‹ Histoire de la SuisseChapitre 16 sur 26 · CHAPITRE V INSTITUTIONS MŒURS ET COUTUMES AU MOYEN ÂGE

CHAPITRE V INSTITUTIONS MŒURS ET COUTUMES AU MOYEN ÂGE

1. La féodalité. — Dès le temps de Charlemagne, les guerriers avaient la coutume de jurer à leur chef de lui rester toujours fidèle et de combattre pour lui. Le chef appelait le guerrier mon homme ou mon vassal (c’est-à-dire serviteur) ; le vassal appelait son chef mon seigneur. Le vassal devait suivre son seigneur à la guerre. Le seigneur le récompensait de ses services en l’entretenant, en lui fournissant des armes et un cheval, et en lui donnant un domaine.

Ce domaine donné en salaire était appelé un fief. Le seigneur qui accordait le fief se nommait le suzerain ou le seigneur suzerain. Les seigneurs de petite noblesse prêtaient serment à des seigneurs plus puissants, tels que les barons, les comtes, les ducs. À leur tour, les comtes et les ducs prêtaient serment au roi. Ainsi, chacun était à la fois vassal et suzerain. Le serment de fidélité prêté par le vassal s’appelait l’hommage, parce qu’il faisait du vassal l’homme de son seigneur.

Fig. 43. — Un hommage au moyen âge.

Fig. 44. — Armement d’un chevalier.

Parmi les nobles, les chevaliers formaient une classe spéciale. Pour devenir chevalier, le jeune noble devait avoir appris le métier de la guerre et servi comme page et comme écuyer auprès d’un seigneur. Vers la vingtième année, il était reçu en grande cérémonie dans le corps de la chevalerie. La principale occupation des chevaliers était le métier des armes. En temps de paix, ils se livraient à des jeux guerriers, à des tournois, combats simulés parfois très meurtriers.

Au-dessous des nobles, se trouvait la population travailleuse, formée des hommes libres et des serfs.

On donne à cette organisation compliquée le nom de régime féodal ou de féodalité.

2. L’Église. — La ferveur religieuse était grande au moyen âge. L’Église catholique jouissait d’une influence considérable. Les rois et les princes, comme le peuple, lui obéissaient. Celui qui lui résistait ouvertement et luttait contre elle était excommunié ; il devenait un être maudit dont chacun, même sa femme et ses enfants, s’éloignait. Privé de tout appui, il était obligé de se soumettre.

L’Église s’était enrichie par les redevances que lui payaient les fidèles et par les dons considérables qu’elle recevait. Les évêques et les abbés, ou supérieurs des abbayes, étaient de véritables seigneurs ayant de vastes domaines, des vassaux et de nombreux serfs. On compte qu’il y avait en Suisse, au XIII siècle, environ 300 couvents.

Le moyen âge est l’époque de la construction de la plupart des grandes cathédrales, non seulement en Suisse, mais dans toute l’Europe occidentale. Une foi religieuse intense portait les populations à donner largement pour élever ces édifices magnifiques.

C’est aussi cette foi qui les poussa à entreprendre les grandes expéditions appelées croisades

Fig. 45. — Tournoi.

Elles eurent pour but de délivrer Jérusalem et la Palestine de la domination des Turcs. Les guerriers chrétiens de tous les pays partirent en foule et, parmi eux, un grand nombre de seigneurs et

Fig. 46. — Chevalier en costume de croisé.
(D’après une ancienne gravure.)de paysans de la Suisse actuelle. Ces expéditions furent tout d’abord victorieuses. Les chrétiens s’emparèrent de Jérusalem en 1099. Mais plus tard, ils éprouvèrent des défaites. Toute la Palestine retomba définitivement aux mains des Turcs.

3. La population des campagnes. — Au moyen âge la population campagnarde se divisait en hommes libres et en serfs.

Les hommes libres sont libres de leur personne et possèdent en toute propriété le sol qu’ils cultivent. L’exemple le meilleur que l’on puisse fournir est celui des montagnards de Schwytz, qui ne reconnaissaient d’autre seigneur que l’empereur ou son représentant.

La condition des serfs est beaucoup moins bonne. Ils sont attachés à la glèbe, c’est-à-dire au domaine du seigneur. Le serf a une famille, une maison, un champ, mais il n’est que fermier et ne peut pas quitter le domaine. Il doit payer au seigneur des redevances, en particulier la taille ou impôt en argent ; il doit aussi cultiver la terre du seigneur.

Entre l’homme libre et le serf, il y a des situations intermédiaires ; il y a des hommes appelés libres qui ne le sont qu’en partie et des serfs qui ne sont pas complètement assujettis. D’ailleurs les serfs des évêques et des couvents, de même que les serfs des seigneurs qui servent directement leurs maîtres comme domestiques, sont mieux traités que les autres. Le sort des serfs s’améliora peu à peu et beaucoup d’entre eux parvinrent à s’affranchir en rachetant les droits que les seigneurs avaient sur eux.

En Suisse, la nature montagneuse du sol rendait la résistance aux seigneurs plus facile que dans les pays voisins. Jamais la noblesse n’y est parvenue à se rendre aussi complètement maîtresse du pays. Il y subsista, surtout dans la Suisse centrale, un plus grand nombre d’hommes libres qu’ailleurs et le peuple parvint plus rapidement à s’émanciper de l’autorité des seigneurs. Certaines terres, formées de pâturages et de forêts, restèrent la propriété commune des paysans

Fig. 47. — Paysans apportant leurs redevances au seigneur.
(D’après un dessin de Bachmann.)

habitant des fermes ou des hameaux voisins ; c’est là l’origine des biens communaux.

Dans plusieurs vallées, par exemple dans celle d’Uri, les habitants prirent la coutume de se réunir une fois par année, en assemblée générale, pour discuter leurs intérêts communs. Ces assemblées, appelées Landsgemeinde, se sont conservées jusqu’à nos jours dans les cantons d’Uri, d’Unterwald, de Glaris et d’Appenzell. Le chef (ou ammann) de l’une des communes de la vallée présidait la Landsgemeinde et recevait de ce fait, le titre de Landammann.

4. Les villes et la bourgeoisie. — Les anciennes villes romaines avaient été en grande partie détruites lors des invasions germaniques. C’est au moyen âge que se sont fondées la plupart des villes actuelles de la Suisse. Elles durent leur existence ou leur accroissement à la protection d’un évêque, d’un abbé ou d’un seigneur. Leurs débuts furent modestes. Longtemps elles ne se distinguèrent des villages que parce qu’elles étaient entourées d’une muraille fortifiée et qu’il s’y tenait des marchés et des foires. C’est du bourg ou château fort qui défendait la cité, qu’est venu le mot de bourgeois, par lequel on désignait les habitants des villes.

Les villes s’enrichirent par le commerce ; diverses industries prirent naissance, en particulier celles des toiles, des étoffes de laine et de soie, ainsi que celle des cuirs.

Peu à peu les bourgeois, tantôt en se révoltant, tantôt en payant de fortes sommes, cherchèrent à obtenir de leur seigneur qu’il leur concédât certains droits. Ces droits étaient mentionnés dans un écrit qu’on appelait une charte de libertés et de franchises.

Dans la plupart des villes, les citoyens arrivèrent à se constituer, sous l’autorité du seigneur, en une communauté ou commune, qui avait à sa tête ses magistrats et son conseil. Ce fut en particulier le cas de Genève, Lausanne, Neuchâtel. À Bâle, le premier magistrat portait le titre de bourgmestre ; à Berne, Fribourg, Soleure, celui d’avoyer. À Genève, les magistrats élus par les bourgeois se nommaient les syndics. Dans le Pays de Vaud, les députés des villes se réunissaient avec la noblesse, à Moudon, en une assemblée appelée les États de Vaud.

5. La justice. — L’un des principaux droits du seigneur sur ses sujets était de rendre la justice. En signe de son droit, il fait dresser sur sa terre un gibet. Il frappe d’amendes plus ou moins fortes ceux qui commettent des contraventions ; le produit de ces amendes appartient au seigneur. Il peut condamner à mort les criminels et les voleurs, et confisquer leurs biens. Avec le temps, dans les villes, les habitants parvinrent à enlever aux seigneurs le droit de rendre la justice et le confièrent à des notables pris parmi les bourgeois.

Dans les procès difficiles, lorsqu’on avait de la peine à découvrir le coupable, on faisait battre en duel les deux adversaires. Le vainqueur gagnait le procès. On employait aussi un autre moyen, appelé le jugement de Dieu. On faisait subir une épreuve à l’accusé, dans la pensée que Dieu, par un miracle, devait indiquer s’il était coupable ou non. Comme épreuves, on faisait porter à l’accusé un fer rouge pendant quelques pas ou tremper la main dans une chaudière d’eau bouillante ; si quelques jours après, sa main était sans blessure, il était considéré comme innocent. Dans d’autres cas, on le jetait attaché dans une mare ; s’il enfonçait, il avait gagné. Ces coutumes étaient bien cruelles. À la fin, l’Église ordonna de les supprimer.

6. La Trêve de Dieu. — Le moyen âge fut une époque de guerres. Au X siècle surtout, les luttes entre seigneurs étaient devenues si fréquentes et causaient de si grands ravages dans les campagnes que l’Église chercha à y porter remède. C’est grâce à elle que fut proclamée la Trêve de Dieu. En 1036, Hugues, évêque de Lausanne, convoqua une grande assemblée composée d’évêques et de nobles. Elle se réunit sur la colline de Mont-Riond, près d’Ouchy. Les seigneurs jurèrent de ne pas s’attaquer aux églises, aux moines désarmés, aux marchands inoffensifs, et de ne pas se battre durant la Trêve de Dieu. Cette trêve durait chaque semaine du mercredi soir au lundi matin suivant, et, en outre, pendant les grandes fêtes religieuses. Le peuple accueillit cette décision avec des transports de joie, aux cris de « Dieu le veut ! Paix ! Paix ! » La Trêve de Dieu fit beaucoup de bien, mais elle ne fut pas toujours observée.

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