd., 1900; _La démocratie politique et sociale en France_, 2e éd., 1910.
France (Anatole), _L'Eglise et la République_, 1904.
Freycinet (Charles de), _Souvenirs_, 1878-1893, 1913.
Gambetta, _Discours_, 1881-85, 11 vol.
Hébert (Marcel), _L'évolution de la foi catholique_, 1905.
Houtin, _La question biblique chez les catholiques de France au XIXe siècle_, 2e éd., 1902; _La question biblique au XXe siècle_, 2e éd., 1906.
Jacob, _Pour l'école laïque_, 3e éd., 1899.
Littré, _De l'établissement de la troisième République_, 1880.
Loisy, _Choses passées_, 1914.
Nourrisson, _Le club des Jacobins sous la troisième République_, 1900; _Les Jacobins au Pouvoir_, 1904.
Parfait (Paul), _L'arsenal de la dévotion_, 1876; _Le dossier des pèlerinages_, 1877.
Payot, _Les idées de M. Bourru_, 3e éd., 1908.
Pécaut, _L'éducation publique et la vie nationale_, 3e éd., 1907.
Ribot (Th.), _La psychologie des sentiments_, 2e éd., 1897.
Sabatier (Paul), _A propos de la séparation de l'Eglise et de l'Etat_, 1905.
Séailles, _Education ou Révolution_, 1904; _Les affirmations de la conscience moderne_, 3e éd., 1906.
Taine, _Le régime moderne_, 1890-93, 2 vol.
Tavernier, _La morale et l'esprit laïque_, 1903; _Cinquante ans de République_ (_Correspondant_, 1920).
Waldeck-Rousseau, _Associations et congrégations_, 1902; _L'Etat et la liberté_, 1906, 2 vol.
PÉRIODIQUES.
_L'année politique_, de Daniel (1874-1905); Le _Dix-neuvième Siècle_ (surtout pour la période de 1871 à 1880); la _Critique philosophique_ (1872-1889); la _Raison_ (1900-1914); les _Annales de la jeunesse laïque_ (depuis 1902); le _Bulletin_ de l'Union pour l'action morale (1892-1905), continué par la _Correspondance_ de l'Union pour la vérité (depuis 1905); le _Bulletin_ de la Ligue de l'enseignement (depuis 1881), et surtout les comptes rendus de ses congrès annuels.
Les études locales sont rares. Citons comme exemple celle qui a paru dans l'Encyclopédie des Bouches-du-Rhône: Estier et Busquet, _La libre pensée et la franc-maçonnerie dans les Bouches-du-Rhône de 1790 au XXe siècle_. Marseille, 1923.
INDEX
A
About, 113, 136, 149, 211, 235, 240, 241.
Acollas, 196, 308.
Aguesseau (d'), 16.
Aignan, 23.
Aigues-Sparses, 191.
Alacoque (Marie), 90.
Alembert (d'), 26.
Alton-Shée (d'), 102.
Alzon (d'), 219.
Amiable, 36.
André, 318.
Andreï, 243.
Argenson (d'), 12.
Arnaud (de l'Ariège), 6, 117, 226.
Astros (d'), 79.
Aubineau, 125.
Auger, 93.
Aulard, 303.
Aumale (duc d'), 83, 85.
B
Babeuf, 61.
Bacon, 277.
Ballanche, 60, 84.
Balzac, 208.
Barante, 30.
Barau, 66, 67, 68.
Barbès, 61, 197.
Barnave, 113.
Barni, 136, 137.
Barrès, 128.
Barrot (Odilon), 5, 29, 61, 73.
Barruel, 353.
Barthe, 29, 73.
Barthélemy, 271.
Barthélemy Saint-Hilaire 76, 79, 169, 171, 286.
Barthou, 327.
Bastiat, 117.
Baur, 148.
Bayet, 320.
Bayle, 35.
Bazard, 35.
Bazin, 123.
Beauséjour, 19.
Beauverie, 28.
Bellart 32.
Belot, 357.
Benoist (Charles), 327.
Béranger, 23, 31, 69, 113.
Bérenger (Henry), 301, 320.
Bergson, 331.
Bernard (Claude), 168.
Berry (duc de), 17.
Bersot, 78, 137, 138.
Bert (Paul), 222, 225, 226, 259, 270, 280-81, 288, 316.
Bertauld, 226.
Berthelot, 159, 304-7, 322.
Berville, 29.
Besse (Dom), 359.
Bignon, 18.
Bigot (Charles), 233, 255.
Billiard, 62.
Bizet, 116.
Blanc (Louis), 61, 354.
Blanqui, 8, 192, 193-4, 212.
Bloch, 130.
Boberley, 89.
Bonald, 16, 18, 30, 100.
Bonaparte, 327.
Bonjean, 206, 251.
Bonnet, 79.
Bordas-Demoulin, 212.
Bossuet, 123, 134, 148.
Boucher de Perthes, 164-5.
Bouglé, 61.
Bouillier, 79.
Boulanger, 293.
Boulogne, 26.
Bourbeau, 276.
Bourdeau, 6.
Bourgain, 341.
Bourgeois, 345.
Bourget, 301.
Bourneville, 293.
Boutard, 100.
Boutroux, 330, 351.
Boutteville, 103, 198-200.
Bouvet, 75.
Bréal, 103.
Briand, 327.
Bricout, 360.
Brisson (H.), 188, 202, 221, 222.
Broglie (Albert de), 126, 221, 223, 251, 278.
Broglie (Victor de), 22, 50, 54, 58.
Brongniart, 164.
Brouard, 66, 116.
Brunet, 225.
Brunetière, 301, 303, 304, 305.
Bruno (G.), 322.
Buchez, 60, 92.
Buchner, 195, 197.
Buffet, 283.
Buisson, 189, 322, 324, 325, 326, 335, 339-41, 342-4, 350.
Buloz, 197.
Bunsen, 145.
Burnichon, 31, 57.
Burnouf, 149, 158, 262.