‹ Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le ConquérantChapitre 107 sur 187 · CHAPITRE XI.

CHAPITRE XI.

Comment le duc Richard avait donné les deux châteaux de Montreuil et d’Echaufour à Giroie, qui avait épousé Gisèle, fille de Toustain de Montfort.

CE Giroie de la famille duquel nous venons de parler était, dit-on, issu de deux nobles familles de Francs et de Bretons. Il s’était rendu avec Guillaume de Belesme à la cour du duc Richard, et avait reçu de lui en don deux châteaux situés en Normandie, savoir les châteaux de Montreuil et d’Echaufour. Tandis qu’il était en voyage pour aller trouver le duc, il fut reçu et logea dans la maison de Toustain de Montfort, et ayant vu par hasard à dîner la fille de celui-ci, nommée Gisèle, il l’aima, la demanda à ses illustres parens, et l’obtint. Dans la suite des temps, Gisèle lui donna sept fils et quatre filles, dont voici les noms: Ernauld, Foulques, qui périt avec le comte Gilbert, Guillaume, Raoul Male-Couronne, Robert, Hugues et Giroie, et les filles, Heremburge, Emma, Adélaïde et Hadvise. De tous ces enfans sortit une race de fils et de petits-fils, tous chevaliers, qui devinrent la terreur des barbares en Angleterre, dans la Pouille, dans la Thrace et en Syrie.

[p. 182] Ainsi donc après que Talvas eut aussi cruellement déshonoré Guillaume, qui était par son âge et par sa raison le plus distingué des fils de Giroie, et cela, comme nous l’avons rapporté, par pure méchanceté, Robert et Raoul, illustres chevaliers, se levèrent vigoureusement avec leurs frères et leurs parens, et voulurent entreprendre de venger l’horrible insulte qu’avait reçue leur frère. Ils dévastèrent donc par le fer et le feu toutes les terres de Talvas, s’avancèrent en armes jusques aux portes de ses forteresses, sans que nul leur résistât, et provoquèrent hardiment Talvas, l’invitant à sortir, et à venir combattre de près. Mais lui, homme timide, et qui n’avait nulle vigueur pour les exercices de la chevalerie, n’osait combattre en rase campagne les ennemis qui venaient le harceler; et ainsi la famille de Giroie l’insultait sans cesse.

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