‹ Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le ConquérantChapitre 131 sur 187 · CHAPITRE XXXV.

CHAPITRE XXXV.

Comment le roi Harold dédaigna les conseils de sa mère et de son frère, qui voulaient le détourner de combattre avec les Normands.

OR Harold, apprenant que de plus rudes adversaires se levaient contre lui d’un autre côté, se prépara vigoureusement à de nouveaux combats; car il était extrêmement brave et audacieux, très-beau de toute sa personne, agréable par sa manière de s’exprimer, et affable avec tout le monde. Comme sa mère et ses autres fidèles amis cherchaient à le dissuader d’aller au combat, le comte Gurth son frère lui dit: « Frère et seigneur très-chéri, il faut que ta valeur se laisse un peu modérer par les conseils de la prudence. Tu arrives maintenant, fatigué d’avoir combattu les Norwégiens, et tu veux de nouveau aller en hâte te mesurer avec les Normands. Repose-toi, je t’en prie et réfléchis en toi même avec sagesse sur ce que tu as promis par serment au prince de Normandie. Garde-toi de t’exposer à un parjure, [p. 226] de peur qu’à la suite d’un si grand crime, tu ne sois écrasé avec toutes les forces de notre nation, imprimant par là à notre race un déshonneur éternel. Moi qui suis libre de tout serment, je ne dois rien au comte Guillaume. Je suis prêt à marcher courageusement contre lui pour défendre notre sol natal. Mais toi, mon frère, repose-toi en paix où tu voudras, et attends les événemens de la guerre, afin que la belle liberté des Anglais ne périsse pas par ta main. »

Ayant entendu ces paroles, Harold s’indigna très-vivement. Il dédaigna ces conseils, que ses amis jugeaient salutaires, accabla d’injures son frère, qui les lui offrait dans sa fidélité, et repoussa brutalement de son pied sa mère, qui faisait tous ses efforts pour le retenir. Ensuite, et durant six jours, il rassembla une innombrable multitude d’Anglais, voulant surprendre et attaquer le duc à l’improviste, et ayant chevauché toute une nuit, il se présenta le lendemain matin sur le champ de bataille.

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