‹ Histoire de la SuisseChapitre 15 sur 26 · 11 LECTURE

11 LECTURE

Rodolphe de Habsbourg. — La famille de Habsbourg, à laquelle était réservée une si brillante destinée, resta longtemps assez obscure. Elle habitait un modeste château de l’Argovie, transformé aujourd’hui en une simple ferme. Grâce à des héritages, elle s’enrichit et accrut ses possessions, non seulement dans la région avoisinant sa demeure, mais jusque dans les contrées qui forment actuellement les cantons de Lucerne, de Schwytz et d’Unterwald.

Le comte Rodolphe, qui devait si grandement illustrer le nom de Habsbourg, naquit en 1218. On a peu de détails sur sa jeunesse. Il combattit en Italie où il se montra très courageux. Son ambition était grande et, pour la satisfaire, il usa de ruse et même de perfidie à l’égard de divers membres de sa famille. On le représente cependant comme un homme aimable, qui possédait le don de plaire et qui sut rester simple de manières, même au milieu des honneurs. Il avait six pieds et demi de haut, dit un de ses biographes, l’aspect vigoureux, le front large, le teint pâle, les cheveux blonds, les yeux bleus et animés. Sa figure, ordinairement
Fig. 42. — Rodolphe de Habsbourg, empereur.
(D’après une fresque de la Salle impériale, à Francfort-sur-le-Main.) pensive et sérieuse, s’adoucissait dès qu’il parlait. Gai de caractère, il aimait à plaisanter et gardait sa bonne humeur même dans les circonstances difficiles. On cite de lui ce trait qu’un jour, étant dans une brasserie et trouvant la bière de son goût, il s’avança sur le seuil et invita les passants à venir se rafraîchir à ses frais. C’est ainsi qu’il savait se rendre populaire

La période qui s’écoula de 1250 à 1273 fut très malheureuse pour l’empire d’Allemagne. On l’a appelée le grand interrègne, parce qu’il n’y eut pas alors, en réalité, de gouvernement impérial et que, même, le trône resta complètement inoccupé pendant plusieurs années. Les seigneurs n’eurent plus de maître ; chacun d’eux chercha à étendre ses domaines par tous les moyens et le plus souvent par la force. Plus de loi, plus de sécurité pour le faible. Les campagnes furent dévastées par les guerres. Des troupes de chevaliers pillards pratiquaient en grand le brigandage.

Les États de Rodolphe s’accrurent alors beaucoup, particulièrement dans l’Argovie, la Thurgovie, les pays de Zurich, de Lucerne et de Zoug. Pour les augmenter encore, ce prince déclara même la guerre à Pierre de Savoie ; de ce côté toutefois, il éprouva un échec. Il fut plus aimable avec la ville de Zurich, qu’il aida puissamment dans sa lutte contre les seigneurs du voisinage. Mais il fit la guerre à l’évêque de Bâle au sujet de la possession de territoires situés en Alsace ; la lutte fut violente et sanglante. À la fin, en 1273, il arriva avec une forte armée pour faire le siège de la ville. Les Bâlois, après s’être vaillamment défendus, étaient sur le point de se rendre, lorsque la nouvelle se répandit que Rodolphe venait d’être élu empereur. La ville s’empressa de lui ouvrir ses portes et de lui prêter hommage.

Le nouvel empereur chercha, par une bonne administration, à mettre fin aux maux causés par le grand interrègne. Il réprima le brigandage et fit exécuter un grand nombre de chevaliers pillards. Pour fortifier son pouvoir, il s’appuya sur l’Église. Il se rencontra avec le pape Grégoire X, à Lausanne, à l’occasion de l’inauguration de l’admirable cathédrale de cette ville. C’était le 19 octobre 1275. Le pape était accompagné de sept cardinaux, de dix-sept évêques et d’un grand nombre d’abbés et de religieux. L’empereur avait avec lui sa famille, sept princes régnants, quinze comtes et une foule de barons et de nobles. La cérémonie et les fêtes furent des plus brillantes.

Un prince puissant, Ottokar, roi de Bohême, ayant refusé de prêter hommage à l’empereur, celui-ci lui déclara la guerre et le battit complètement. Rodolphe profita de sa victoire pour s’emparer du duché d’Autriche et de territoires voisins qu’il donna à ses fils, et dont il fit une possession héréditaire de sa famille. Dès lors sa maison est désignée sous les deux noms de maison de Habsbourg et maison d’Autriche. Elle devint l’une des plus puissantes de l’Europe et ce sont ses descendants qui occupent encore aujourd’hui le trône d’Autriche-Hongrie.

L’empereur Rodolphe s’occupa activement aussi des affaires de notre pays. Les comtes de Neuchâtel, qui l’avaient combattu, encoururent sa disgrâce ; ils durent reconnaître comme suzeraine la maison de Chalon. Rodolphe déclara la guerre à la ville de Berne, qui dut faire sa soumission mais garda son rang de ville impériale. Il acquit à prix d’argent Fribourg et Lucerne, s’empara de la vallée d’Urseren et plaça le pays de Glaris sous son autorité. À sa mort, en 1291, une grande partie de la Suisse actuelle lui appartenait. Son projet de constituer entre le Rhin, les Alpes et le Jura une principauté dépendant des Habsbourg était presque réalisé. Mais, comme nous le verrons, son œuvre ne devait pas durer.

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