CHAPITRE XX.
De la loi qu’il publia pour que nul n’eût à prêter assistance à un voleur. — Histoire d’un paysan et de sa femme, qu’il ordonna de pendre à une potence, à cause d’une serpe et d’un soc de charrue qui avaient été volés.
APRÈS cela, Rollon publia une loi dans les limites du pays de Normandie, pour que nul n’eût à prêter assistance à un voleur, ordonnant que, s’ils venaient à être pris, tous les deux seraient pendus à la potence, Or, il arriva peu de temps après, dans le domaine de Longuepète, qu’un certain agriculteur, voulant se reposer, quitta son travail et rentra dans sa maison, laissant dans son champ ses traits avec sa serpe et le soc de sa charrue. Sa femme, aussi malheureuse qu’insensée, enleva tous ces objets à son insu, voulant faire une épreuve au sujet de l’édit du duc. Le paysan étant retourné dans son champ et n’y trouvant plus ses effets, demanda à sa femme si elle les avait pris. Elle le nia, et le paysan alla trouver le duc, lui demandant de lui faire rendre ses outils. Touché de compassion, le duc ordonna d’indemniser cet homme en lui donnant cinq sous, et de faire rechercher le fer dans toute la population des environs. Mais tous [p. 57] ayant été délivrés par le jugement de Dieu, on en vint à faire arrêter la femme du paysan, et, à force de coups, on l’amena à se déclarer coupable. Le duc dit alors au paysan: « Savais-tu auparavant que c’était elle qui avait volé? » Et le paysan répondit: « Je le savais. » A cela le duc ajouta: « Ta bouche te condamne, méchant serviteur; » et il ordonna aussitôt de les pendre tous les deux à la potence.
On raconte encore dans le peuple au sujet de ce duc beaucoup d’autres choses dignes d’être rapportées; mais je me bornerai au fait suivant. Après avoir chassé dans la forêt qui s’élève sur les bords de la Seine tout près de Rouen, le duc, entouré de la foule de ses serviteurs, mangeait et était assis au dessus du lac que nous appelons en langage familier la mare, lorsqu’il suspendit à un chêne des bracelets d’or. Ces bracelets demeurèrent pendant trois ans à la même place et intacts, tant on avait une grande frayeur du duc; et comme ce fait mémorable se passa auprès de la mare, aujourd’hui encore cette forêt elle-même est appelée la Mare de Rollon. Ainsi comprimant et effrayant le peuple par de telles sévérités, tant par amour pour la justice, selon que le lui enseignait la loi divine, que pour maintenir la concorde et la paix entre ses sujets, et pour jouir lui-même de ses honneurs en toute tranquillité, le duc Rollon gouverna long-temps et parfaitement en paix le duché que Dieu lui avait confié.
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