CHAPITRE CXXX.
DE LA RETENUE MONARCHIQUE.
La jolie devise italienne cheto fuor, commosso dentro, n'aurait rien dit dans l'antiquité, où chaque homme avait des droits en proportion de son émotion. Voilà des sources charmantes qui n'existaient pas pour les beaux-arts. Le plus grand défaut d'une belle figure est de ressembler à l'idée de beauté que nous avons dans la tête.
Ainsi le charme divin de la nouveauté manque presque entièrement à la beauté. Lorsqu'il s'y trouve réuni, il y a ravissement[365].
La laideur idéale, au contraire, possède cet avantage, que l'œil en parcourt les parties avec curiosité. Dans les pays heureux, où l'âme peut suivre le sentier brillant de la volupté, ce principe a la plus grande influence sur la vie: mais les beaux-arts n'arrivent point jusque-là.
L'air mutin, l'imprévu, le singulier, font la grâce, cette grâce impossible à la sculpture, et qui échappe presque en entier aux Guide et aux Corrége.
Quelle différence en musique! Cet air charmant de Rossini[366], cet air de la plus grande beauté n'est point flétri par le plus triste des caractères, l'imitation. Il est vrai que, pour les âmes vulgaires, la peinture tient de plus près à certains plaisirs[367].
Avec quelle idolâtrie seront reçus les chefs-d'œuvre du Raphaël des temps modernes, de l'artiste étonnant qui saurait ôter ce défaut à la beauté!
[365] L'arrivée en Italie.
[366] Voir l'opéra de Tancredi. Je pensais ce soir, en entendant ce chef-d'œuvre du Guide de la musique, que le degré de ravissement où notre âme est portée fait le thermomètre du beau musical; tandis que, du plus grand sang-froid du monde, si l'on me présente un tableau de Louis Carrache, je pourrai dire: «Cela est de la première beauté.»
[367] The smile which sank into his heart, the first time he beheld her, played round her lips ever after: the look with which her eyes first met his, never passed away. The image of his mistress still haunted his mind, and was recalled by every object in nature. Even death could not dissolve the fine illusion: for that which exists in imagination is alone imperishable. As one's feelings become more ideal, the impression of the moment indeed becomes less violent, but the effect is more general and permanent. The blow is felt only by reflection; it is the rebound that is fatal. (Biography of the A.)