‹ Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le ConquérantChapitre 164 sur 187 · CHAPITRE XXVII.

CHAPITRE XXVII.

Comment la susdite impératrice, étant tombée malade, donna très-dévotement ses trésors à diverses églises et aux pauvres.

LA susdite impératrice, Mathilde, étant une fois tombée malade à Rouen, rendit témoignage de sa sagesse et de sa religion, tant pour les hommes du temps présent que pour ceux des temps à venir. Elle distribua d’une main généreuse, tant aux églises des diverses provinces qu’aux religieux des deux sexes, aux pauvres, aux veuves et aux orphelins, non seulement les immenses trésors de l’Empire, qu’elle avait apportés avec elle d’Italie, mais en outre ceux que la munificence du roi, ou plutôt de son père, lui avait alloués sur les richesses inépuisables des Anglais; à tel point qu’elle ne voulut pas même garder un matelas en soie sur lequel elle était couchée durant sa maladie, et que, l’ayant fait vendre, elle ordonna d’en remettre le prix aux lépreux. Toutefois elle se montra, dans cette distribution, plus généreuse pour l’église du Bec que pour beaucoup d’autres monastères de la Neustrie, si même on ne doit dire pour tous les autres. Elle donna à cette église diverses choses infiniment précieuses, tant par la matière que par le travail, les plus chères que possédât la ville de Bysance, et qui doivent subsister honorablement jusqu’à la fin des siècles, pour rappeler à jamais l’affection et le zèle de cette auguste impératrice envers celte église, et pour entretenir plus vivement le [p. 282] souvenir de cette illustre dame dans les cœurs de tous ceux qui habitent en ce lieu. Il serait trop long de décrire ou même d’indiquer toutes ces choses par leurs noms. Les hôtes les plus considérables, et qui ont vu souvent les trésors des plus nobles églises, se font un plaisir d’admirer ces objets. Un Grec ou un Arabe passerait en ces lieux, et éprouverait le même sentiment de plaisir. Nous croyons donc, et il est très-permis de croire, que le plus équitable de tous les juges lui rendra au centuple, non seulement dans le siècle futur, mais même dans le siècle présent, ce qu’elle donne avec joie à ses serviteurs avec autant de générosité que de dévotion. Il n’est pas douteux qu’elle a déjà reçu une récompense dans le temps présent, lorsque, sa maladie s’étant apaisée, elle est rentrée dans les voies de la sainteté par la miséricorde de Dieu, et lorsque ses moines, les moines du Bec (qui priant plus ardemment et plus assidûment que tous les autres pour le rétablissement de sa santé, s’étaient eux-mêmes presque entièrement épuisés à force de supplications), ont été également visités du souffle bienfaisant d’une meilleure santé, et se sont parfaitement rétablis.

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