‹ Histoire de la magieChapitre 46 sur 51 · CHAPITRE II.

CHAPITRE II.

DES HALLUCINATIONS.

SOMMAIRE.--Encore la secte des sauveurs de Louis XVII.--Singulières hallucinations d'un ouvrier cartonnier nommé Eugène Vintras.--Ses prophéties et ses prétendus miracles.--Accusations portées contre lui par des sectaires dissidents.--Les moeurs des faux gnostiques.--Les hallucinations contagieuses.

On trouve toujours au fond du fanatisme de toutes les sectes un principe d'ambition ou de cupidité; Jésus-Christ lui-même avait souvent réprimandé sévèrement ceux de ses disciples qui ne l'entouraient, pendant les jours de ses privations et de son exil au milieu même de sa patrie, que dans l'espérance d'un royaume où ils auraient les premières places. Plus les espérances sont folles, plus elles séduisent certaines imaginations; on paye alors de sa bourse et de sa personne le bonheur d'espérer. C'est ainsi que le dieu Wronski ruinait des imbéciles en leur promettant l'absolu; que le dieu Auguste Comte se faisait six mille livres de rentes aux dépens de ses adorateurs, auxquels il avait distribué d'avance des dignités fantastiques, réalisables lorsque sa doctrine aurait conquis le monde; c'est ainsi que certains magnétiseurs tirèrent de l'argent à un grand nombre de dupes en leur promettant des trésors que les esprits dérangent toujours. Quelques sectaires croient réellement à ce qu'ils [480] promettent, et ceux-là sont les plus infatigables et les plus hardis dans leurs intrigues: l'argent, les miracles, les prophéties, rien ne leur manque, parce qu'ils ont cet absolu de volonté et d'action qui fait réellement des prodiges, ce sont des magiciens sans le savoir.

La secte des sauveurs de Louis XVII appartient, sous ce rapport, à l'histoire de la magie. La folie de ces hommes est contagieuse au point de gagner à leurs croyances ceux-mêmes qui viennent les trouver pour les combattre; ils se procurent les pièces les plus importantes et les plus introuvables, attirent à eux les plus singuliers témoins, évoquent des souvenirs perdus, commandent à l'armée des rêves, font apparaître des anges à Martin, du sang à Rose Tamisier, un ange en guenilles à Eugène Vintras. Cette dernière histoire est curieuse à cause de ses suites phénoménales, et nous allons la raconter.

En 1839, les sauveurs de Louis XVII qui avaient rempli les almanachs de prophéties pour l'an 1840, comptant bien que, si tout le monde attendait une révolution, cette révolution ne tarderait pas à s'accomplir, les sauveurs de Louis XVII qui n'avaient plus leur prophète Martin résolurent d'en avoir un autre; quelques-uns de leurs agents les plus zélés étaient en Normandie, pays dont le faux Louis XVII avait la prétention d'être le duc; ils jetèrent les yeux sur un ouvrier dévot, d'un caractère exalté et d'une tête faible, et voici le tour dont ils s'avisèrent: ils supposèrent une lettre adressée au prince, c'est-à-dire au prétendu Louis XVII, remplirent cette lettre des promesses emphatiques du règne futur, jointes à des expressions [481] mystiques capables de faire impression sur une tête faible et firent tomber cette lettre dans les mains de l'ouvrier qui se nommait Eugène Vintras, avec les circonstances que lui-même va nous raconter:

«Le 6 août 1839.

»A neuf heures environ, j'étais occupé à écrire..., on frappe à la porte de la chambre où j'étais; croyant que c'était un ouvrier qui avait affaire à moi, je réponds assez brusquement: Entrez. Je fus bien surpris, au lieu d'un ouvrier, de voir un vieillard déguenillé; je lui demandai seulement ce qu'il voulait.

»Il me répondit bien tranquillement: Ne vous fâchez pas, Pierre-Michel (noms dont jamais personne ne se sert pour me nommer; dans tout le pays on m'appelle Eugène, et même, lorsque je signe quelque chose, je ne mets jamais ces deux prénoms).

»Cette réponse de mon vieillard me fit une certaine sensation; mais elle augmenta lorsqu'il me dit: «Je suis bien fatigué; partout où je me présente, on me regarde avec mépris ou comme un voleur.» Ces dernières paroles m'effrayèrent beaucoup, quoique dites d'un air triste et malheureux. Je me levai, et pris devant moi non pas de la monnaie, mais une pièce de dix sous que je lui mis dans la main en lui disant: Je ne vous prends pas pour cela, mon brave homme. Et en lui disant cela, je lui fis apercevoir que je voulais l'éconduire. Il ne demanda pas mieux et me tourna le dos d'un air peiné.

»A peine eut-il mis le pied sur la dernière marche que je retirai la porte sur moi, et la fermai à clef. Ne l'entendant pas [482] descendre, j'appelai un ouvrier et lui dis de monter à ma chambre. Là, sous prétexte d'affaires, j'espérais lui faire parcourir avec moi tous les endroits que je jugeais possibles de cacher mon vieillard, que je n'avais pas vu sortir. Cet ouvrier monte à ma chambre, je sors avec lui en fermant ma porte à clef, et je parcourus tous les plus petits réduits. Je ne vis rien.

»J'allais entrer dans la fabrique, quand tout à coup j'entends sonner une messe. J'éprouvais du plaisir pensant que, malgré le dérangement de mon vieillard, je pourrais néanmoins assister à une messe. Alors je courus à ma chambre pour prendre un livre de prières. Je trouvai, à la place où j'écrivais, une lettre adressée à madame de Generès, à Londres. Cette lettre était signée et écrite par M. Paul de Montfleury, de Caen, et contenait une réfutation d'hérésie et une profession de foi orthodoxe.

»Cette lettre, quoique adressée à madame de Generès, était destinée à remettre sous les yeux du duc de Normandie les plus grandes vérités de notre sainte religion catholique, apostolique et romaine. Sur la lettre était posée la pièce de dix sous que j'avais donnée à mon vieillard.»

Dans une autre lettre, Pierre-Michel avoue que la figure de ce vieillard ne lui était pas inconnue, mais qu'en le voyant ainsi apparaître tout à coup, il eut extraordinairement peur, il verrouilla et barricada la porte quand il fut sorti, écouta longtemps à la porte s'il l'entendait descendre. Le vieux mendiant ôta sans doute ses souliers pour descendre sans faire du bruit, car Vintras n'entendit rien; il court alors à la fenêtre [483] et ne le voit pas sortir, attendu qu'il était sorti depuis longtemps. Voilà mon homme bouleversé, il appelle au secours, cherche partout, trouve enfin la lettre qu'on voulait lui faire lire, c'est évidemment une lettre tombée du ciel. Voilà Vintras dévoué à Louis XVII, le voila visionnaire pour le reste de ses jours, car désormais l'image du vieux mendiant ne le quittera plus. Ce mendiant deviendra saint Michel, parce qu'il l'a appelé Pierre-Michel, association d'idées analogue à celles des rêves. Les hallucinés de la secte de Louis XVII avaient deviné, avec la seconde vue des maniaques, juste le moment où il fallait frapper la faible tête de Vintras pour en faire en un seul instant un illuminé et un prophète.

La secte de Louis XVII se compose surtout d'anciens serviteurs de la royauté légitimiste, aussi Vintras, devenu leur medium, est-il le fidèle reflet de toutes ces imaginations pleines de souvenirs chevaleresques et de mysticisme vieilli. Ce sont partout, dans les visions du nouveau prophète, des lys baignés de sang, des anges en costume de chevaliers, des saints déguisés en troubadours. Puis apparaissent des hosties collées sur de la soie bleue. Vintras a des sueurs de sang, et son sang apparaît sur les hosties, où il dessine des coeurs avec des légendes de l'écriture et de l'orthographe de Vintras; des calices vides paraissent tout à coup pleins de vin, puis où le vin tombe apparaissent des taches de sang. Les initiés croient entendre une musique délicieuse et respirer des parfums inconnus; des prêtres appelés à constater ces prodiges sont entraînés dans le courant de l'enthousiasme.

Un curé du diocèse de Tours, un vieux et vénérable [484] ecclésiastique, quitte sa cure, et se met à la suite du prophète. Nous avons vu ce prêtre, il nous a raconté les merveilles de Vintras avec l'accent de la plus parfaite conviction, il nous a montré des hosties injectées de sang d'une manière inexplicable, il nous a communiqué des procès-verbaux signés de plus de cinquante témoins, tous gens honorables et bien posés dans le monde, des artistes, des médecins, des hommes de loi, un chevalier de Razac, une duchesse d'Armaillé. Les médecins ont analysé le fluide vermeil qui coulait des hosties, et ont reconnu que c'était véritablement du sang humain; les ennemis même de Vintras, et il en a de cruels, ne contestent pas les miracles et se contentent de les attribuer au démon. Mais concevez-vous, nous disait l'abbé Charvoz, ce curé de Touraine dont nous avons parlé, concevez-vous le démon falsifiant le sang de Jésus-Christ sur des hosties réellement consacrées? Car l'abbé Charvoz est bien réellement prêtre, et ces signes se produisent aussi sur les hosties qu'il consacre. Cependant la secte de Vintras est anarchique et absurde, Dieu ne fait donc pas de miracles en sa faveur. Reste l'explication naturelle des phénomènes, et dans le cours de cet ouvrage, nous l'avons assez indiquée pour qu'il soit inutile de la développer ici.

Vintras, que ses sectaires posent en nouveau Christ, eut aussi ses Iscariotes: deux membres de la secte, un certain Gozzoli et un nommé Alexandre Geoffroi, publièrent contre lui les révélations les plus odieuses. A les croire, les sectaires de Tilly-sur-Seules (ainsi se nommait leur résidence) se livraient aux pratiques les plus obscènes; ils célébraient dans leur [485] chapelle particulière, qu'ils nommaient le cénacle, des messes sacrilèges auxquelles les élus assistaient dans un état complet de nudité; à un certain moment, tous gesticulaient, fondaient en larmes en criant: Amour! amour! et ils se jetaient dans les bras les uns des autres; on nous permettra de supprimer le reste. C'étaient les orgies des anciens gnostiques, mais sans qu'on prît la peine d'éteindre les lumières. Alexandre Geoffroi assure que Vintras l'initia à un genre de prière qui consistait dans l'acte monstrueux d'Onan, exercé au pied des autels, mais ici le dénonciateur est trop odieux pour être cru sur parole. L'abbé Charvoz, à qui nous avons parlé de ces accusations infâmes, nous a dit qu'il fallait les attribuer à la haine de deux hommes chassés de l'association pour avoir commis eux-mêmes les actes dont ils accusent Vintras. Quoi qu'il en soit, les désordres moraux engendrent naturellement les désordres physiques, et les surexcitations anormales du système nerveux produisent presque toujours des dérèglements excentriques dans les moeurs; si donc Vintras est innocent, il aurait pu et peut encore devenir coupable.

Le pape Grégoire XVI, par un bref du 8 novembre 1843, a condamné formellement la secte de Vintras.

Voici un spécimen du style de cet illuminé, homme d'ailleurs sans instruction et dont les écrits emphatiques fourmillent de fautes de français.

«Dormez, dormez, indolents mortels: restez, restez encore sur vos couches moelleuses; souriez à vos rêves de fêtes et de grandeurs; l'ange de l'alliance est descendu sur vos montagnes, il a écrit son nom jusque dans le calice de vos fleurs; il a touché, des [486] anneaux qui ornent ses pieds, les fleuves qui font votre orgueil et votre espérance; les chênes de vos forêts ont pris l'éclat de son front pour une nouvelle aurore; la mer, d'un bond voluptueux, a salué son regard! Elie l'a précédé! Penchez-vous du côté de la terre, mais ne vous effrayez point de ce bruit si actif des tombeaux. Dormez, dormez encore; je l'ai vu vers l'orient; il burinait son nom sur des monts inaccessibles; il criait au temps de hâter sa barque, et j'ai vu lui sourire le plus vieux des vieillards. Dormez, dormez encore; Elie, à l'occident, pose une croix à la porte du temple; il la scèle avec du feu et l'acier d'un poignard.»

Encore le temple, le feu et le poignard! Chose étrange! les fous se reflètent les uns et les autres, tous les fanatismes échangent leurs inspirations, et le prophète de Louis XVII devient ici l'écho du cri de vengeance des templiers.

Il est vrai que Vintras ne se croit pas responsable de ses écrits; voici comment il en parle lui-même.

«Oh! si mon esprit était pour quelque chose dans ces écrits que l'on condamne, j'inclinerais ma tête, et la crainte entrerait dans mon âme. Ce n'est point mon ouvrage: je n'y ai point prêté mon concours par recherche ni par désir. Le calme est en moi; ma couche ne connaît pas l'insomnie; les veilles n'ont point fatigué mes paupières; mon sommeil est pur comme quand Dieu le créa: je puis dire à mon Dieu avec un coeur libre: Custodi animam meam et erue me: non erubescam, quoniam speravi in te.»

Un autre prétendu réformateur, celui qui se posait en messie des [487] bagnes et de l'échafaud, Lacenaire, auquel nous ne comparerons certainement pas Vintras, écrivait aussi de sa prison:

Comme une vierge chaste et pure Dans des rêves d'amour je veille et je m'endors. Quelqu'un m'apprendra-t-il ce que c'est qu'un remords?

L'argument de Vintras, pour légitimer son inspiration, n'est donc pas concluant, puisqu'il a servi également à Lacenaire pour excuser et même pour légitimer aussi, non plus des rêveries, mais des crimes.

Condamnés par le pape, les sectaires de Tilly-sur-Seules condamnèrent le pape à leur tour, Vintras, de son autorité privée, s'est créé souverain pontife. La forme de ses vêtements sacerdotaux lui a été révélée: il porte un diadème d'or avec un lingam indien sur le front, il revêt une robe de pourpre et tient en main un sceptre magique terminé par une main dont les doigts sont fermés à l'exception du pouce et de l'auriculaire, les doigts consacrés à Vénus et à Mercure, hiéroglyphe de l'hermaphrodite antique, emblème des anciens cultes orgiaques et des priapées du sabbat. Ainsi les réminiscences et les reflets de la magie noire apportés par la lumière astrale viennent rattacher aux mystères de l'Inde et au culte profane du Baphomet, les extases de ce malade contagieux dont l'infirmerie est à Londres, et qui continue à y faire des prosélytes et des victimes.

Aussi l'exaltation du pauvre prophète n'est-elle pas toujours exempte d'épouvante et de remords, quoi qu'il en dise, et parfois il laisse échapper les plus tristes aveux. Voici ce que nous trouvons dans une lettre adressée à un de ses plus intimes amis:

[488] «Je suis toujours en attente de nouveaux tourments. Demain arrive la famille Verger, je vais voir sur leurs traits la pureté de leur âme s'annonçant par leur joie; on rappellera tout mon bonheur passé; on citera des noms que je prononçais avec amour dans des temps peu éloignés. Enfin, tout ce qui fera les délices des autres sera pour moi de nouvelles tortures! Il faudra être à table; tandis que l'on fouillera mon coeur avec un glaive, je devrai sourire! Oh! si pourtant ces paroles terribles que j'ai entendues n'étaient pas éternelles, je chérirais encore mon cruel supplice! Pardon, mon cher, je ne pourrais vivre sans aimer Dieu!

»Écoutez, si votre charité d'homme vous le permet, comme ministre du Dieu vivant, je ne la réclame pas, celui que votre maître a vomi de sa bouche doit être maudit de vous:

»Dans la nuit de dimanche à lundi (17 au 18 mai) un songe affreux a porté dans mon âme comme dans mon corps un coup mortel. J'étais à Sainte-Paix, il n'y avait plus personne au château; cependant les portes en étaient ouvertes. Je suis promptement monté à la sainte chapelle; j'allais en ouvrir la porte quand j'ai vu écrit sur cette porte, en caractères de feu: «N'approche pas de ce lieu, toi que j'ai vomi de ma bouche!» Je n'ai pu descendre; je suis tombé anéanti sur la première marche; mais jugez de mon effroi quand je n'ai plus vu autour de moi qu'un large et profond abîme! il y avait dans le fond des monstres hideux qui m'appelaient leur frère!

»La pensée me vint en ce moment que le saint archange aussi [489] m'appelait son frère. Quelle différence! lui faisait bondir mon âme de la plus vive allégresse; et ceux-ci, en les entendant m'appeler ainsi, je me tordais dans des convulsions semblables à celles que leur faisait éprouver la vertu que Dieu avait attachée à ma croix de grâce lors de leur apparition du 28 avril dernier.

»Je cherchais à me cramponner à quelque chose pour éviter de rouler dans ce gouffre sans fond. Je priais la mère de Dieu, la divine Marie, je l'appelais à mon secours. Elle était sourde à ma voix! Pendant ce temps je roulais toujours laissant des lambeaux de ma chair aux pointes rocailleuses qui bordaient cet effroyable abîme! Tout à coup, des tourbillons de flammes s'élèvent vers moi de la profondeur où j'allais bientôt tomber. J'entendais les cris d'une joie féroce, et je ne pouvais plus prier. Tout à coup, une voix plus effrayante que les longs retentissements du tonnerre dans un violent orage retentit à mes oreilles. J'entendis ces mots: «Tu croyais me vaincre et tu vois que je t'ai vaincu; je t'ai appris à être humble à ma manière: viens goûter mes douceurs, deviens un de mes meilleurs; apprends à connaître le tyran du ciel; viens avec nous lui vomir des blasphèmes et des imprécations: toute autre chose est inutile pour toi maintenant!» Puis partant d'un long éclat de rire il m'a dit: «Regarde Marie, celle que tu appelais ton bouclier contre nous, vois son sourire gracieux, entends sa douce voix.»

»Mon cher, je l'ai vue au-dessus de l'abîme: ses yeux d'un bleu céleste se sont remplis de feu, ses lèvres vermeilles sont devenues violettes, sa voix si suave et si divine s'est changée, elle est devenue dure et terrible! elle m'a lancé ces mots comme [490] une foudre: «Roule, orgueilleux, dans ces lieux remplis de feu qu'habitent les démons!»

»Tout mon sang reflua vers mon coeur; je crus que l'heure était sonnée où l'enfer terrestre allait faire place à l'enfer éternel! j'ai pu encore rassembler quelques mots de l'Ave Maria; je ne sais combien j'ai été de temps; je sais que j'ai trouvé la domestique couchée en rentrant: elle m'a dit qu'il était tard.

»Ah! si je fais connaître aux ennemis de l'oeuvre de la miséricorde ce qui se passe en moi, n'est-ce pas qu'ils crieraient victoire? ils diraient que ce sont bien là les preuves d'une monomanie. Plût à Dieu que cela fût! je serais moins à plaindre! Mais ne craignez rien, si Dieu ne veut pas entendre ma voix pour moi je prierai pour lui qu'il double mes souffrances, mais qu'il les cache à ses ennemis.»

Ici l'hallucination triomphante s'élève jusqu'au sublime Vintras consent à être damné, pourvu qu'on ne dise pas qu'il est fou; dernier instinct du prix inestimable de la raison qui survit à la raison même: l'homme ivre n'est préoccupé que de la crainte de passer pour ivre; l'insensé et le monomane demandent la mort plutôt que d'avouer leur délire. C'est que, suivant la belle sentence de Cèbes que nous avons déjà citée, il n'y a pour l'homme qu'un bien désirable, c'est la sagesse qui est l'usage de la raison, et il n'y a aussi qu'un véritable et suprême malheur à redouter, c'est la folie.

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