‹ Histoire de la SuisseChapitre 18 sur 26 · 13 LECTURE

13 LECTURE

Châteaux et églises au moyen âge. — Après les invasions germaniques en Helvétie, les solides constructions de pierre des Romains avaient fait place à des maisons beaucoup plus modestes et construites en bois. Même dans les villes, les maisons n’avaient qu’un étage. Les rues étaient mal

Fig. 51. — Château de Kibourg au XVI siècle.

pavées, pleines de flaques ; en dehors du quartier commerçant, les vaches et les porcs se promenaient
Fig. 52. — Chevalier revêtu de la cotte de mailles. librement. Les maisons n’avaient rien d’élégant ; les chambres étaient basses et étroites et le jour n’y pénétrait que par de petites fenêtres aux carreaux de toile ou de papier huilé. Les lits étaient un luxe ; pour dormir, les bourgeois se contentaient d’une peau de mouton ou d’une paillasse placée directement sur le plancher. C’est à partir du treizième siècle que l’on se mit à construire en pierre les maisons d’habitation et que ces demeures devinrent plus spacieuses et plus commodes.

Au chevalier, les maisons ordinaires ne suffisent pas ; il vit pour la guerre et a d’autres besoins que le paysan et le bourgeois. Pour se défendre, il revêt une longue tunique de mailles de fer et couvre sa tête d’un casque d’acier ; il est armé d’une lance et d’une épée et pare les coups au moyen d’un bouclier. Sa demeure est fortifiée ; dans les premiers temps, c’est principalement une forte tour en bois, établie sur la hauteur et protégée par un fossé et un talus. Puis la construction prend plus d’importance. La pierre y remplace le bois. La tour principale, nommée le donjon, est réservée au seigneur ; c’est là qu’il habite avec sa famille, là qu’il met en lieu sûr son trésor, là aussi que se trouve la grande salle dite salle des chevaliers ou des gardes, où il reçoit ses vassaux et ses invités. D’autres bâtiments servent de logements aux serviteurs du seigneur et à ses soldats ou sont réservés pour les cuisines, les écuries, les greniers, etc. Ces constructions sont protégées par une épaisse muraille d’enceinte, garnie de tours et entourée de fossés profonds ou de précipices. L’ensemble forme une forteresse facile à défendre, à laquelle

Fig. 53. — Salle d’une maison du XIV siècle (1306 environ), à Zurich
(Cette salle a été reconstituée au Musée national. Le plafond est orné d’armoiries de seigneurs de la Suisse orientale.)

Fig. 54. — Château de Vufflens.

on donne le nom de castel ou château, et en pays allemand celui de burg.

Au douzième et au treizième siècle, il a été construit en Suisse un nombre considérable de châteaux. Le pays d’Unterwald, par exemple, en comptait 32 ; les Grisons, 149. Beaucoup ont complètement disparu ou n’ont laissé que des ruines pittoresques qui ornent le sommet des collines. D’autres ont subsisté jusqu’à nos jours et gardé leur fier aspect. L’admirable château de Chillon, si bien conservé, peut servir de type de la forteresse féodale. Aujourd’hui que la paix la plus complète règne en Suisse, nous avons de la peine à nous représenter le temps où de nombreux châteaux fortifiés dominaient nos campagnes et où les seigneurs couverts d’armures en sortaient pour guerroyer les uns contre les autres et piller les voyageurs et les marchands.

Fig. 55. — Plan de la cathédrale de Lausanne.

Les plus beaux monuments que nous a laissés le moyen âge sont les églises. Un grand nombre d’édifices religieux de notre pays datent de cette époque. Les premières églises furent des bâtiments simples et modestes, mais peu à peu elles prirent des dimensions plus vastes. On leur donna la forme d’une croix (fig. 55). La branche principale est formée par la nef, où se réunissent les fidèles ; l’autre branche, par le transept. De chaque côté de la nef se trouvent les galeries appelées les bas côtés. La tête de la croix est le chœur, où se tiennent les prêtres et où ont lieu les cérémonies.

Pour les voûtes, on employa d’abord le plein cintre, c’est-à-dire la forme en demi-cercle. Les portes, les fenêtres avaient aussi cette forme. On donne à ce mode de construction le nom d’architecture romane. Dans la Suisse occidentale, on peut citer, parmi les plus anciens édifices romans, l’église de Romainmôtier, qui fut terminée vers la fin du XI siècle, et l’église abbatiale de Payerne.

Fig. 56. — Voûte romane.

L’architecture romane a marqué un progrès, mais elle est lourde et massive. Avec le temps, on chercha à construire des monuments plus vastes et plus élevés. À partir du XII siècle, l’arcade ronde en plein cintre fut remplacée par l’arcade en pointe appelée ogive. Le portail, les fenêtres, les voûtes reçurent cette forme, qui est beaucoup plus élégante. En même temps, les murs furent percés de nombreuses fenêtres sculptées. Tout l’édifice, au dehors et au dedans, se couvrit de sculptures ; certaines parties, particulièrement ornées, devinrent comme une dentelle de pierre. Ce genre de construction est appelé architecture

Fig. 57. — Église de Romainmôtier.

Fig. 58. — Vue d’ensemble de la cathédrale de Lausanne.

Fig. 59. — La Collégiale, à Neuchâtel.

Fig. 60. — La grande nef de la cathédrale de Saint-Pierre, à Genève ; au fond, le chœur.

gothique. Les églises gothiques sont plus imposantes que les églises romanes et ont en même temps une apparence plus légère et plus gaie. Leurs voûtes hardies, qui s’élancent vers le ciel, sont si hautes qu’elles semblent se perdre dans l’espace.

Parmi les cathédrales gothiques de la Suisse, celle de Saint-Pierre, à Genève, a été construite au XII siècle. À Neuchâtel, l’église appelée Collégiale date aussi du XII siècle ; elle appartient au style roman par son chœur et au gothique par sa nef. La cathédrale de Lausanne, véritable merveille de l’art ogival, a été inaugurée en 1275. On ne sait pas exactement à quelle date a été édifiée la cathédrale de Saint-Nicolas, à Fribourg ; le premier document certain qui en parle est de 1314. La cathédrale de Berne, commencée en 1421, n’a été achevée qu’en 1573, mais la tour est de construction récente.

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