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L’abbaye de Saint-Gall. — L’abbaye de Saint-Gall doit son origine au modeste ermitage que le missionnaire irlandais Gall fonda au milieu des forêts vers l’an 614. Elle se développa grâce au travail des moines, aux dons qu’elle reçut des rois et des seigneurs, et devint au neuvième et au dixième siècle le monastère le plus célèbre de la Suisse. En 926, elle eut à souffrir de l’invasion des bandes sauvages des Hongrois, qui détruisaient tout sur leur passage. Mais les religieux, avertis de l’approche de ces barbares, purent heureusement trouver à temps un refuge.
Le nombre ordinaire des moines dépassait la centaine. Il y avait en outre de nombreux domestiques, des ouvriers, des pensionnaires, de sorte que l’ensemble des constructions nécessaires pour abriter cette population formait une petite ville. L’église et les bâtiments réservés aux moines en occupaient la partie centrale. Tout autour se trouvaient les cuisines, la boulangerie, les ateliers, les écoles, l’infirmerie, les écuries, le cimetière, etc. L’église était richement décorée. On y voyait des fenêtres claires en verre, chose rare pour l’époque, des lustres montés en or et en argent, des crucifix ornés
Fig. 48. — L’abbaye de Saint-Gall au XI siècle.
Fig. 49. — Spécimen de gravure ornant un manuscrit de l’abbaye de Saint-Gall.
(Un moine offrant son ouvrage à saint Gall.)
de pierres précieuses et d’autres curiosités qui faisaient l’admiration des visiteurs.
Les moines devaient une obéissance absolue à leur supérieur, c’est-à-dire à l’abbé. Ils ne pouvaient rien recevoir en don ou en héritage ; tout devait être donné à l’abbaye. La nourriture était très simple ; elle se composait ordinairement de soupe et de légumes. La vie au couvent était fixée heure par heure. La règle ordonnait aux religieux de se réunir pour chanter la prière en commun, d’abord aux matines qui commençaient à deux heures du matin, puis six fois pendant le jour. Les moines savaient sculpter le bois, fondre les cloches, ciseler les métaux précieux. Ils copiaient des manuscrits et les ornaient d’images peintes dont les superbes couleurs se sont conservées intactes jusqu’à nos jours. La bibliothèque du couvent était regardée comme la plus riche de l’époque. Elle comptait 400 volumes, entièrement écrits à la main car l’imprimerie n’existait pas encore.
Le couvent de Saint-Gall fut surtout célèbre par ses écoles où étaient réunis jusqu’à trois cents élèves. Ses moines avaient dans toute l’Europe une grande réputation de savants et d’artistes. Ils enseignaient le latin, le grec, l’hébreu, l’allemand, la géométrie, l’arithmétique, la médecine, la musique. Les élèves étaient soumis à une discipline sévère et, pour des fautes légères, ils étaient punis de la verge. Aussi leur docilité était grande. On raconte qu’en 911, un roi allemand, Conrad I, qui visitait l’abbaye, fit répandre sur le sol de l’église, pendant une procession des
Fig. 50. — Maître tenant à la main des verges.
(D’après un manuscrit du XIII siècle.) élèves, une corbeille d’excellentes pommes ; mais aucun d’entre eux ne se laissa déranger et ne se baissa pour en ramasser. On dit aussi que le roi les fit venir vers lui et leur plaça à chacun une monnaie d’or dans la bouche. L’un d’eux la rejeta avec mépris. « Ah ! s’écria Conrad, celui-là fera un bon moine. » Charmé de sa visite, le roi accorda aux élèves trois jours de congé et fit des présents au couvent.
L’abbaye était très riche ; elle possédait de vastes domaines dans la Thurgovie, le pays de Zurich, l’Argovie et l’Alsace. Ses fermes, ses pâturages, ses forêts lui rapportaient des revenus qui ne firent qu’augmenter. Avec le temps, elle devint puissante, mais perdit de sa réputation comme centre d’études et de science.