CHAPITRE XIII.
Comment, après la mort d’Arnoul, Ives, son oncle paternel, évêque de Seès, entra en possession de ses terres par droit d’héritage.
ARNOUL ayant donc été méchamment mis à mort, comme venons de le rapporter, le vénérable [p. 184] Ives, son oncle paternel, évêque de Seès, prit possession du château de Belesme et de tout ce qui lui avait appartenu de droit, et l’occupa légitimement tant qu’il vécut, après avoir fait sa paix avec la famille des Giroie et les autres voisins; car Ives était plein d’habileté, honorable, affable, fort enjoué et ardent ami de la douce paix. Mais la perfidie des méchans ne cesse de troubler le repos des gens de bien. Ainsi donc, du temps de Ives l’évêque, Richard, Robert et Avesgot, fils de Guillaume surnommé Soreng, rassemblèrent une bande de scélérats, et dévastèrent sans respect tout le pays situé autour de Seès. Enfin ils envahirent l’église de Saint-Gervais, et y établirent une troupe de brigands, faisant ainsi d’une maison de prière une caverne de voleurs et une écurie à chevaux. Le religieux Azon, ancien évêque de cette même ville, avait abattu les murailles et employé les pierres à construire une église à Saint-Gervais, martyr, sur l’emplacement où avait été pendant long-temps la résidence épiscopale. Le vénérable Ives voyant les fils de Soreng parvenus en ce temps à un tel point de démence qu’ils ne craignaient point de faire du temple de Dieu un repaire de brigands et une maison de débauche, saisi d’une noble colère, fut vivement affligé, et mit tous ses soins à procurer la délivrance de l’église de Dieu. Une fois donc, comme il revenait de la cour du duc Guillaume, et traversait le pays d’Hiesmes, il emmena avec lui Hugues de Grandménil et d’autres barons, avec les gens de leur suite, et fit assiéger vivement les fils de Soreng dans la tour du monastère. Mais ceux-ci résistèrent avec audace, et combattant pour leur vie, ils lancèrent des [p. 185] traits qui blessèrent plusieurs assaillans. L’évêque ayant vu cela, ordonna de mettre le feu aux maisons voisines. Bientôt les paroissiens obéissent aux ordres de l’évêque. Mais les flammes, pressées par le vent, atteignirent promptement à l’église, l’enveloppèrent et la consumèrent, et mirent aux abois les impies qui s’y étaient enfermés dans leur fureur. Enfin, voyant qu’ils ne pourraient résister aux progrès de l’incendie, les fils de Soreng prirent leurs armes, et s’enfuirent honteusement.