CHAPITRE XXVIII.
Comment, lorsqu’elle désespérait de sa vie, elle demanda au roi la permission d’être ensevelie au Bec; et de l’affection qu’elle avait pour celte église. — Comment elle recouvra la santé.
NOUS ne devons point passer sous silence, et même, pour mieux dire, nous devons tracer en caractères ineffaçables, afin de le transmettre aux siècles à venir, ce fait, qu’avant d’être entrée en convalescence, l’impératrice Mathilde avait demandé à son père de permettre qu’elle fût ensevelie dans le monastère du Bec. Son père l’avait d’abord refusé, disant qu’il ne serait pas digne de sa fille, l’impératrice auguste, qui, une première et une seconde fois, avait marché dans la ville de Romulus, capitale du monde, la tête décorée du diadême impérial par les mains du souverain pontife, d’être inhumée dans un simple monastère, quelles que fussent la célébrité et la réputation religieuses de cette maison, et qu’il convenait mieux qu’elle fût du moins transportée dans la ville du Rouen, métropole de toute la Normandie, et déposée dans l’église principale où avaient été placés aussi ses ancêtres, Rollon et Guillaume Longue-Épée son fils, qui avaient conquis la Neustrie par la force de leurs armes. Ayant appris cette décision du roi, l’impératrice Mathilde lui envoya de nouveau un messager, pour lui dire que son ame ne serait jamais heureuse si elle n’obtenait que sa volonté fût du moins accomplie en ce point. O femme remplie de force et [p. 284] de sagesse, qui dédaignait la pompe du siècle pour le sépulcre de son corps. Elle savait en effet qu’il est plus salutaire pour les ames des défunts que leurs corps soient ensevelis aux lieux où des prières plus fréquentes et plus pieuses sont offertes pour elles au Seigneur. Vaincu par la sagesse et la piété de son auguste fille, le père, qui était accoutumé à vaincre les autres en vertu et en piété, céda, et lui accorda la permission qu’elle sollicitait pour se faire ensevelir au Bec. Mais Dieu voulut, comme je l’ai déjà dit, qu’elle recouvrât entièrement la santé. Ayant donc, ainsi qu’il était convenable, rapporté toutes ces choses touchant l’impératrice Mathilde, je parlerai en peu de mots des autres enfans du roi Henri, quoiqu’ils fussent nés d’une manière moins honorable, et seulement pour faire connaître les principaux faits qui se rapportent à eux.