‹ Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le ConquérantChapitre 110 sur 187 · CHAPITRE XIV.

CHAPITRE XIV.

Comment les fils de Guillaume Soreng, Richard, Robert et Avesgot, moururent d’une juste mort.

MAIS le Dieu juste et miséricordieux ne put tolérer la profanation de son église, et ne tarda pas d’infliger à ceux qui l’avaient violée une juste punition. En effet, les trois frères qui avaient été les chefs de cette invasion, continuant à commettre toutes sortes de brigandages et de vols, furent, peu de temps après, frappés à mort par un juste jugement de Dieu, sans confession et sans recevoir le viatique de salut. Richard, l’aîné des trois, dormait une certaine nuit en toute sécurité, dans une mauvaise cabane située près d’un étang; tout à coup un certain chevalier puissant, nommé Richard de Sainte-Scholastique, dont l’autre Richard avait dévasté les terres, vint envelopper la cabane avec les gens de sa maison. Richard s’étant éveillé, sortit ce mauvais lieu, et [p. 186] prenant la fuite voulut se sauver par l’étang; mais un certain paysan que lui-même avait fort tourmenté en prison l’arrêta, et le frappant sur la tête à coups de hache, le laissa mort sur la place. Ensuite Robert, son frère, étant allé un certain jour avec les siens enlever du butin dans les environs de Seès, fut poursuivi à son retour par les gens de la campagne, et reçut une blessure dont il mourut aussitôt. Enfin Avesgot étant entré, à Cambey, dans la maison d’Albert, fils de Gérard Fleitel, commença à se livrer à toutes sortes de fureurs; mais un trait lancé sur lui le frappa à la tête, et il en mourut bientôt après. Voilà donc que nous avons vu véritablement accomplies en ces hommes ces paroles que nous avons entendues: « Si quelqu’un a violé le temple de Dieu, Dieu le détruira. » Ainsi donc que les pillards et ceux qui forcent les églises, apprenant la fin des hommes qui leur ressemblent, prennent garde à eux, de peur que, commettant de semblables méfaits, ils ne périssent frappés d’une semblable punition: et si la prospérité de ce monde est quelque temps avec eux, qu’ils ne demeurent pas cependant en sécurité, et ne s’en glorifient pas; car il convient qu’ils sachent que les joies du monde passent rapidement, comme la fumée, et leur préparent des douleurs éternelles, ainsi que l’a dit un illustre poète dans un poème où il accuse les impies, disant: « Vous vous réjouissez mal à propos, car à la fin vous recueillerez les fruits de votre méchanceté, savoir, les ténèbres, les flammes, le deuil; car Dieu bon et indulgent, mais juste toutefois en ses vengeances, défend ceux qui sont à lui, et punit ceux qui se font ses ennemis. »

[p. 187] Les enfans de discorde ayant donc été renversés, comme je viens de le raconter, les hommes simples purent enfin respirer quelque temps en paix, dans les environs de Seès. Le noble Ives, évêque, s’occupa alors de faire recouvrir l’église, et le 2 janvier, il en fit de nouveau la dédicace. Mais comme les murailles avaient été atteintes par les flammes, elles s’écroulèrent cette même année et avant le carême.

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