CHAPITRE XXVII
La dernière journée.—Lettre de Marie-Antoinette à Mme Élisabeth.—La Reine s'habille et se jette quelques instants sur son lit.—L'abbé Girard.—Le bourreau Samson.—Préparatifs dans Paris.—La Reine monte dans la charrette des condamnés.—Le trajet de la Conciergerie à la place de la Révolution.—Le comédien Grammont et la citoyenne Lacombe.—L'échafaud.—La mort.—Conclusion.
Il est quatre heures et demie du matin; dans quelques heures, le bourreau viendra réclamer sa victime. La Reine demande de l'encre; avant de mourir, elle a besoin d'épancher son âme et d'envoyer à ses enfants et à sa belle-sœur ses dernières pensées avec ses dernières larmes. C'est à Mme Élisabeth qu'elle écrit:
«Ce 16 octobre, à 4 h. ½ du matin.
«C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois. Je viens d'être condamnée, non pas à une mort honteuse,—elle ne l'est que pour les criminels,—mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. Je suis calme, comme on l'est quand la conscience ne reproche rien. J'ai un profond regret d'abandonner mes enfants. Vous savez que je n'existais que pour eux, et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui avez, par votre amitié, tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse!»
«J'ai appris, par le plaidoyer même du procès, que ma fille était séparée de vous; hélas! la pauvre enfant, je n'ose pas lui écrire[1654]; elle ne recevrait pas ma lettre; je ne sais pas même si celle-ci vous parviendra[1655]. Recevez pour eux deux ma bénédiction; j'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer, que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en fera le bonheur. Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère, par les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer. Que mon fils, à son tour, rende à sa sœur tous les soins, tous les services que l'amitié peut inspirer. Qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union. Qu'ils prennent exemple de nous: combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolation, et, dans le bonheur, on jouit doublement, quand on peut le partager avec un ami, et où en trouver de plus tendre et de plus uni que dans sa famille? Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément: «qu'il ne cherche jamais à venger notre mort!»
«J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine. Pardonnez-lui, ma chère sœur; pensez, à l'âge qu'il a, combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut et même ce qu'il ne comprend pas. Un jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de vos tendresses pour tous deux.»
«Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurais voulu vous les écrire dès le commencement du procès; mais, outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche a été si rapide que je n'en aurais réellement pas eu le temps.»
«Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée et que j'ai toujours professée. N'ayant aucune consolation spirituelle à attendre; ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion,—et même le lieu où je suis les exposerait trop, s'ils y entraient une fois,—je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre, depuis que j'existe; j'espère que, dans sa bonté, il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu leur causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis adieu à mes tantes et à tous mes frères et sœurs. J'avais des amis: l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant: qu'ils sachent du moins que jusqu'à mes derniers moments j'ai pensé à eux.»
«Adieu, ma bonne et tendre sœur: puisse cette lettre vous arriver! Pensez toujours à moi; je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu! qu'il est déchirant de les quitter pour toujours! Adieu! Adieu! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre de mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre; mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger.»
La Reine a pleuré en écrivant cette lettre, non pas sur elle-même, mais sur ses enfants. Elle a pleuré, en songeant aux mains indignes entre lesquelles elle laisse son fils, à ce qu'on lui a déjà fait dire et faire, à ce qu'on le forcera peut-être de dire et de faire encore. Mais il ne faut pas que ces pensées l'amollissent; elle a besoin de tout son courage et de toutes ses forces pour mourir. Elle refoule ses larmes, donne sa lettre au concierge Bault[1656] et se met à genoux, répandant longuement devant Dieu son âme tout entière[1657]. Elle se relève, mange à la hâte une aile de poulet et un petit pain[1658], quitte sa pauvre chemise, toute tachée par les hémorrhagies qui l'épuisent depuis un mois, en met une autre que lui procure la femme du concierge[1659], et, brisée par tant d'émotions, se jette tout habillée sur son lit, enveloppe ses pieds dans une couverture et s'endort[1660].
A six heures, on la réveille: «Voilà, lui dit-on, un curé de Paris, qui demande si vous voulez vous confesser.»—«Un curé de Paris,» murmure-t-elle, il n'y en a guère[1661].» Le prêtre s'avance; il est vêtu en laïque[1662]; c'est un abbé Girard, curé de Saint-Landry, dans la Cité. La Reine le remercie; mais, fidèle à l'engagement qu'elle a pris dans sa lettre, elle refuse de se servir du ministère d'un schismatique. Ce ministère, d'ailleurs, elle n'en a pas besoin. Dieu lui a fait la grâce de lui envoyer, quelques jours auparavant, un prêtre fidèle[1663]; et, s'il faut en croire Madame Royale, ce matin même, agenouillée devant sa fenêtre, elle aurait reçu l'absolution et la bénédiction du curé de Sainte-Marguerite, détenu en face d'elle[1664].
La Reine a froid; l'atmosphère déjà fraîche des premières nuits d'automne, les brouillards du fleuve, l'humidité de la prison glacent son sang dans ses veines. Sur le conseil de l'abbé Girard, elle place un oreiller sur ses pieds et s'absorbe dans le recueillement de ses pensées et de ses muettes prières[1665].
A sept heures, un nouveau personnage entre dans la prison; c'est le dernier acteur de ce drame lugubre, le bourreau. «Vous venez de bonne heure, Monsieur,» lui dit Marie-Antoinette, «ne pourriez-vous pas retarder?»—«Non, Madame, j'ai ordre de venir[1666].» La Reine coupe elle-même ses cheveux[1667] et Samson procède rapidement à la fatale toilette. Puis on attend. Le prêtre essaie quelques exhortations, la Reine ne les écoute que d'une oreille distraite. Sa pensée n'est plus là. Mais l'abbé Girard s'étant hasardé à dire: «Votre mort va expier...»—«Ah!» interrompt-elle vivement, «des fautes, mais pas un crime[1668].»
Dès cinq heures du matin, le rappel a été battu dans les quarante-huit sections de Paris. A sept heures, toute la force armée est sur pied; des canons ont été rangés aux extrémités des ponts, places et carrefours, depuis le Palais jusqu'à la place de la Révolution. A dix heures du matin, de nombreuses patrouilles circulent dans les rues[1669]. La foule se presse aux portes de la Conciergerie, impatiente et houleuse; des milliers de sans-culottes[1670] sont là, injuriant leur victime, et attendant leur proie.
A onze heures, un mouvement se fait. La porte de la prison s'ouvre; la Reine paraît, majestueuse et fière, comme à Versailles; vêtue d'un déshabillé de piqué blanc[1671], comme pour un jour de triomphe, a dit un témoin oculaire[1672]; chaussée de souliers de prunelle noire, avec des talons très haut, à la Saint-Huberty[1673]; un fichu de mousseline blanche autour du cou; sur la tête un bonnet de linon sans barbes,—elle n'a pu obtenir d'aller nu-tête à l'échafaud[1674];—les coudes retirés en arrière par une grosse ficelle, dont le bourreau tient l'extrémité; le teint pâle, un peu rouge aux pommettes, les yeux injectés de sang, les cils immobiles et raidis[1675]; la lèvre plissée par un ineffable dédain[1676]. Autour d'elle des gendarmes; près d'elle, le curé de Saint-Landry: «Voulez-vous que je vous accompagne?» a dit le prêtre constitutionnel.—«Comme vous voudrez,» a répondu insoucieusement la Reine[1677].
Trente mille hommes forment la haie, depuis la Conciergerie jusqu'à la place de la Révolution[1678]. Cet appareil militaire, cette crainte d'une évasion possible, d'un complot pour enlever la condamnée pendant le trajet[1679], cette foule immense qui roule comme la vague, c'est le suprême et involontaire hommage rendu à la grandeur de Marie-Antoinette; car on n'a pas eu pour cette majesté déchue les mêmes égards que pour son mari. La voiture qui l'attend, acculée à quelques pas de la porte, n'est point un carrosse, comme pour Louis XVI, c'est l'ignoble charrette des condamnés vulgaires, avec ses roues pleines de boue, une planche pour banquette, sans paille ni foin sur le plancher; pour la traîner, un grossier cheval blanc; pour la conduire, un homme en blouse, à figure sévère et sinistre. La Reine ne peut retenir un mouvement de surprise, à la vue de cet étrange véhicule[1680]; mais elle ne tarde pas à dominer cette émotion passagère.
Au marche-pied, placé derrière la charrette, on ajoute une petite échelle assez large, de quatre ou cinq échelons. Samson offre la main à la condamnée, pour l'aider à franchir les degrés; la Reine refuse d'un geste et monte seule, sans appui. Elle se place sur la banquette, le dos tourné au cheval; le prêtre s'assied près d'elle. «Voici, Madame, lui dit-il, l'instant de vous armer de courage.»—«Du courage,» reprend-elle vivement, il y a «si longtemps que j'en fais l'apprentissage, qu'il n'est pas à croire que j'en manque aujourd'hui[1681].» Le prêtre insiste; elle lui impose silence, en lui répétant avec fermeté «qu'elle n'est point de sa religion, qu'elle meurt en professant celle de son époux et qu'elle n'oubliera pas les principes qu'il lui a répétés tant de fois[1682]». Le bourreau et son aide sont debout, derrière la Reine, le tricorne à la main, appuyés aux parois de la voiture et mettant «un soin visible à laisser flotter à leur gré les cordes» qui lient les mains de la victime et dont ils tiennent les extrémités.
Un pâle soleil d'automne éclaire cette scène. La charrette s'ébranle; les gendarmes ont peine à lui frayer un passage, au milieu de cette masse compacte de sans-culottes et de tricoteuses qui vont bien gagner leur journée. Un silence étrange règne dans cette foule; mais, à l'entrée de la rue Saint-Honoré, les clameurs commencent. Des lazzis grossiers, des plaisanteries sinistres, des injures infâmes, des cris de mort sortent, comme des émanations malfaisantes, des profondeurs de cette populace en délire et se croisent avec des cris de Vive la République! A bas les tyrans[1683]! Quelques misérables battent des mains[1684]; le comédien Grammont, à cheval, caracole autour de la charrette, donnant le signal des outrages. Impassible et sereine, «sans abattement ni fierté[1685],» la Reine plane au-dessus de cette tourbe; ses regards se posent sur cette foule haineuse, presque sans la voir, et ses oreilles sont frappées de ces bruits, sans les entendre. A peine si, de temps à autre, quelque insulte, plus odieuse que les autres, réussit à parvenir jusqu'à elle et à ramener un instant sur la terre cette pensée, qui monte, obstinément vers le ciel.
Personne aux fenêtres; il ne faut rien au-dessus du niveau brutal de la rue[1686]. Toute sympathie doit se taire; la haine seule a droit de se montrer. Quelques spectateurs, dit-on, pourtant, s'évanouissent de douleur[1687].
La charrette s'avance lentement: il faut, a écrit un journaliste, que la Reine «boive longtemps la mort[1688]». Devant Saint-Roch, le cortège s'arrête; c'est une des stations que l'acharnement ingénieux des bourreaux a ménagées à la victime sur le long chemin de son Calvaire. Sur le perron de l'église est entassée la fine fleur des furies révolutionnaires, le bataillon de la citoyenne Lacombe. Grammont se dresse sur ses étriers, en brandissant son sabre: «La voilà, l'infâme Antoinette, crie-t-il; elle est f....., mes amis!» C'est le signal; un long murmure s'élève de cette foule; les vociférations, les imprécations, les injures viennent se fondre en un immense hurlement de haine et d'insulte. Quelle jouissance pour ces femmes, pour ces lécheuses de guillotine, comme les appelait énergiquement la Commune, si elles pouvaient saisir sur le visage de la condamnée un tressaillement, ou dans ses yeux une larme! Mais cette volupté ne leur est pas donnée; sous le coup de l'outrage, la Reine demeure impassible; elle ne voit rien, elle n'entend rien.
Cent pas plus loin, en face des Jacobins, il semble qu'elle veuille déchiffrer l'inscription qui surmonte l'arcade du passage[1689]. Elle se penche vers le prêtre constitutionnel et paraît l'interroger. Pour toute réponse, le prêtre élève un petit Christ d'ivoire, et la Reine rentre dans son silence et sa sérénité[1690].
A midi, le funèbre cortège débouche sur la place de la Révolution. Par une dernière et sanglante ironie, l'échafaud est dressé près du Pont-Tournant, au pied de la statue de la Liberté. La Reine jette un long regard sur ces Tuileries, où elle est entrée pour la première fois le 8 juin 1773, radieuse Dauphine, saluée par les acclamations enthousiastes du peuple de Paris; d'où elle est sortie le 10 août 1792, aux cris de rage de ce même peuple, si cruellement mobile; sur ces grands arbres, à l'ombre desquels son fils a joué tant de fois, et dont les feuilles, jaunies par le soleil d'automne, tombent à terre; sur ce palais où elle a vécu trois mortelles années, depuis les journées d'octobre 1789, et en face duquel elle va mourir. Sous le poids de ces souvenirs et de ces pensées, sa tête s'incline et son visage pâlit[1691]. Elle fléchit un moment, oppressée par d'insondables douleurs; mais aussitôt elle se redresse, descend de la charrette «avec légèreté et promptitude» et, «quoique ses mains soient toujours liées,» gravit, sans aide, les degrés de l'échafaud, «avec un air plus calme et plus tranquille encore qu'en sortant de la prison[1692].»
En montant l'escalier, elle met par mégarde son pied sur celui du bourreau. Samson laisse échapper un cri de douleur. La Reine se retourne: «Monsieur,» dit-elle, avec une liberté d'esprit et une dignité inouïes dans un pareil moment, «Monsieur, je vous demande pardon[1693]!» Puis elle lève les yeux au ciel et murmure une dernière prière.
Quatre minutes après[1694], le couperet national avait accompli son œuvre. L'exécuteur montrait longuement au peuple cette tête sanglante, dont un mouvement convulsif agitait les paupières, et dont un vif incarnat teignait encore les joues. «Vive la République!» répondait le peuple. Il était midi et quart.
Tout était fini: la fille des Césars était allée rejoindre au ciel le fils de saint Louis. La foule s'écoulait, silencieuse et comme consternée, en proie à ce saisissement involontaire qui oppresse les consciences même les plus endurcies, après l'accomplissement d'un grand crime.
Cependant, de cette populace haineuse et assouvie, un homme sortait, se glissait sous la guillotine et trempait son mouchoir dans le sang qui découlait de l'échafaud, comme dans le sang d'une martyre[1695].
Ce sang de la victime, l'histoire l'a recueilli, comme le gendarme Maingot. Elle l'a recueilli, pour en marquer au front les assassins de Marie-Antoinette. «Le premier crime de la Révolution, dit Chateaubriand, fut la mort du Roi; mais le plus affreux fut la mort de la Reine[1696].» «Paris n'a plus un crime à commettre, écrivait le cardinal de Bernis en apprenant l'attentat du 16 octobre. Le dernier ajoute à tous les autres un degré d'horreur et d'infamie inconnu jusqu'à aujourd'hui[1697].» Et Napoléon a dit de son côté: «La mort de la Reine fut un crime pire que le régicide[1698];» crime purement gratuit, puisqu'il n'y avait aucun prétexte à alléguer comme excuse; crime éminemment impolitique, puisqu'il frappait «une princesse étrangère, le plus sacré des otages»; crime souverainement lâche, puisque la victime était une femme «qui n'avait eu que des honneurs sans pouvoir».
Quinze jours après[1699], le fossoyeur Joly enfouissait, dans un coin obscur du cimetière de la Madeleine, les restes mutilés de la grande suppliciée et soumettait à l'approbation du président du Tribunal révolutionnaire, Herman, une note ainsi conçue:
La Veuve Capet, pour la bière 6 livres Pour la fosse et les fossoyeurs. 25 —[1700]
C'était le dernier Mémoire des fournitures faites pour le service de la Reine de France!
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE PREMIER—Les États généraux.—Impopularité de la Reine au milieu de l'enthousiasme général.—Ouverture des États généraux.—Pressentiments de la Reine.—Les bougies qui s'éteignent.—Mort du premier Dauphin. 1
CHAPITRE II.—Progrès de la Révolution.—Le serment du Jeu de Paume.—La séance royale du 23 juin.—Prise de la Bastille.—Départ du comte d'Artois et des Polignac.—Le Roi va à Paris le 17 juillet.—La nuit du 4 août.—Désordres en province.—Lettres de la Reine à Mme de Polignac.—Menaces de Paris contre Versailles.—Malouet propose vainement de transférer l'Assemblée à Compiègne. 19
CHAPITRE III.—Fermentation à Paris et à Versailles.—Appel de troupes à Versailles.—Banquet des gardes du corps.—Préparatifs des journées d'octobre. 46
CHAPITRE IV.—Journées des 5 et 6 octobre.—Retour à Paris. 58
CHAPITRE V.—Délabrement des Tuileries.—Premières entrevues de la Reine avec la foule; bonne entente réciproque.—Visites officielles des Corps constitués.—Murmures dans le peuple.—Bienfaits de la Reine.—Elle fait retirer des reconnaissances du Mont-de-Piété.—Elle envoie ses bijoux chez son joaillier Daguerre.—Licenciement des gardes du corps.—Pillage de la maison du boulanger François.—Représentation de Charles IX.—Comment la famille royale est installée et vit aux Tuileries.—Education des enfants.—Lettre de la Reine à Mme de Tourzel.—Bienfaisance de Marie-Antoinette.—Traits charmants du Dauphin.—Première communion de Madame Royale. 88
CHAPITRE VI.—Travaux de l'Assemblée.—Les biens du clergé sont déclarés à la disposition de la nation.—Suppression des Parlements.—Affaire de Favras.—Sa mort héroïque.—Plan d'évasion d'Augeard.—Démarche du Roi à l'Assemblée, le 4 février 1790.—On présente à la Reine la veuve et le fils de Favras.—Mort de Joseph II.—Publication du Livre rouge.—Alarmes aux Tuileries.—Séjour à Saint-Cloud.—Fédération du 14 juillet 1790.—La famille royale est acclamée par les fédérés.—Enquête et rapport de Chabroud sur les journées d'octobre. 115
CHAPITRE VII.—Mirabeau.—Son entrevue avec Necker.—Ses ouvertures au comte de la Marck.—Première note de Mirabeau pour la Cour.—Son entrevue avec la Reine.—Ses projets.—Le Roi et la Reine les écoutent sans les suivre.—Eclats de Mirabeau.—La Reine est de nouveau menacée.—Nouveaux plans de Mirabeau.—Quarante-septième note.—Utilité, mais difficultés de ce plan.—Mort de Mirabeau. 140
CHAPITRE VIII.—Situation alarmante de Paris: l'émeute en permanence.—Démission de Necker.—Départ de Mesdames.—Le 28 février.—Le 18 avril.—Projets de fuite.—Le comte d'Hinnisdal.—Espérances d'évasion de Saint-Cloud.—Plan de Mirabeau.—Hésitations du Roi.—Ouvertures au marquis de Bouillé.—Le projet est discuté, puis arrêté entre la Reine, Fersen et Bouillé.—Le départ, ajourné à plusieurs reprises, est définitivement fixé au 20 juin. 172
CHAPITRE IX.—Fuite de Varennes.—Arrestation de la famille royale et retour à Paris. 198
CHAPITRE X.—La famille royale est gardée à vue aux Tuileries.—Sa vie captive.—La Reine est interrogée par les commissaires de l'Assemblée.—Le 17 juillet.—Le drapeau rouge est déployé au Champ-de-Mars.—Les Constitutionnels se rapprochent de la Cour. 231
CHAPITRE XI.—Négociations de la Reine avec les Puissances.—Projets de l'Empereur.—Projets du roi de Suède.—Projets des émigrés.—Accroissement du nombre et de l'importance de ces derniers.—Leurs dissentiments avec la Cour et avec le baron de Breteuil, agent officiel de la Cour.—Lettre du 30 juillet, écrite par Marie-Antoinette à Léopold, sous l'influence des Constitutionnels.—Missions du chevalier de Coigny et de l'abbé Louis.—La Reine dément par ses lettres secrètes ses lettres officielles.—Pourquoi elle se méfie des Constitutionnels. 240
CHAPITRE XII.—La Reine ébauche un plan.—En quoi il consiste: pas d'action immédiate; des négociations seulement.—Lettre du 8 juillet à Fersen.—Hostilité de la Reine contre les émigrés.—Mauvaise attitude d'un certain nombre de ces derniers contre Marie-Antoinette.—Froideur de Léopold à l'égard des Princes.—Déclaration de Pillnitz.—Sa vraie portée.—Comment est-elle jugée par la Reine.—Lettre du 12 septembre à Mercy.—Cruelle situation de Marie-Antoinette. 260
CHAPITRE XIII.—Achèvement de la Constitution.—La Reine consulte Mercy et Léopold.—On ne peut refuser de sanctionner; car on n'a pas de moyens de résistance.—Conseils divers.—Retour momentané de l'opinion.—Le Roi accepte la Constitution.—Fêtes à Paris.—Enthousiasme populaire. 273
CHAPITRE XIV.—Suites de l'acceptation de la Constitution.—Protestation des Princes.—Lettre de Louis XVI à ses frères.—Lettre de Mme Elisabeth à la marquise de Raigecourt.—Dissentiments entre les Tuileries et Coblentz.—Correspondance de la Reine avec Fersen.—Plan de Marie-Antoinette.—Le Congrès armé.—Pourquoi le plan de la Reine est inexécutable. 286
CHAPITRE XV.—L'Assemblée législative.—Son hostilité contre le Roi s'affirme dès le début.—Mécontentement de la bourgeoisie.—La députation de Saint-Domingue est présentée à la Reine.—Le Roi ne veut pas former de Maison civile.—Projet d'évasion formé, puis abandonné.—Inaction du Roi et de la Reine.—Fluctuations de l'opinion.—Triste situation de la famille royale.—Tiraillements intérieurs.—La Reine continue à réclamer un Congrès.—Hésitations de l'Empereur et mécontentement de Marie-Antoinette.—Lettre à Mme de Polignac.—Article menaçant des Révolutions de Paris. 301
CHAPITRE XVI.—Premières mesures de l'Assemblée contre les émigrés et les prêtres.—Le Roi demande la dispersion des rassemblements d'émigrés.—Préparatifs de guerre.—Mémoire envoyé à l'Empereur par les Constitutionnels.—Mission de M. de Simolin.—Lettre de la Reine à Mercy.—Voyage de Fersen en France.—Il propose un plan d'évasion, mais le reconnaît impossible.—Représentation du 20 février aux Italiens. 317
CHAPITRE XVII.—Mort de Léopold.—Assassinat de Gustave III.—Joie insultante des Jacobins.—Nouveaux outrages contre la Reine.—Attaque violente de Vergniaud.—Dumouriez nommé ministre des affaires étrangères.—Il offre à Marie-Antoinette son concours, qui est repoussé.—Le ministère Girondin.—Pâques 1792.—La seule consolation de la Reine, ce sont ses enfants.—Le Dauphin.—M. de Fleurieu est nommé son gouverneur. 334
CHAPITRE XVIII.—Déclaration de guerre à l'Autriche.—Lettre de la Reine à Mercy, du 30 avril 1792.—Mission de Mallet du Pan.—Premiers échecs des troupes françaises.—Lafayette propose au Roi de se retirer à son armée.—Emotion de Paris.—Dénonciation du Comité autrichien.—Réapparition des Mémoires de Mme de la Motte.—Ils sont brûlés à Sèvres.—Licenciement de la garde constitutionnelle.—M. d'Hervilly offre au Roi de chasser l'Assemblée.—Le Roi refuse.—Départ de Barnave.—Décrets du 26 mai sur la déportation des prêtres insermentés, du 8 juin sur la formation d'un camp de vingt mille hommes sous Paris.—Renvoi des ministres Girondins.—Dumouriez quitte le ministère.—Le Roi oppose son veto aux décrets. 349
CHAPITRE XIX.—Le 20 juin. 364
CHAPITRE XX.—Suites du 20 juin.—Entrevue du Roi avec Pétion.—Proclamation de Louis XVI.—Voyage de Lafayette à Paris.—Lettre de la Reine à Mercy.—Attaques des Girondins contre le Roi.—Pétion suspendu, puis rétabli.—Insultes à la famille royale dans le jardin des Tuileries et sur la terrasse des Feuillants.—Un assassin s'introduit aux Tuileries.—Arrivée des fédérés à Paris.—Le Roi se fait faire un plastron.—Tentatives pour arracher la famille royale aux dangers de Paris.—Le prince Georges de Hesse.—Madame de Staël.—Le duc de Liancourt.—Plan de Lafayette.—La Reine refuse tout.—Son antipathie contre Lafayette.—Pourquoi.—Surveillance incessante autour des Tuileries.—La fédération du 14 juillet 1792.—Alertes continuelles: le 26 juillet.—Lettres de la Reine à Fersen.—Entrée des Marseillais.—Leur conflit avec les grenadiers des Filles-Saint-Thomas.—Dernière lettre de la Reine à Fersen.—Marche des armées coalisées.—Manifeste du duc de Brunswick.—Son effet déplorable.—Avances des Girondins à la Cour.—Les Jacobins redoublent d'efforts.—Pétion demande la déchéance du Roi.—Arrêté de la section Mauconseil.—Préparatifs du 10 août.—Illusions de la Cour.—Son impuissance.—Dernière messe de la famille royale aux Tuileries. 387
CHAPITRE XXI.—Le 10 août. 421
CHAPITRE XXII.—Le Temple.—Description.—Le palais du grand prieur.—La Tour du Temple.—La grosse et la petite Tour.—La famille royale est enfermée provisoirement dans la petite Tour.—Le 19 août, on la sépare de ceux qui l'ont accompagnée.—Vie des prisonniers.—Sentiments de la Reine sur l'invasion.—Cléry à la Tour.—Les journées de septembre.—On apporte sous les fenêtres du Temple la tête de la princesse de Lamballe.—Outrages aux prisonniers.—Turlot et Rocher.—Abolition de la royauté.—Le Roi est transféré dans la grosse Tour.—La famille royale y est transférée à son tour.—Le Dauphin est séparé de sa mère et remis à son père. 446
CHAPITRE XXIII.—La grosse Tour.—Nouvelle organisation de la vie des prisonniers.—Vexations nouvelles.—Municipaux compatissants.—Drouet au Temple.—Le Roi, puis le Dauphin tombent malades.—Installation d'une nouvelle municipalité.—Le bouillon de la Reine.—On enlève à la famille royale tous les instruments tranchants.—Procès du Roi.—Louis XVI traduit à la Convention.—Il est séparé de sa famille.—Ses entretiens avec Malesherbes.—Le Roi est condamné à mort.—Dernière entrevue avec la Reine et ses enfants.—Exécution du Roi. 468
CHAPITRE XXIV.—La Reine veuve.—Sa morne douleur.—Maladie de Madame Royale.—On apporte aux prisonniers des vêtements de deuil.—Toulan et Lepître.—Plan d'évasion préparé par ces deux municipaux et M. de Jarjayes.—Modifications dans le plan.—Nouveau projet; il échoue comme le premier.—Lettre de la Reine à M. de Jarjayes.—Toulan sauve l'anneau et le cachet du Roi.—La Reine les envoie à Monsieur et au comte d'Artois.—Dénonciations de Tison.—Perquisitions nocturnes.—Efforts des amis de la Reine à l'étranger.—Défection de Dumouriez.—Activité et espérances de Fersen.—Tout échoue.—Louis XVII tombe malade.—Le 31 mai.—Chaumette et Hébert viennent à la Tour.—Le baron de Batz.—Michonis.—Plan d'évasion.—La méfiance de Simon le fait manquer.—La Tison devient folle.—Louis XVII est enlevé à sa mère.—Il est livré au savetier Simon.—Nouvelle visite de Drouet au Temple.—Le jeune prince brutalisé par Simon.—Désespoir navrant de la Reine.—Elle est transférée à la Conciergerie. 493
CHAPITRE XXV.—La Conciergerie.—Le cachot de la Reine.—Michonis.—Les Richard.—Tentatives pour sauver la Reine.—L'affaire de l'Œillet.—Vexations nouvelles.—Le concierge Bault et sa famille.—Nouvelle tentative d'évasion.—Le complot Basset.—Inaction de l'Autriche. 530
CHAPITRE XXVI.—Procès de la Reine.—Décret de la Convention.—Premier interrogatoire de Marie-Antoinette.—Chauveau-Lagarde et Tronçon-Ducoudray sont désignés pour la défendre.—Le tribunal.—Les jurés.—Audience du 14 octobre.—Acte d'accusation.—Les témoins.—Déposition d'Hébert.—Mot sublime de la Reine.—Manuel et Bailly.—L'officier de gendarmerie de Busne.—Audience du 15 octobre.—Interrogatoire du président.—Tisset et Garnerin.—Réquisitoire de Fouquier-Tinville.—Discours des défenseurs.—Condamnation.—La Reine est ramenée à la Conciergerie. 553
CHAPITRE XXVII.—La dernière journée.—Lettre de Marie-Antoinette à Mme Elisabeth.—La Reine s'habille et se jette quelques instants sur son lit.—L'abbé Girard.—Le bourreau Samson.—Préparatifs dans Paris.—La Reine monte dans la charrette des condamnés.—Le trajet de la Conciergerie à la place de la Révolution.—Le comédien Grammont et la citoyenne Lacombe.—L'échafaud.—La mort.—Conclusion. 578
FIN DU TOME SECOND ET DERNIER
7121.—POITIERS, IMPRIMERIE BLAIS, ROY ET Cie, 7, rue Victor-Hugo.
NOTES:
[1] «Elle avait cette dignité, ce courage, cette vigueur d'élan dans des occasions dangereuses, qui prouvait une âme née forte; mais il manquait à cette âme de s'être exercée à l'usage de sa force.»—Lettre inédite du baron d'Aubier au baron de Breteuil, communiquée par M. Gustave Bord.
[2] Mémoire en forme de doléances des habitants de la paroisse de Dry, universellement accepté par le bailliage de Beaugency, présenté par les députés de ce bailliage à l'Assemblée des trois Etats à Orléans.—Archives nationales, B. III. 99.
[3] Ibid.
[4] Ibid.
[5] Cité par M. Th. Meignan, dans son très curieux article sur Les registres paroissiaux de l'état civil.—Revue des questions historiques, janvier 1879, p. 149.
[6] Mémoires de Mme Campan, 228, 229.
[7] Souvenirs d'un page, 287.
[8] Ibid. 288.
[9] Mémoires de Weber, 203.
[10] Ibid. 204, note.
[11] Le Roy, Histoire de Versailles, I, 227.
[12] On avait voulu lui donner un dais; il l'avait refusé, ne voulant pas, disait-il, d'un honneur réservé au Saint-Sacrement seul.—Souvenirs d'un page, 289.
[13] Ibid. 290.
[14] Souvenirs d'émigration, par la marquise de Lâge, LXXXVII.
[15] Mémoires du marquis de Ferrières, I, 19.
[16] Souvenirs d'un page, 288.
[17] Mémoires de Mme Campan, 227.
[18] Mémorial de Gouverneur Morris, I, 242.
[19] Mémoires du marquis de Ferrières, I, 20.
[20] Ibid., 21.
[21] Souvenirs d'un page, 290.—Mémoires du marquis de Ferrières, I, 21, note.
[22] Correspondance littéraire de Grimm.
[23] Souvenirs d'émigration par la marquise de Lâge.
[24] Mémorial de Gouverneur Morris, I, 243.
[25] Ibid.
[26] «Il règne dans son ton et dans ses manières toute la fierté que l'on doit attendre des Bourbons.» Ibid.
[27] Souvenirs d'un page, 291.
[28] Correspondance littéraire de Grimm.
[29] Louis XVI, par le comte de Falloux, 143.
[30] Mémorial de Gouverneur Morris, I, 244.
[31] Mémoires de Mme Campan, 227.
[32] Histoire de Marie-Antoinette, par Montjoye, 219, 220.
[33] Mémoires de Mme Campan, 228.
[34] Le Gouvernement de Normandie, IV, 384.
[35] Voir les détails de cette remise du Dauphin au duc d'Harcourt dans le Gouvernement de Normandie, IV, 384 et suiv.
[36] Marie-Antoinette à Joseph II, 25 février 1788.—Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II, 112.
[37] Marie-Antoinette à Joseph II, 27 février 1788.—Marie-Antoinette, Joseph II und Léopold II, 112.
[38] La même au même, 24 avril 1788.—Ibid., 116.
[39] La même au même, 16 juillet 1788.—Ibid., 118.
[40] Mémoires de Mme Campan, 230.
[41] Le Gouvernement de Normandie, IV, 385.
[42] Ibid., 386.
[43] Souvenirs d'émigration, par la marquise de Lâge, LXXXVIII.
[44] Mémoires de Mme Campan, 231.
[45] Mme Campan prétend que le Dauphin avait pris en grippe même sa mère. Mais la marquise de Lâge affirme positivement le contraire, et la marquise de Lâge, qui écrit à sa mère le 17 mai 1789, est plus croyable sur ce point que Mme Campan, qui n'a écrit que de souvenir.
[46] Souvenirs d'émigration, par la marquise de Lâge, LXXXIX.
[47] Souvenirs d'un page, 290.
[48] Récit de M. Lefèvre, secrétaire du duc d'Harcourt, gouverneur du Dauphin.—Le Gouvernement de Normandie, IV, 387.
[49] Lettres de Boullé, député de Nantes, à ses commettants sur l'ouverture des États généraux.—Revue de la Révolution, 1888, II, p. 8 et 11.
[50] Ibid., p. 34 et 35.—«A midi, raconte Boullé, la députation des Communes a été reçue; le doyen, accompagné de vingt députés choisis au sort parmi les commissaires et les adjoints, a prononcé à Sa Majesté le discours qui avait eu l'approbation de l'Assemblée, en y ajoutant seulement quelques expressions de regret et de douleur sur la perte qui vient d'affliger la France et son monarque.»
[51] Mémoires de Weber, 209, 210.—Weber se trompe en plaçant cette scène le 8, au retour de Meudon. C'est le 6 que la députation du Tiers fut reçue par le Roi «quoique Sa Majesté, encore dans les premiers instants d'une douleur trop juste, se fût refusé jusqu'ici à voir personne».—Lettres de Boullé.—Revue de la Révolution, 1888, II, 36.
[52] Mémoires de Malouet, 2e édition, I, 283, note.
[53] Notice historique sur la salle du Jeu de Paume de Versailles, par Ch. Vatel, p. 13.
[54] «On fit accroire au peuple qu'il se tramait mille conspirations dangereuses contre ses libertés; les meneurs de la foule virent bientôt que le moment était venu de mettre en branle les masses.» M. de Turckheim à ses commettants, 23 novembre 1789.—Revue d'Alsace, avril, mai, juin 1880, 202.
[55] Mémoires de Malouet, I, 285.—Malouet avait demandé qu'on plaçât dans l'arrêté ou la formule du serment un membre de phrase attestant que les prétentions de l'Assemblée se bornaient à «faire la Constitution de concert avec le Roi». Plusieurs députés se joignirent à lui pour réclamer un amendement analogue. «Cela est juste, leur répondit Bailly, mais je me garderai bien de mettre aux voix votre proposition, pour qu'elle ne soit pas rejetée.»—La chute de l'ancien Régime, par Aimé Chérest, III, 204. M. Chérest ajoute que Mirabeau «partageait les sentiments de Malouet», mais que «désespérant de les faire prévaloir ce jour-là», il «n'essaya même pas de les exprimer séance tenante.»—Ibid., 203.
[56] «La démarche des Communes, en se déclarant Assemblée nationale, indépendante des autres Ordres et du Roi lui-même, et en déclarant qu'aucun pouvoir ne la dissoudrait, est, dans le fait, s'emparer de toute l'autorité du royaume. Elles se sont, par un seul décret, rendues semblables au Long Parlement de Charles Ier... Une démarche aussi hardie et aussi désespérée, contraire à tous les autres intérêts du royaume, également funeste à l'autorité royale, au Parlement, à l'armée, ne peut être accordée.»—Voyages d'A. Young, I, 342.
[57] Mémoires de Malouet, I, 284.
[58] Mounier, Recherches sur les causes qui ont empêché les Français de devenir libres, Genève, 1792, I, 296.
[59] Mémoires de Weber, 213.
[60] Mémoires de Malouet, I, 283, 284.
[61] Louis XVI, par le comte de Falloux.
[62] Mémoires du marquis de Ferrières, I, 57.
[63] Un premier conseil avait été tenu le 19 à Marly, où la Cour s'était transportée après la mort du Dauphin. Le second conseil se tint le 21 à Versailles, où la Cour était revenue dans l'intervalle.
[64] De Larcy. Des vicissitudes de la France, 11.—Les députés de la commune de Strasbourg, très désappointés de l'évanouissement de leurs espérances et très froissés du maintien de la distinction des Ordres, avouaient cependant qu'il y avait dans la déclaration du Roi des «adoucissements réels», et ils écrivaient le soir même du 23 juin aux commissaires de la Bourgeoisie de Strasbourg: «Nous vous observons que si tous les objets annoncés par Sa Majesté, comme soulagement, sont accordés aux peuples, ceux-ci y trouveront des consolations puissantes pour le degré de liberté politique, dont ils attendaient le bienfait de la justice du monarque et des lumières du siècle et qui paraît leur échapper.»—L'Alsace pendant la Révolution française, par Rod. Reuss.—Revue d'Alsace, juillet, août, septembre 1879, 344.—L'un de ces députés, M. de Turckheim, écrivait plus tard, dans le rapport qu'il adressait à ses commettants, le 23 novembre 1789: «La séance royale du 23 juin, où nous entendîmes pour la dernière fois la voix du monarque, avait manifesté les meilleurs sentiments à l'égard du bonheur de son peuple. Tout ce que réclamaient nos cahiers de doléances était accordé, et si les paysans, si remuants aujourd'hui qu'ils ont été excités par l'artifice, avaient été consultés alors, ils auraient éclaté en protestations de joie et de reconnaissance.»—Ibid., avril, mai, juin 1780, p. 201.—A. Young écrivait de même: «Tout le monde connaît les propositions faites par le Roi; le plan était bon; on accordait beaucoup au peuple sur des points essentiels.»—Voyage en France, I, 349. «Les Communes, en refusant opiniâtrement ce qu'on leur propose, abandonnent au hasard des avantages certains et inconnus, à ce hasard qui fera peut-être que la postérité les maudira, au lieu de bénir leur mémoire comme celle de vrais patriotes.»—Ibid., 355.
[65] Paroles textuelles de Mirabeau, données par le marquis de Dreux-Brézé dans les séances de la Chambre des Pairs, des 9 et 15 mars 1833. Cité par le comte de Falloux.—Louis XVI. Pièces justificatives, 371.
[66] Lally-Tollendal. Biographie universelle, article Necker; cité dans les Mémoires de Malouet, I, 287.
[67] Le comte de Fersen et la Cour de France. Introduction, XLVII.
[68] «On fit venir des troupes de la province pour inspirer quelque peur aux conciliabules de l'émeute; mais ce n'était qu'un moyen d'intimidation; car la douceur extrême du Roi et son amour pour ses sujets ne lui permirent jamais de songer seulement à verser le sang, pour maintenir son autorité suprême.»—Mémoires de M. de Turckheim à ses commettants, 23 novembre 1789. Revue d'Alsace, avril, mai, juin 1880, 202.
[69] Mémoires de Gouverneur Morris, I, 255.
[70] Ferrières raconte qu'à la suite de la séance royale du 23 juin, les députes de la Noblesse, après avoir été chez le comte d'Artois, se présentèrent chez la Reine. «Ce n'était pas à elle, dit-il, qu'on avait le moins d'obligations. La Reine sortit dans le salon de jeu; elle tenait Madame par la main, elle portait le jeune Dauphin sur son bras. Tableau délicieux d'une mère: douce expression de la nature! La Reine présenta M. le Dauphin aux députés, leur disant, avec beaucoup de grâce, qu'elle le donnait à la Noblesse, qu'elle lui apprendrait à la chérir, à la regarder comme le plus ferme appui du trône.»—Mémoires du marquis de Ferrières, I, 59-60. Mais Ferrières ajoute plus loin que ce fut la Reine qui prit l'initiative des instances pour décider Necker à rester.—La démarche de la Noblesse près de la Reine et les paroles de celle-ci nous paraissent surtout dictées par la courtoisie. Si la Reine avait été le principal appui de la réaction aristocratique, les députés de la Noblesse n'auraient-ils pas été chez elle tout d'abord, au lieu de commencer par le comte d'Artois et Monsieur?
[71] Mémoires du comte de Ségur, II, 208. «Jamais je ne vis plus de dignité dans la douleur, plus de douceur dans l'affliction.»
[72] «Le Roi rappelait à M. Necker qu'il l'avait, à quatre reprises différentes, supplié de lui accorder l'autorisation de se retirer, et il disait que l'état actuel des circonstances lui permettait de lui accorder maintenant cette faveur; il l'autorisait donc à s'éloigner, sans retard et sans bruit, et il se réservait de lui donner plus tard des marques de sa faveur royale et de sa satisfaction.»—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—Relations inédites de la prise de la Bastille, publiées par J. Flammermont.
[73] Histoire de Louis XVI, par Droz, II, 304, p. 23.
[74] S'il faut en croire Mercy, les gardes suisses même auraient refusé de servir contre le peuple. Mercy à Kaunitz, 23 juillet, 1789.—Relations inédites de la prise de la Bastille, publiées par J. Flammermont, p. 23.
[75] Voir pour plus de détails la Prise de la Bastille, par M. de Poncins (Brochures sur la Révolution française publiées par la Société biographique), et la Prise de la Bastille, par M. Gustave Bord, directeur de la Revue de la Révolution.
[76] Mémoires de Malouet, II, 9.
[77] Ibid., I, 290.
[78] Mémoires du marquis de Ferrières, I, 136.
[79] Mémoires de Mme Campan, 233.
[80] Ibid., 234.
[81] Mémoires sur la vie et le caractère de Mme la duchesse de Polignac, par la comtesse Diane de Polignac. Hambourg, 1796, 27, 28.
[82] Mémoires de Mme Campan, 234.
[83] Mémoires sur la vie et le caractère de Mme la duchesse de Polignac, 31, 33.—Il avait été question d'abord de rappeler Necker seul, sans les autres ministres, en particulier sans le comte de Montmorin et le comte de Saint-Priest contre lesquels on avait inspiré au Roi de vives préventions. La Reine, persuadée par Mercy que cette exclusion de deux ministres populaires aurait de graves inconvénients dans l'état de surexcitation de la foule, finit par déterminer le Roi à rappeler le ministère tout entier et à faire bon accueil à tous les ministres.—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—Relations inédites de la prise de la Bastille, publiées par J. Flammermont, p. 25 et 28, 29, 30.
[84] Voir le récit de cette scène touchante dans les Mémoires du marquis de Ferrières, I, 141.
[85] Mémoires du comte Valentin Esterhazy, fragments.—Louis XVI, Marie-Antoinette et Mme Elisabeth, IV, 35.
[86] Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—Relations inédites de la prise de la Bastille, publiées par J. Flammermont, p. 27.
[87] Evénements mémorables arrivés à Verdun au sujet du maréchal de Broglie et son arrivée à Metz. Paris, Lefèvre. 1789.
[88] Mémoires de Mme Campan, 236.
[89] Journal du comte de Fersen, 14 février 1792.—Le comte de Fersen et la Cour de France, II, 6.
[90] Ibid.—Voir aussi Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—Relations inédites de la prise de la Bastille, publiées par J. Flammermont, p. 27.
[91] Quinzaine mémorable, 87.
[92] Ibid., 93.
[93] Mémorial de Gouverneur Morris, I, 263.—Voir également, sur ce voyage du Roi à Paris, une lettre du 18 juillet 1789, écrite par un député de Marseille à la marquise de Créquy. Ce député, dont le nom est inconnu, fait remarquer avec raison combien la vérité est difficile à établir, même pour les contemporains. «Les faits opposés, dit-il, sont attestés par des gens qui disent: «J'y étais».—Revue de la Révolution, septembre 1783, p. 73.
[94] «La voiture allait à tour de roue; en conséquence, il fut longtemps en présence de ces bons habitants de Paris.»—Souvenirs d'un basochien.—Revue de la Révolution, mars 1885, 79.
[95] Histoire de la Révolution, par deux amis de la liberté.
«Je constate qu'il avait la figure bouleversée, attérée.»—Souvenirs d'un basochien.—Revue de la Révolution, mars 1885, 79.
[96] Ibid.
[97] Histoire de France pendant trois mois, par le cousin Jacques, I, 116.—«Au lieu de Vive le Roi! on criait Vive la nation! Ce à quoi on ajoutait que le Roi serait acclamé plus tard, à son départ, si l'on était content de lui.» Rapport de M. de Simolin au comte Ostermann.—Revue de la Révolution, janvier 1886, p. 7.
[98] Mémoires de Bailly, II, 65.
[99] Histoire de France pendant trois mois, I, 116.
[100] Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—Relations inédites de la prise de la Bastille, publiées par J. Flammermont, p. 27.
[101] Mémorial de Gouverneur Morris, I, 205.—«M. le marquis de Lafayette défendit toute manifestation de joie et donna l'ordre que les arrondissements s'assemblassent comme à l'ordinaire pour organiser les rondes.»—Rapport de M. de Simolin au comte Osterman. Revue de la Révolution, janvier 1886, p. 7.
[102] Mémoires de Bailly, II, 61.
[103] Mémoires de Mme Campan, 239, 240.—Mme Campan donne le commencement du discours que, suivant elle, la Reine devait adresser à l'Assemblée: «Messieurs, je viens remettre entre vos mains l'épouse et la famille de votre souverain. Ne souffrez pas que l'on désunisse sur la terre ce qui a été uni dans le ciel.» Accompagnée de Monsieur, elle devait en même temps demander à l'Assemblée de transporter à quelque distance de Versailles le lieu de ses réunions. Mercy, qui donne ces détails, croit que l'Assemblée, qui commençait à s'effrayer de l'effervescence et de la prédominance de Paris, aurait accepté cette proposition.—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—Relations inédites de la prise de la Bastille, publiées par J. Flammermont, p. 29.—La Reine avait projeté d'abord, dans le cas où le Roi eût été retenu prisonnier à Paris, de se retirer avec le Dauphin soit à Valenciennes, soit dans les Pays-Bas. Sur l'observation de Mercy que ce départ serait considéré par le pays, fortement surexcité, comme un enlèvement du Dauphin, elle avait renoncé à cette idée.—Ibid., 28.
[104] Souvenirs d'un page, 302.
[105] Mémoires de Mme Campan, 241.
[106] Histoire de France pendant trois mois, I, 118, 119.
[107] Journal de Versailles du 22 juillet, no 14, cité dans les Mémoires de Bailly, II, 69.
[108] Quinzaine mémorable, 134.
[109] Nous en exceptons l'électeur Etienne Larivière, qui, plus d'une fois, fit à Berthier un rempart de son corps.
[110] Vergniaud, plaidoyer pour Durieux.—Vergniaud, monuments, lettres et papiers, par Ch. Vatel, II, 68.—Voir, sur cette anarchie spontanée dans les provinces, le curieux volume de M. G. Bord: La prise de la Bastille, et les magistrales études de M. Taine sur la Révolution.
[111] Mémoires sur la vie et le caractère de la duchesse de Polignac.
[112] Joseph II à Léopold, 3 août 1789.—Joseph II und Léopold von Toscana, II, 265.
[113] Necker étant resté quelques jours sans revenir, et les courriers qui lui portaient son rappel ayant eu de la peine à le trouver, on avait fait courir le bruit que la Reine, par répulsion contre lui, l'avait fait partir pour Bruxelles, afin de «l'éloigner encore plus de la France».—Mercy à Kaunitz, 23 juillet 1789.—Relations inédites de la prise de la Bastille, publiées par J. Flammermont, p. 29.
[114] Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la Cour et la ville, de 1777 à 1792, 25 septembre 1789, II, 387.
[115] Procédure du Châtelet, Malouet, 3e témoin.—Lally-Tollendal, Lettre à ses commettants, 85.—On peut lire aussi dans la Revue d'Alsace,—octobre, novembre, décembre 1879—les lettres découragées d'un député de Strasbourg, le baron de Turckheim, à cette même époque. M. de Turckheim, très libéral mais très royaliste, ne tarda pas à donner sa démission et à se retirer en Alsace. Dans le rapport qu'il adressa à ses commettants sur sa conduite, le 23 novembre 1789, il écrivait: «Nous ne voulûmes pas au début prendre la parole sans nécessité en présence de quelques centaines d'avocats bavards qui répandaient plus de désordre que de lumières, en présence aussi du manque complet de liberté qui nous empêchait de le faire, depuis qu'une foule sans frein avait été introduite dans la salle de nos séances et que les clubs insolents qui siégeaient dans les cafés du Palais-Royal s'étaient érigés en juges et en vengeurs des affaires de la nation. Nous avons acquis la triste conviction que la voix de la modération ne serait point écoutée.» Revue d'Alsace, avril, mai, juin 1880, p. 200.—M. de Turckheim concluait ainsi: «Qui donc entrava la marche des affaires? Je le dis en toute franchise devant Dieu et mes concitoyens: ce ne fut pas la Noblesse qui expia d'une façon cruelle d'antiques et injustes abus; ce ne fut pas le Clergé qui s'offrit à supporter volontairement sa part proportionnelle des impôts, mais qu'on voulut dépouiller de toute propriété. Non, ce fut un petit nombre d'hommes qui s'étaient mis d'accord entre eux pour tout renverser et, sans souci de leurs mandats catégoriques, voulaient pousser à la révolte vingt-cinq millions d'hommes qui auraient pu suivre en repos nos travaux en les bénissant.»—Ibid., 203.
[116] Le comte de Fersen à son père, 3 septembre 1789. Le comte de Fersen et la Cour de France, I, XLIX. Introduction.
[117] Mémoires de Malouet, I, 303.
[118] Brouillon de lettre de M. le comte d'Estaing à la Reine.—Rapport de la procédure du Châtelet sur l'affaire des 5 et 6 octobre, fait à l'Assemblée nationale par M. Charles Chabroud, membre du Comité des rapports. Paris, Imprimerie Nationale, 1790.—Pièces justificatives. La lettre est du 14 septembre. Rapport de Chabroud, 49.
[119] Mémoires de la duchesse de Tourzel, I, 3 et 4.
[120] Voir tous les détails de ce plan dans les Mémoires de Malouet, I, 393 et suiv.
[121] Droz, citant Molleville, II, 470, dit que cette démarche fut faite le 15 septembre. Mais Mallet du Pan, qui était en relations intimes avec Malouet et ses amis, donne la date du 29.—Mémoires et correspondance de Mallet du Pan, II, 485.
[122] Exposé de la conduite de M. Mounier, 55.
[123] Mémoires de Weber, 254.—Exposé de la conduite de M. Mounier, 66.
[124] Mounier. Appel au tribunal de l'opinion publique, 95.
[125] Exposé de la conduite de M. Mounier, 66.
[126] Procédure du Châtelet. Besson, 117e témoin.
[127] Procédure du Châtelet.—Blaisot, 24e témoin.
[128] Ibid.—Faydel, député, 148e témoin.
[129] Le Roy. Histoire de Versailles, II, 27.
[130] Le Roy. Histoire de Versailles, II, 29.
[131] Lettre des députés de Strasbourg au magistrat de la ville, 25 septembre 1789.—L'Alsace pendant la Révolution française, par Rod. Reuss.—Revue d'Alsace, octobre, novembre et décembre 1879, p. 480.
[132] Le Roy. Histoire de Versailles, II, 32, 33.
[133] Lettre du Roi écrite de la propre main de Sa Majesté à M. le comte d'Estaing, commandant général de la garde nationale de Versailles, par lui lue à l'Assemblée de l'Etat-major et des capitaines de la dite garde, le 24 septembre 1789 et qu'elle a consignée dans ses registres.—A Versailles, de l'Imprimerie Royale, 1789.
[134] Affaire Marie-Antoinette.—Déposition de Lecointre.—Armoire de fer, carton 13.
[135] «Ils résolurent, dit Mme de Tourzel, d'employer tous les moyens possibles pour empêcher la corruption du régiment de Flandre, le conserver fidèle au Roi, et ils se flattaient d'y réussir, en lui inspirant estime et confiance.» Mémoires de la duchesse de Tourzel,